dimanche 23 décembre 2012

50 nuisances de Glauque - parodie de Cinquante nuances de Grey - Aloysius Chabossot



   Poursuivant sur ma lancée, j'ai découvert une parodie très drôle du best seller d'E.L. James : Cinquante nuances de Glauque (c'est son titre) raconte la relation entre Anastasia Style, jeune étudiante en lettres à l'université de Créteil, et Christian Glauque, richissime magnat de l'agro-alimentaire surnommé "Le roi de l'andouille". Visiblement, l'auteur a bien lu le livre original : il y a puisé une belle inspiration, car on y retrouve, à peine déformés, les traits de style d'E.L. James. Mon préféré reste ce passage, dans lequel l'héroïne prend une douche (forcément) très sensuelle... "Le jet d'eau tiède, qui coule sur mon épaisse chevelure harmonieusement ondulée avant d'amorcer un virage sur mes épaules subtilement bronzées, puis de poursuivre sa route le long de mon dos en direction du bas de mes reins, juste avant d'aborder les rondeurs exquises de mes fesses admirablement potelées pour continuer sans plus attendre sur l'autoroute interminable de mes jambes parfaitement fuselées et d'achever sa course dans le bac de douche (que ma coloc a encore oublié de récurer), me fait le plus grand bien. Et si vous avez perdu le fil et que vous ne  savez pas ce qui me fait le plus grand bien, reprenez la phrase depuis le début."

jeudi 6 décembre 2012

E.L. James - Cinquante nuances de Grey



    Pour me détendre entre deux lectures sérieuses, j'ai commencé le fameux roman de E.L. James, "Cinquante nuances de Grey". Ne faites pas semblant de ne pas le connaître, vous en avez forcément entendu parler. D'ailleurs, vous l'avez probablement déjà lu.
Pour ma part, comme je suis un peu snob, j'ai choisi de le découvrir dans sa version italienne, histoire de travailler un peu mon vocabulaire en lisant quelque chose de facile. Et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Cinquanta sfumature di Grigio (c'est son titre dans la langue de Dante) est en fait un livre drôle à mourir tant il accumule les clichés, les perles et les bourdes involontaires. Le site Evène s'est malicieusement amusé à les relever dans cet article. Ce dialogue entre le milliardaire et sa conquête un peu gourde est par exemple un petit chef d'oeuvre d'humour involontaire : 
« Premièrement, je ne fais pas l’amour. Je baise… brutalement. » […] « Baiser brutalement ? Merde alors, qu’est-ce que c’est … cochon. » Le reste est à l'avenant. Lisez l'article d'Evène, vous ne serez pas déçus.
     Sur ce, je vous laisse, je retourne travailler mon vocabulaire italien en me plongeant dans les aventures érotico-comiques d'Anastasia Steele et de Christian Grey. Io non faccio l’amore; io fotto… senza pietà”.

dimanche 25 novembre 2012

Pierre Jourde - Le Maréchal absolu - suite et fin



Je suis enfin venu à bout du Maréchal absolu, le roman somme que Pierre Jourde a publié à la rentrée. Je l'avoue, cette lecture a été longue et laborieuse. Comme vous l'aurez constaté si vous avez suivi ce blog, il m'aura fallu plus d'un mois pour l'achever. A ma décharge, il faut dire que ce pavé se lit difficilement, pas tellement à cause de sa longueur (un peu plus de 750 pages), mais plutôt de son contenu, qui déroutera plus d'un lecteur par son ambition et sa démesure. L'auteur lui-même s'en inquiète dans une interview donnée au Salon littéraire début septembre. Plus récemment, il a reconnu à demi-mot sur son blog que le roman n'a pas rencontré son public. C'est bien dommage, car malgré ces difficultés, l'ouvrage mérite qu'on lui accorde un peu d'attention.
    Construit sous la forme d'une tétralogie, le livre raconte la fin d'une dictature post-coloniale dans un pays imaginaire. Le premier chapitre s'ouvre sur un monologue dans lequel le tyran assiégé par les rebelles dans la capitale s'adresse à son fidèle secrétaire particulier avant de finir les vertèbres brisées dans une scène de pendaison qui rappelle fortement celle de Saddam Hussein. Dans le deuxième chapitre, le lecteur apprend avec stupeur que l'homme qui a été pendu n'était qu'un des innombrables sosies du Maréchal. Le vrai, lui (mais peut-être ne s'agit-il là encore que d'un double...), commente la chute du régime depuis l'une de ses innombrables abris secrets. Dans le troisième, c'est un personnage jusqu'alors secondaire qui prend la parole : cinquante ans après la chute du régime, l'agent des services spéciaux Schlangenfeld raconte à un journaliste les évènements auxquels elle a assisté et met en scène le rôle trouble joué par les services secrets dans l'ascension et la chute du despote. Enfin, dans le quatrième et dernier chapitre, c'est le secrétaire particulier lui-même qui, encore bien des années plus tard, se remémore depuis son lit d'hôpital les derniers jours du Maréchal et sa tentative désespérée pour reconquérir le pouvoir.
   Vous l'aurez deviné à la lecture de ce résumé : Le Maréchal absolu est un récit complexe, polyphonique et multiple. Il fait se croiser une série de points de vue différents sur des événements par nature confus, navigue entre le passé, le présent et l'avenir dans un tourbillon vertigineux qui laisse le lecteur étourdi. Cette narration sophistiquée pousse jusqu'à son paroxysme un jeu de reflets dans lequel nous venons à douter de la réalité et de la fiction. Qui parle ? Qui est le vrai Maréchal parmi tous ces sosies ? Qui se cache derrière ce "tu" destinataire ? Comment se retrouver dans ce délire égotiste ?
   L'ouvrage porte le nom de roman, mais, à y regarder de plus près, il appartient en fait à une multiplicité de genres littéraires : l'épopée, le récit fantastique, le manuel de sciences politiques, le roman d'apprentissage, le roman historique, le récit picaresque, le roman d'espionnage, la farce rabelaisienne, le roman burlesque et même le théâtre comique entrent dans sa composition. Il y a du Machiavel dans ce récit, par la manière dont il met à nu les rouages de la mécanique du pouvoir, mais aussi une réflexion philosophique sur les rapports entre la réalité et la fiction, une synthèse historique des régimes dictatoriaux issus de la décolonisation et de la guerre froide, une farce burlesque à la Ubu roi, un plaidoyer humaniste pour la libération de la femme dans les régimes soumis à la loi islamique…. Ce roman touche à tout est un objet à l'ambition démesurée. Pas étonnant qu'il ait dérouté les lecteurs et la critique.
   Pour ma part, je l'avoue, j'ai dû me faire un peu violence pour l'apprécier véritablement. Dans un premier temps, j'ai été rebuté par la trivialité et la truculence dont il se réclame. Il est vrai que le corps y est omniprésent, de préférence laid, obscène, obèse, difforme, gangréné, répugnant, déliquescent et putréfié. Mais une fois parvenu à rentrer dans l'univers de l'écrivain, je me suis pris au jeu, et au moment de refermer le livre, je n'ai pas regretté mes efforts. 

