mercredi 28 septembre 2011

Article intéressant de L'Express sur le roman d'Eliette Abecassis - Et te voici permise à tout homme

J'ai achevé il y a quelques jours le dernier roman d'Eliette Abecassis, Et te voilà permise à tout homme. Je livrerai d'ici quelques jours mes impressions de lecture sur ce blog. En attendant, je vous invite à lire cet article intéressant du magazine L'Express, qui en dresse la critique à travers une analyse sommaire d'un passage clé du roman. Le point de vue est intéressant, et il résume assez bien les forces et les limites du livre. J'y reviendrai

http://www.lexpress.fr/culture/livre/et-te-voici-permise-a-tout-homme-d-eliette-abecassis-passe-le-test-de-la-page-99_1034131.html

mercredi 21 septembre 2011

 

Le premier roman de Lilyane Beauquel, Avant le silence des forêts, raconte l’histoire de quatre jeunes Allemands engagés sur le front lorrain en 1915. Le récit est constitué d’une série de tableaux (deux ou trois pages tout au plus, parfois même une demi-page seulement) que le narrateur et personnage principal consigne dans son carnet personnel, en attribuant à chacun un titre sous la forme d’un mot unique qui en résume l’essence (“torse”, “soleil”, “ventre”, “ville”, “faim”, “caillou”, “lune” etc.). L’ouvrage se distingue par des qualités stylistiques et littéraires évidentes, comme en témoigne cette description soignée et sophistiquée de la campagne lorraine dans le chapitre intitulé “paysage” (p.16) : “Les premières sensations en France restent gravées dans mon coeur. Les plaines et vallons pimpants sortent d’un baluchon dénoué dans l’instant et poussent gentiment leurs perspectives vers les clochers et les villages. La lumière vient de partout, sans lever de soleil visible, lente et sans oblique, se gardant d’être excessive. Les frissons de menthe se dissimulent dans la courbe de la rivière, presque immobile dans sa transparence tempérée de brume. Les ombres des taillis et des grands hêtres surnagent et n’éteignent pas le reflet du ciel chargé de nuages énergiques.” L'amateur de littérature exigeante appréciera les associations surprenantes (les “frissons de menthe”, les “nuages énergiques” ). Plus loin, il goûtera les oxymores (“l’éclat tranquille”) et les correspondances baudelairiennes (“les couleurs des odeurs”, “les formes des bruits unis”) destinées à souligner l’unité paisible du paysage avant qu’elle ne soit déchirée et mise en pièces par la violence de la guerre.

      Tout cela est bien, voire même très bien écrit…mais c’est aussi terriblement ennuyeux ! Dans ce roman, on est à l’exact opposé de la littérature commerciale d’influence anglo-saxonne (voir mes précédents billets sur Ken Follett ou Stephenie Meyer) : l’intrigue est discrète, elle n’est que suggérée par les tableaux successifs, sans véritable alternance de moments faibles et de moments forts, sans tension dramatique ni “accrocheurs de fin de chapitre”; les personnages, eux, sont éthérés et inconsistants, et s’effacent le plus souvent au profit de descriptions impressionnistes évoquant les sensations du narrateur au moment où il les consigne par écrit dans son carnet. Au final, on s’ennuie ferme à la lecture de ce roman. Pour ma part, je l’avoue, j’ai décroché à la moitié du livre, et c’est bien dommage, car il présente de réelles qualités littéraires.

dimanche 11 septembre 2011

Rentrée littéraire 2011


Parmi les nouveautés de la rentrée littéraire 2011, j'ai choisi trois livres :
  • le premier, Limonov, d'Emmanuel Carrère, fait partie des incontournables et a déjà reçu de multiples éloges de la part de la critique; personnellement, je ne l'ai pas choisi pour sa notoriété, mais parce qu'il dresse aussi un tableau de la Russie contemporaine (et ceux qui me connaissent reconnaîtront mon goût pour les cultures slaves);
  • le second, Et te voici permise à tout homme, d'Eliette Abecassis, parce que l'auteur fait partie de mes écrivains favoris et que j'ai apprécié son précédent roman (voir mon billet du 23 septembre 2010 sur ce blog http://marcbordier.blogspot.com/search?q=une+affaire+conjugale);
  • enfin, le dernier Avant le silence des forêts parce qu'il a été écrit par une romancière inconnue et que la critique d'Evène m'a donné envie de le lire (http://www.evene.fr/livres/livre/lilyane-beauquel-avant-le-silence-des-forets-44966.php).
Je publierai dans les prochaines semaines les critiques de ces livres ici même quand j'aurai fini de les lire. A bientôt, et bonne rentrée à tous !

lundi 5 septembre 2011

Voyage en Italie (3/3) - Ferrare




Le voyageur qui arrive à Ferrare ne peut qu'être séduit par l'atmosphère de douceur et de nonchalance qui imprègne les rues de la ville. Peut-être est-ce dû à l'omniprésence des bicyclettes, à la beauté des façades de briques rouges et ocres, aux portes d'inspiration orientale ? En m'y promenant, j'ai retrouvé l'ambiance du magnifique film de Vittorio de Sica tiré du roman de Giorgio Bassani "Le Jardin des Finzi-Contini". Pour un peu, j'aurais crû apercevoir les silhouettes blanches de Micol et Giorgio et leurs amis en train de parcourir la ville à vélo.
Mais les rues de Ferrare racontent aussi sa douloureuse histoire, celle de la montée de l'antisémitisme à la fin des années trente dans l'Italie de Mussolini, qui forme justement la trame de fond du roman. Dans la principale artère commerçante, le visiteur peut remarquer sur la façade du centre hébraïque une grande plaque commémorative témoignant des persécutions et des déportations subies par la communauté juive. Et dans les paisibles allées du cimetière juif au nord de la ville, les tombes des Finzi-Contini rappellent que derrière la douceur et la nonchalance de Ferrare flotte encore le souvenir nostalgique et doux-amer des personnages du roman de Bassani.