samedi 31 décembre 2011

Dire son nom - Francisco Goldman

"Aura est morte le 25 juillet 2007. Je suis revenu au Mexique pour le premier anniversaire parce que je voulais être là où c’est arrivé, sur cette plage de la côte du Pacifique. Maintenant, pour la deuxième fois en un an, je suis retourné à Brooklyn sans elle.” C’est par ces quelques phrases que débute Dire son nom, le roman dans lequel l’écrivain et journaliste américain Francisco Goldman raconte la vie et la mort tragique de sa jeune épouse Aura, brisée par une vague meurtrière alors qu’elle faisait du bodysurf sur une plage de Mazunte, dans l’Etat d’Oaxaca au Mexique. Ils s’étaient rencontrés cinq ans auparavant à New York, à une lecture donnée en l’honneur d’un ami écrivain. D’origine mexicaine, Aura était venue à l’âge de vingt-cinq ans poursuivre des études de lettres dans de prestigieuses universités de la côte Est, à Brown University, puis à Columbia. Poussée par les ambitions d’une mère possessive et par sa passion pour la littérature comparée, elle préparait un doctorat tout en rêvant d’entreprendre une carrière littéraire. Lui, journaliste et professeur déjà presque quinquagénaire, était tombé éperdument amoureux de cette jeune femme brillante. Ils s'étaient mariés après quatre années de vie commune entre Brooklyn et Mexico, avant d'être finalement séparés par la mort.
     Dire son nom raconte fidèlement cette histoire triste. Puisant dans ses souvenirs et dans le journal de son épouse décédée, le narrateur navigue sans cesse entre un passé riche des souvenirs heureux de la vie à deux et un présent synonyme de deuil, de chagrin et d’absence. Ce livre nous touche par les thèmes à la fois ordinaires et universels qu’il aborde : la rencontre amoureuse, le mariage, les joies et les frustrations de la vie de couple, l’amour et la sexualité, les ambitions personnelles, les disputes, les relations familiales, la mort, le malheur et le deuil. Comme d’autres lecteurs, j’ai été sensible à la beauté simple et émouvante du récit de Goldman, même si, je dois l’avouer, j’ai été de prime abord un peu gêné par son caractère intime et personnel. En effet, les personnages, les situations et les scènes qui constituent la trame du récit sont pour l’essentiel directement tirés de la vie de l’auteur, et à peine déguisés par la fiction. Comment lire un roman tiré d’une expérience aussi intime et douloureuse ? A mon sens, comme un hommage de l’auteur à la femme qu’il a aimée, mais aussi et surtout comme un moyen de nous faire toucher du doigt l’essence et la fragilité d’une vie humaine. Dire le nom d’Aura, raconter sa vie dans un roman, c’est prolonger et immortaliser le souvenir de la brillante jeune femme qu’elle fût, et par là communier avec des milliers de lecteurs dans l’expérience universelle de la condition humaine.

vendredi 23 décembre 2011

Vaclav Havel - discours du 1er janvier 1990



Le magazine Télérama a publié cette semaine sur son site un hommage à Vaclav Havel sous la forme d'un discours que le tout nouveau Président de ce qui s'appelait encore la Tchécoslovaquie a prononcé le 1er janvier 1990 devant ses concitoyens. Ce texte émouvant est une très belle leçon d'honnêteté et de démocratie. A découvrir ici : 

dimanche 18 décembre 2011

Dire son nom - Francisco Goldman

J'ai commencé ce week-end le roman de Francisco Goldman Dire son nom, très beau récit d'un deuil amoureux qui a valu à son auteur de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Fémina étranger en France cette année. N'ayant pas lu de critiques avant d'entamer ma lecture, je l'ai abordé comme une oeuvre de fiction, avant de me rendre compte après quelques chapitres que ce livre est tiré d'une douloureuse expérience autobiographique, comme l'explique très bien  Le Monde (http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/09/08/dire-son-nom-de-francisco-goldman_1569261_3260.html). Comment lire et comprendre une histoire tirée d'une expérience intime mais racontée comme une oeuvre de fiction ? Voilà la question intéressante que ce livre pose à ses lecteurs. J'y reviendrai la semaine prochaine.

dimanche 4 décembre 2011

Un roman people : Mieux vaut en rire, d'Alix Etournaud

     Il y a quelques semaines, en lisant des magazines people à la plage sous le soleil des Canaries (eh oui ! je ne lis pas que Le Magazine littéraire !), je suis tombé sur la critique amusante d’un roman à clés dans lequel une journaliste raconte ses mésaventures amoureuses sous la forme d’une fiction à peine déguisée mettant en scène l’adultère entre son compagnon, un riche homme d’affaires devenu écrivain à succès, et une présentatrice de télévision érotomane et névrosée. Cédant à cette affiche un brin racoleuse, j’ai acheté l’ouvrage en question et l’ai lu en quelques jours.

     N’étant pas un spécialiste des ragots et de la presse people, je passerai ici sur l’intrigue de Mieux vaut en rire  (c’est le titre du roman) et sur son rapport avec la réalité (sur ce sujet, lisez plutôt mon précédent billet consacré à Maupassant) pour m’intéresser à l’objet littéraire lui-même. Je dois dire que c’est une lecture assez divertissante : vivante et rythmée, la narration adopte le plus souvent le point de vue grinçant de la femme délaissée. Cela lui permet de donner libre cours à un style familier, moderne et volontiers gouailleur, inspiré sans doute par le fiel de la vengeance. Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié ce passage, dans lequel elle commente les excuses pitoyables de son mari : “Qu’est-ce qu’il me raconte le trépané ? Qu’il est non-violent ? Qu’il veut rompre proprement avec le boulet ?”. Dans le même registre, cela donne aussi quelques répliques jubilatoires, comme dans ce dialogue :

– J’ai tellement peur de te décevoir.

- N’aie plus peur, c’est fait depuis longtemps”.

   Ces qualités suffisent-elles à faire de Mieux vaut en rire une véritable oeuvre littéraire ? Probablement pas, mais ce n’était pas là l’objectif d’un “roman” qui reste avant tout un savoureux règlement de comptes en public par fiction interposée.