dimanche 11 novembre 2012

John McCrae - In Flanders fields - Au Champ d'honneur



   En ce dimanche 11 novembre, j'ai retrouvé un poème écrit par un médecin militaire canadien, John McCrae, le 2 mai 1915 durant la bataille d'Ypres. La légende dit qu'il l'aurait composé en vingt minutes dans un abri en attendant les blessés. Devenu célèbre dans les pays du Commonwealth, ce poème a associé pour toujours l'image des coquelicots au souvenir des morts tombés au champ d'honneur. Voici la version originale et sa traduction française officielle.


In Flanders fields

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead. Short days ago,
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you, from failing hands, we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Au champ d'honneur

Au champ d'honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

mercredi 31 octobre 2012

Stefan Zweig - Lettres d'Amérique



    Voilà bientôt deux semaines que j'ai commencé Le Maréchal absolu, et j'avoue que ma progression est laborieuse car c'est un livre dense, touffu et exigeant. "Tant pis pour le lecteur paresseux, j'en veux d'autres", écrivait André Gide. Eh bien, il me semble que Pierre Jourde pourrait reprendre la formule à son compte. Mais je n'ai pas l'intention de m'arrêter en chemin. Après tout, l'auteur a mis vingt ans à l'écrire. Ses lecteurs ne peuvent-ils pas lui accorder vingt heures ? Poursuivons. Pour marquer une pause, j'ai lu Le Magazine littéraire de novembre, avec son dossier de la Toussaint consacré au traitement de la mort dans la littérature. Il contient notamment des extraits d'un recueil de correspondances de Stefan Zweig à paraître la semaine prochaine sous le titre Lettres d'Amérique. On y découvre l'écrivain entre août 1940 et février 1942, quelques mois avant son suicide, alors qu'il sillonne les Amériques de New York à Rio en avion ou en bateau en compagnie de sa jeune épouse asthmatique Charlotte Altman. Il apparaît fatigué par les incessantes sollicitations des journalistes, frustré par les progrès trop lents de son travail, et surtout déprimé par la domination nazie et les guerres qui ravagent cette Europe qu'il a tant aimée. Un témoignage émouvant qui passionnera tout les lecteurs du Monde d'hier.

dimanche 14 octobre 2012

Pierre Jourde - Le Maréchal absolu



   J'ai bien accroché aux premiers chapitres  du dernier roman de Pierre Jourde,  Le Maréchal absolu. Il s'ouvre sur un monologue dans lequel un despote sur le déclin s'adresse à son vieux serviteur.  Après avoir régné durant des années par la violence et le meurtre sur un pays imaginaire nommé Hyrcasie, le tyran est désormais reclus dans son palais de la capitale Bohu, tandis que des factions rebelles campent sous ses fenêtres.  Dans une langue curieuse qui fait le grand écart entre un vocabulaire riche et littéraire  ("coquecigrue", "calembredaine") et une gouaille vulgaire et triviale quand elle décrit la dégénérescence ou la destruction des corps abîmés par la violence de son régime ("carne", "carcasse", "boucherie", "tripes", etc. tout le registre y passe), le dictateur philosophe sur le théâtre d'ombres de son empire à l'agonie. Au milieu de son délire fantasmatique, il s'efforce de retrouver prise sur une réalité qui lui échappe. Au dehors les insurgés se préparent à livrer le dernier assaut.
      Il est encore tôt pour dire si j'aime vraiment ce livre. Pour l'instant, j'apprécie son humour sarcastique et son pessimisme cruel. Au fil des pages, j'ai relevé quelques tournures pleines d'esprit, comme la phrase de conclusion de ce passage où le potentat se lamente de ne pouvoir posséder pleinement ses sujets que durant le bref instant où il leur ôte la vie : "tu as beau les tuer, ils s'obstinent à mourir". Le style est un peu déroutant au début (la critique du journal québécois Le Devoir le qualifie d'"ampoulé"), mais après quelques pages je m'y suis habitué. Poursuivons.

jeudi 4 octobre 2012

Pierre Jourde - Le Maréchal absolu



    J'ai lu dans Le magazine littéraire un article plutôt élogieux sur le dernier roman de Pierre Jourde, auteur dont j'ai particulièrement apprécié les essais et pamphlets (La littérature sans estomac, le Jourde et Naulleau et C'est la culture qu'on assassine - cf. mon billet daté du 20 février sur ce blog), mais dont les oeuvres de fiction me sont encore largement inconnues. Le Maréchal absolu - c'est le titre de l'ouvrage - me paraît un bon choix pour découvrir le romancier qui se cache derrière le critique. J'en parlerai prochainement sur ce blog.

dimanche 23 septembre 2012

Simonetta Greggio - L'homme qui aimait ma femme



   Parmi les nombreuses nouveautés de la rentrée littéraire, j'ai choisi L'homme qui aimait ma femme de l'italienne Simonetta Greggio sur la foi de sa quatrième de couverture. Ce roman raconte l'histoire tragique d'un trio amoureux. Au début du récit, à l'automne 1965, deux frères, Alexandre et Yann, viennent de quitter leur mère et leur Bretagne natale pour étudier les lettres et la philosophie à Paris dans le quartier latin. Le cadet, Yann, fait la rencontre de Maria, "visage de Madone et corps voluptueux", dont il tombe vite amoureux. Il la présente à Alexandre qui, grand séducteur et amateur de femmes, va s'empresser de la séduire et de la lui ravir. S'ensuit alors entre les frères une rivalité complexe qui durera jusqu'au milieu des années 2000. Durant cette période, Yann l'intellectuel introverti et contemplatif ne cessera de désirer Maria . Il trouvera une consolation pendant quelque temps en se mariant avec une autre femme, Manon, avant que la disparition tragique de cette dernière ne vienne mettre un terme à son bonheur et précipiter son exil à New York. De son côté, Alexandre épousera Maria, mais ne cessera de la tromper avec des femmes de passage. Avec le retour de Yann en France, la concurrence entre les deux frères  éclatera en conflit ouvert, jusqu'à les conduire à une fin tragique (que je me garderai bien de vous révéler ici).  
     Vous l'aurez compris, l'amour est le grand thème de ce roman. Il le revendique d'emblée, avec cette épigraphe tirée des Liaisons dangereuses : "Ah, croyez-moi, on n'est heureux que par l'amour." Par la suite, le récit s'inspire ouvertement de Jules et Jim, le roman d'Henri-Pierre Roché porté à l'écran par François Truffaut. De l'amour, il explore les multiples facettes :  amour jaloux et transi de Yann pour Maria, charnel, superficiel et compulsif entre Alexandre et ses conquêtes adultérines, douloureux et cruel entre Maria et Alexandre, fraternel et parfois haineux entre Yann et Alexandre... Pour naviguer dans cette géographie subtile, Simonetta Greggio a habilement choisi une structure narrative composée de chapitres courts racontés chacun du point de vue d'un de ses personnages, dévoilant ainsi au lecteur leurs sentiments profonds comme s'il consultait leur journal intime. En toile de fond, c'est l'histoire sociale, économique et intellectuelle de la France des cinquante dernières années qui défile : mai 68, Althusser, Jankélévitch, les beatniks, le Mitterrandisme, le libéralisme... Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au dernier chapitre et referme le livre à regret. Assurément, L'homme qui aimait ma femme est un de meilleurs romans de cet automne. 

mardi 4 septembre 2012

Laurent Binet - Rien ne se passe comme prévu




   J'ai achevé ce week-end la lecture de Rien ne se passe comme prévu, le livre Laurent Binet. Invité par Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, l'écrivain a suivi durant près d'un an les coulisses de la campagne présidentielle PS. Il en a tiré un journal de 306 pages dans lequel il raconte les déplacements, discours et interventions du futur Président de la République. De temps en temps, son récit est ponctué de réflexions personnelles, dans lesquelles il fait part de ses doutes, de ses hésitations, de son admiration pour le candidat Hollande ou ses collaborateurs, mais aussi de sa fascination pour le lyrisme révolutionnaire et volontariste de Mélenchon, qu'il semble parfois préférer aux ambigüités prudentes et mesurées du candidat socialiste.

   Avant même sa parution, le livre a bénéficié d'un très fort engouement médiatique, sans doute parce que la présence de l'auteur de HHhH aux côtés du candidat a suscité un certaine curiosité chez les journalistes. Au lendemain du second tour, alors que les rumeurs et spéculations sur la composition du nouveau gouvernement allaient bon train, je me rappelle même avoir vu un reportage de BFM TV qui citait Laurent Binet comme un possible Ministre de l'Education. Ce jour-là, j'ai bien rigolé... C'est dire si le livre et son auteur étaient attendus. Le jour de la publication, les critiques ont été assez sévères. L'Express a décrit l'ouvrage comme un "portrait plat et sans surprise". Pour Libération, c'est un" récit plat et fade".  Dans Le Figaro, un expert en communication, conseiller de François Hollande, déplore que le livre ne donne aucune clé de compréhension du candidat. Ces critiques sont-elles justifiées ? Le livre de Laurent Binet est-il un portrait incomplet, un récit de campagne précis, mais plat et sans intérêt ?

   Tout d'abord, il s'agit de dissiper un malentendu : ce livre n'est pas le portrait d'un homme, mais le récit d'une campagne. La couverture de l'ouvrage peut effectivement induire en erreur : on y voit une affiche du candidat à moitié déchirée, révélant une autre affiche identique mais légèrement décalée, laissant entendre au lecteur qu'il va enfin pouvoir découvrir la véritable personnalité de François Hollande derrière le masque du candidat à la Présidence. Or, il n'en est rien, et cet espoir est anéanti dès la première moitié par une confidence de Valérie Trierweiler : "Personne ne peut me dire qu'il connaît François Hollande. Pas même moi." Le lecteur qui ouvre ce livre en pensant découvrir enfin qui est Hollande repartira forcément déçu : du début à la fin, le personnage reste une énigme. En revanche, le celui qui s'intéresse aux coulisses d'une campagne politique, aux jeux d'ego et d'intérêts, aux manœuvres, aux petites phrases, bref à ce qui fait la politique au jour le jour, devant, mais aussi derrière les caméras, celui-là repartira plutôt content. Il apprendra par exemple comment est née la désormais célèbre anaphore du débat télévisé de l'entre-deux tours ("Moi, Président de la République…"). Contrairement à ce que j'ai pensé ce soir-là devant mon poste de télévision, elle n'était pas préméditée (même si le débat avait été longuement préparé par les deux candidats, ce que montre bien le livre de Binet), mais improvisée dans le feu de l'action en réponse à la question de Laurence Ferrari "François Hollande, quel Président comptez-vous être?" et surtout précédée d'une formule de Sarkozy qui en constituait en quelque sorte de brouillon boiteux ("Moi, je crois qu'un Président de la République, c'est quelqu'un qui assume ses responsabilités etc."). Laurent Binet analyse bien les instruments de style et de rythme de part et d'autre en montrant l'efficacité de la tirade de Hollande et la maladresse de celle de Sarkozy. C'est sans doute l'un des passages les plus intéressants de son livre, au même titre que ceux où il analyse les procédés de rhétorique dans les déclarations du candidat et leur effet sur le public . Dans le chapitre consacré au discours du Bourget le 22 janvier 2012, il montre bien l'articulation du texte, les références historiques aux mythes fondateurs de la gauche (la nuit du 4 août et la Révolution française, le Front populaire, etc.), le choix des termes clivants ("L'âme de la France, c'est l'égalité"), tout ces éléments qui contribuent à faire progresser et grandir une dynamique politique. Personnellement, j'ai trouvé ces analyses formelles et ces réflexions personnelles bien plus intéressantes que les petites phrases relevées par les journalistes  (Hollande traitant en privé son adversaire de "salopard").

   Au-delà du récit de campagne avec son cortège d'anecdotes, de discours et de déclarations, le livre est aussi un portrait de la France à un moment clé de sa vie démocratique. Lorsqu'il raconte les déplacements du candidat, Laurent Binet ne se contente pas de décrire ce qu'ont montré les caméras, il s'intéresse à ce qui se passe avant, après et autour d'elles, apportant ainsi un éclairage nouveau sur la souffrance et les espoirs des populations que rencontre le candidat : chômeurs, ouvriers, femmes, immigrés, tous ces inconnus qui ont eu brièvement l'occasion de s'exprimer avant de retourner dans l'anonymat sans avoir la moindre assurance que leur parole serait entendue.

   Ces qualités font-elles de Rien ne se passe comme prévu un bon bouquin ? N'étant pas complètement impartial dans cette affaire, je me garderai bien de répondre à cette question. Pour vous faire une idée, il n'y a qu'une solution : lisez-le. 

jeudi 23 août 2012

Laurent Binet - Rien ne se passe comme prévu




   De retour de vacances après dix jours passés sous le soleil des Cyclades (ah ! Santorin me paraît déjà si loin...), je retrouve avec plaisir l'actualité littéraire avec la parution cette semaine du livre de mon ami Laurent Binet consacré à la campagne de François Hollande. Déjà largement médiatisé avant sa parution, l'ouvrage était très attendu.  Malheureusement pour lui, les premières critiques (Libé, L'Express, etc.) ne sont pas très tendres. Est-ce un bon livre ? J'attends de recevoir mon exemplaire pour le dire. Promis, je ferai de mon mieux pour rester objectif. A suivre...

samedi 4 août 2012

Honoré Beaugrand - La chasse-galerie



   J'ai rapporté de Montréal un recueil de contes d'Honoré Beaugrand, un auteur québécois de la seconde moitié du XIXème siècle devenu un classique de la littérature canadienne en langue française. La chasse-galerie - c'est son titre - regroupe six récits parus en 1900, dont quatre sont des contes fantastiques (La chasse-galerie, Le loup garou, La bête à grand'queue, Le fantôme de l'avare), c'est-à-dire des récits brefs, racontés selon une tradition orale, et mettant en scène des phénomènes surnaturels, tandis que les deux autres (Macloune, Le père Louison) sont des portraits de villageois. Tous présentent la particularité de s'inscrire dans une relative uniformité de lieu (les villages des berges du Saint-Laurent, l'Outaouais), de temps (le début du XIXème siècle) et de milieu (paysans, bûcherons et pêcheurs évoluant dans un univers rural et populaire).
   Ayant depuis toujours été fasciné par les récits et films d'épouvante, j'ai naturellement apprécié les quatre contes fantastiques. La chasse-galerie, par exemple, raconte l'histoire de bûcherons qui pactisent avec le diable pour s'envoler dans un canot d'écorce et retrouver ainsi leurs "blondes" le temps d'une soirée. Le loup garou, La bête à grand'queue, Le fantôme de l'avare mettent en scène des rencontres dangereuses avec des créatures surnaturelles devenues depuis des classiques du cinéma et de la littérature pour adolescents. Le lecteur moderne, nourri à la bit-lit et aux séries américaines (True blood, etc.) est sans doute un peu blasé de toutes ces histoires de vampires, de fantômes et de loups-garous, et il accueillera peut-être le livre d'Honoré Beaugrand avec une moue sceptique. Mais dès les premières lignes, il aura l'impression de remonter à leur source, à ces récits racontés au coin du feu dans les longues veillées d'hiver dans les campagnes autrefois. C'est d'ailleurs précisément par cette mise en scène classique mais somme toute très efficace que Beaugrand introduit son lecteur dans le récit : une groupe d'hommes ou de femmes rassemblés le soir autour d'un feu, d'un repas ou de quelques bouteilles de Molson écoutent un conteur qui les emmène dans une univers imaginaire. Dès lors, les mythes un peu usés du fantôme ou du loup-garou retrouvent leur portée historique, populaire et rurale. Ils quittent leur statut d'images désincarnées et vides projetées sur un écran pour retrouver leur dimension ethnologique, populaire et rurale et s'enracinent dans la géographie et l'histoire d'un territoire et d'un peuple. 

dimanche 22 juillet 2012

Rimbaud - Aube


   Ce matin, j'ai eu la chance de me réveiller aux premières aurores. En prenant mon café devant les lueurs rouges et dorées du soleil de juillet, je me suis remémoré ce poème en prose tiré des Illuminations :


J'ai embrassé l'aube d'été. 
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. 
Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. 
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais 
et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. 
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins: 
à la cime argentée, je reconnus la déesse. 
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle 
fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais. 
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée 
avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. 
Au réveil il était midi.


J'aime la clarté et la fraîcheur de ce texte, sans doute l'un des plus beaux que Rimbaud ait jamais écrits. Dans une langue simple et accessible, il raconte une course joyeuse et échevelée parmi les beautés fulgurantes d'un paysage imaginaire et merveilleux. La chute du récit est celle du réveil désenchanté, le retour à la sèche platitude du jour. N'est-ce pas ce que le lève-tôt ressent lorsque l'activité diurne et ses obligations prosaïques viennent chasser chasser cet éphémère entre-deux qu'il affectionne tant ?

samedi 7 juillet 2012

Le Monarque, son fils et son fief - Marie-Célie Guillaume


   Vues du Canada, où je me trouve en ce moment, les querelles de la droite UMP des Hauts-de-Seine durant le quinquennat de Sarkozy paraissent bien dérisoires. Elles forment pourtant la matière d'un très bon livre qui fait beaucoup parler de lui depuis sa parution le 13 juin dernier. Le Monarque, son fils et son fief est une fable politique dans laquelle Marie-Célie Guillaume, ex-Directrice de cabinet de Patrick Devedjian au Conseil Général des Hauts-de-Seine (je  dis "ex" car la publication du livre lui a coûté son poste), raconte de l'intérieur les luttes de pouvoir et d'influence au sein de ce département emblématique du pouvoir de la droite sarkozienne  : le fiasco de la candidature de David Martinon à la mairie de Neuilly en 2008, le scandale de celle de Jean Sarkozy à l'EPAD en 2009, les rivalités et inimitiés entre Patrick Devedjian et les époux Balkany… Dans ce roman à clés, les pseudonymes humoristiques très transparents des personnages rendent aisée leur identification : le Monarque  (Sarkozy), le Dauphin (Jean Sarkozy), Préfet Tigellin (Claude Guéant),  les Thénardier (les époux Balkany), l'Arménien (Patrick Devedjian) pour ne citer que les plus célèbres. Pour une liste complète, je vous invite à consulter ce blog, qui s'est amusé à les recenser de manière exhaustive.

   Trempée dans le fiel de la déception et de l'amertume, la plume de Marie-Célie Guillaume  brille par sa férocité, en particulier dans les portraits qu'elle dresse des figures clés de la Sarkozie. Mon préféré est celui de Langue-de-VIP, alias Pierre Charon, conseiller en communication du Président : "Tout monarque a son bouffon, Langue-de-VIP est celui-ci. Le teint rose et le ventre bedonnant, il est le roi des imitations et des potins en tout genres. […] Il n'a pas son pareil pour raconter des blagues salaces et les derniers ragots de la ville. Il en rajoute, au besoin en invente. Jouisseur et rigolard, il aime la bonne chair, les alcools forts et les cigares. […]Il n'a pas son pareil pour faire du ofifi. Tous les jours, il appelle son réseau de journalistes pour leur balancer sous couvert d'anonymat l'humeur du Monarque et la rumeur du jour. Tout le monde y passe, amis ou ennemis, peu importe, pourvu que l'histoire soit bonne et de préférence sous la ceinture ! Il distribue les bons et les mauvais points, cible avec délectation les disgraciés du jour, se moque avec verve des ennemis du Monarque. Ses jugements péremptoires sont immédiatement diffusés dans les rubriques "confidentiels" ou dans les baromètres des personnalités des journaux. Pouce levé ou pouce baissé, tel un empereur romain oisif et gras, Langue-de-VIP peut en quelques mots assassins démolir la réputation d'un grand patron d'industrie ou vouer un ministre aux mines de sel. Lui qui n'a encore rien fait de sa vie, si ce n'est amuser la galerie dans les coulisses du pouvoir ! Il est la quintessence du courtisan." Pas mal, non ? Malheureusement, lorsqu'elle se décrit elle-même, Marie-Célie Guillaume n'est pas aussi en verve. Sous les traits de la Baronne (le pseudonyme qu'elle s'est choisie, en référence au personnage du baron perché d'Italo Calvino), elle se dépeint comme une jeune femme intelligente, sensible, cultivée, pleine d'aspirations élevées… Après les délicieuses pages au vitriol qu'elle vient de servir à ses lecteurs, un peu d'autodérision aurait été bienvenue.

lundi 18 juin 2012

Axion Esti - Odysseus Elytis



   En prévision d'un voyage en Grèce cet été, j'ai commencé à lire ou relire mes classiques : L'Iliade et L'Odyssée, bien sûr, et surtout Axion Esti, le grand poème d'Odysseus Elytis mis en musique par Mikis Theodorakis. Son titre, inspiré par les premières paroles d'un hymne orthodoxe à la Vierge Marie, signifie littéralement "ceci est digne d'être loué(To Axion Esti...). Le poème est construit comme une prière, un cantique en l'honneur de la Grèce et de ses manifestations aussi bien sensibles que spirituelles à travers le temps et l'histoire. C'est un texte difficile, polysémique et ouvert à toutes les interprétations. Autant le dire tout de suite, je n'ai pas tout compris (mais celui qui prétend tout comprendre à la poésie d'Odysseus Elytis n'est qu'un menteur ou un inconscient...). Malgré tout, j'ai été sensible à la beauté de la langue et des images de cette poétique mystique, lumineuse, sensuelle et charnelle. Pour vous en donner une idée, j'ai choisi cet extrait, dans lequel le poète se fait  peintre pour dresser sous nos yeux le tableau d'une nature sauvage et débordante de vie, traversée de fulgurances et d'éclats de lumière entre le ciel et l'abîme.


"LE POETE des brumes et des flots d'écume au fond de moi sommeille !
  Mamme de la tempête obscure entre ses lèvres d'encre 
  et son âme sans fin livrée aux  ruées lascives de la mer [note : les Mammes, néologisme tiré du latin, désignent sans doute ici les mamelles féminines, comme dans le poème de Rimbaud L'étoile a pleuré rose...]
   qui vont grêler sur ses pieds-monts
   Déracinant même le chêne âpre s'abat le vent de Thrace.
De tout petits voiliers en contournant le cap soudain claquent au vent et s'éclipsent
Puis reparaissent là-haut dans les nuages de l'autre côté du gouffre amer.
Aux diamants des ancres il s'est collé des algues 
   barbes de saints mélancoliques.
De splendides rayons issues de leur face
   font vibrer la rade éblouie.
A jeun, par ici se tournent les yeux vides des vieillards
   Tandis que les femmes profilent leurs silhouettes
noires sur la chaux immaculée.
    Au milieu d'eux, moi j'active ma main
Poète des brumes et des flots d'écume !
   Dans l'humble boîte de couleurs je trempe bien
ma brosse au milieu d'eux et puis je peins : 
   Récemment en chantier
les ors fauves et les noirs des saintes Icônes !
   Aidez-nous protégez-nous saint Canaris !
 Aidez-nous protégez-nous saint Miaoulis !
    Aidez-nous protégez-nous sainte Manto !

mercredi 13 juin 2012

vendredi 1 juin 2012

Hubert Selby Jr. - Last Exit to Brooklyn



   J'ai du mal à entrer dans Last Exit to Brooklyn, le roman culte de l'Américain Hubert Selby Jr. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires à sa sortie en 1964, il a valu à son auteur un procès pour obscénité au Royaume-Uni et reste considéré aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre de la littérature américaine. Malgré toute ces qualités, ce livre reste une énigme pour moi, en tout cas pour l'instant (je ne suis pas encore parvenu à la moitié). Mon principal reproche ? L'auteur a volontairement choisi une prose directe et désordonnée qui s'apparente à une logorrhée indigeste. La narration et le discours y sont mêlés sans distinction ni règles typographiques, et il revient au lecteur le soin de reconstruire laborieusement le sens de chaque phrase en déterminant la situation d'énonciation (qui parle : le narrateur ? un personnage ? lequel ?) et l'objet du discours. Bien sûr, il s'agit d'un choix stylistique déterminé et conscient. En l'occurrence, il correspond bien à la réalité qu'il entend décrire : la violence de la vie des marginaux, des drogués et des homosexuels dans le Brooklyn des années cinquante. Malgré tout, cette lecture reste une épreuve, et je ne suis pas sûr de la poursuivre jusqu'à son terme. Faisons preuve de patience, la littérature est parfois ardue. 

mercredi 23 mai 2012

Les romans de l'oubli - Le Passager (Grangé) et La Vie d'une autre (Deghelt)




   J'ai récemment lu deux romans qui ont en commun de prendre l'amnésie comme point de départ. Le premier, Le Passager, de Jean-Christophe Grangé, est un thriller sombre dans lequel un homme suspecté de meurtre doit remonter dans sa mémoire à travers les différentes personnalités qu'il a successivement endossées pour découvrir son identité profonde et par là-même résoudre le mystère des meurtres sanglants qui émaillent son parcours. Le second, La Vie d'une autre, de Frédérique Deghelt, raconte l'histoire d'une femme de trente-sept ans qui se réveille un matin en ayant tout oublié des douze dernières années de sa vie, et se découvre mariée et mère de trois enfants. Elle devra mener une quête sur son histoire personnelle pour rétablir le lien entre le passé et le présent, comprendre la crise conjugale et amoureuse qui a provoqué son amnésie, et restaurer une relation solide et apaisée avec son mari. Le roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique sortie en salles en février, avec Juliette Binoche et Matthieu Kassovitz dans les rôles principaux.


    Il est amusant de constater comment, à partir d'un même thème - l'amnésie - et d'un même moteur d'intrigue - la quête de soi - les deux romanciers ont produit des oeuvres radicalement différentes. Dans le cas de Grangé, il s'agit d'une enquête lourde, violente, et finalement très masculine, dans laquelle le personnage principal doit résoudre des énigmes sous la forme de meurtres dont l'horreur est encore exacerbée par des mises en scènes morbides inspirées de la mythologie grecque (un cadavre sur lequel l'assassin a enfoncé une tête de taureau pour simuler un minotaure, etc.). Dans le cas de Deghelt, la quête de soi prend une allure plus psychologique et féminine, avec une introspection focalisée sur la relation amoureuse, la vie de couple, la famille et la réparation des blessures intimes. 


    Il me serait très difficile d'accorder ma préférence à l'un ou à l'autre tant ils sont différents. En tout cas, ces deux romans ont le mérite d'exploiter habilement le thème de l'oubli pour construire une histoire captivante, et je vous recommande vivement leur lecture.
  


    

samedi 12 mai 2012

The Hunger Games - Suzanne Collins





  J'ai été captivé par le premier tome de la série The Hunger Games. Paru en 2008, ce roman destiné à un public adolescent est devenu un best-seller mondial, encore amplifié en 2012 par la sortie du film et par une campagne de promotion très efficace sur les réseaux sociaux.  Pourtant, d'un point de vue purement formel, l'ouvrage est assez pauvre. L'écriture et la narration sont typiques de ces romans américains prédestinés à un succès commercial: des phrases courtes, simples et directes, peu de descriptions, une intrigue qui progresse rapidement, scandée par des chapitres courts et systématiquement conclus par des accrocheurs de suspense destinés à tenir le lecteur en haleine (les fameux cliffhangers des séries américaines). Tout cela sent le formatage et l'atelier d'écriture à l'anglo-saxonne.  D'ailleurs, si le livre se résumait à ça, il ne serait probablement qu'un roman commercial de plus parmi les milliers qui sont publiés chaque année.
    Le véritable intérêt de The Hunger Games réside dans la dystopie dérangeante qu'il met en scène: dans une Amérique post-apocalyptique technologiquement avancée mais foncièrement inégalitaire et ravagée par la misère et la faim, un gouvernement totalitaire, le Capitole, organise chaque année des jeux télévisés dans lesquels vingt-quatre adolescents tirés au sort sont mis en compétition dans un combat sans merci dont un seul peut sortir vivant. Le roman, classé dans la catégorie jeunesse, contient de nombreuses scènes de violences entre des enfants, dont des meurtres sanglants commis à l'arme blanche.  Dans le film, leur intensité visuelle (voir par exemple cet extrait disponible sur Youtube) a excité l'intérêt du public et légitimement choqué certains spectateurs, à tel point que des voix se sont élevées pour réclamer une interdiction aux moins de 18 ans. Pourtant, la plupart des ingrédients de The Hunger Games sont déjà présents depuis longtemps dans des œuvres, des théories et des récits devenus des classiques, comme le mythe de Thésée (le sacrifice rituel de la jeunesse orchestré par l'appareil d'Etat), le Léviathan de Hobbes (la guerre de tous contre tous dans une société à l'état de nature), Sa Majesté des mouches de William Golding (la violence et la cruauté des enfants livrés à eux-mêmes dans un environnement naturel hostile et isolé), le darwinisme social de Herbert Spencer (la compétition sociale comme facteur de progrès) ou les jeux du cirque dans l'antiquité romaine (le divertissement des foules par des spectacles violents et sanglants). Au cinéma, on les retrouve également fréquemment dans les films de science-fiction (Rollerball, The running man), d'arts martiaux (Kickboxer) ou d'horreur (Saw). Alors, comment expliquer le succès de The Hunger games, plus particulièrement auprès du jeune public?
     Certains commentateurs l'attribuent à la résonnance particulière du roman de Suzanne Collins avec l'Amérique des années Bush. L'auteur a d'ailleurs expliqué que l'idée de ce récit lui est venue en regardant la télévision, alors qu'elle passait sans transition d'une émission de télé-réalité à un reportage sur la guerre en Irak. Dans une vision critique et libérale au sens américain du terme, c'est-à-dire progressiste, pacifiste et favorable à l'intervention de l'Etat dans l'économie, l'univers de The Hunger Games serait  la métaphore cauchemardesque d'une société qui sacrifie sa jeunesse au profit des intérêts capitalistes en l'envoyant se faire tuer en Irak tout en réduisant ses dépenses en matière d'éducation et de santé. Cette théorie séduisante et politiquement engagée contient sans doute une part de vérité, mais elle n'explique pas la popularité du livre au-delà des frontières américaines. 
    La véritable clé du succès du roman réside en fait dans la découverte de la compétition sociale qui marque  la fin de l'enfance et le début de l'adolescence. Si le roman de Suzanne Collins séduit un public aussi large, c'est qu'il reflète les préoccupations d'une génération qui fait chaque jour l'expérience de cette mise en concurrence, que ce soit dans le domaine sportif, scolaire, social, ou amoureux, et de son corollaire, la violence, sous la forme de l'échec et de l'exclusion du groupe. Cette vision est d'ailleurs effectivement très bien traduite par les émissions de télé-réalité, qui fonctionnent pour la plupart selon le principe de l'élimination: mis en compétition les uns avec les autres, les candidats doivent déployer sous les yeux du public des stratégies ingénieuses pour écarter leurs adversaires et accéder ainsi à la jouissance matérielle ou sexuelle, et ceux qui échouent en chemin connaissent une mort sociale symbolique en quittant le loft.  Plus tard, dans nos sociétés occidentales plus ou moins libérales (cette fois au sens "européen" du terme), cette rivalité se prolonge dans la recherche d'un logement, d'un emploi, d'une place ou d'un(e) partenaire. Au-delà du cas particulier de l'Amérique de Bush, c'est donc bien dans ce sens que The Hunger games constitue une métaphore sombre et pessimiste de nos sociétés modernes.



mercredi 25 avril 2012

Alain Finkielkraut - Et si l'amour durait





   En complément à mes deux précédents billets, je voudrais signaler ici un essai intéressant d'Alain Finkielkraut paru cet automne, Et si l'amour durait. Dans le premier chapitre, intitulé L'énigme du renoncement, il commence par nous promener à travers une agréable lecture commentée de La Princesse de Clèves avant d'exposer une thèse originale: selon Alain Finkielkraut, ce qui exaspère le lecteur moderne dans l'oeuvre de Madame de La Fayette, c'est son extravagante intransigeance, qui la conduit, par une sorte de masochisme, à renoncer à ce qu'elle désire le plus, et qui pourtant s'offre désormais à elle sans obstacle. En effet, après le décès de son mari, elle aurait pu - passé un certain délai de décence - laisser libre cours à son amour pour le Duc de Nemours. Malgré cela, dans un abandon absurde, elle choisit de s'en éloigner à tout jamais. La raison ? En jeune femme précocement instruite par les intrigues de la cour, elle est pleinement conscience de la finitude inéluctable du sentiment amoureux. Malgré toute la force de sa passion pour Nemours, elle sait qu'elle ne sera pas éternelle, et préfère renoncer à ce bonheur condamné à disparaître avec le temps. 

lundi 16 avril 2012

L'amour dans La Princesse de Clèves



   L'originalité de La Princesse de Clèves est d'offrir une vision duale de l'amour, à la fois comme enjeu politique et comme pur dépassement de tous les intérêts. Son célèbre incipit pose d'emblée le cadre d'un décor fabuleux et fastueux: "La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants." Mais ce tableau plein d'élégance et d'apparat est aussi un univers féroce, dans lequel règnent les ambitions et les jeux d'intérêts. C'est une toile mouvante et dangereuse, un monde de rivalités politiques et religieuses dans laquelle la galanterie, par le biais des mariages entre maisons aristocratiques, se révèle un instrument d'ascension sociale et de construction d'alliances. "L'ambition et la galanterie étaient l'âme de cette cour, et occupaient également les hommes et les femmes. Il y avait tant d'intérêts et tant de cabales différentes et les dames y avaient tant de part que l'amour était toujours mêlé aux affaires. et les affaires à l'amour." 
    Et pourtant, au milieu de tant de complots et d'intrigues menées sous les traits de l'amour, le roman met en scène un sentiment passionné et pur, celui qui unit la princesse de Clèves et le Duc de Nemours. Ce dernier, brillant séducteur pourtant rompu aux exercices des joutes amoureuses, se retrouve désarmé face à la beauté et à la noblesse de cette jeune fille croisée dans un bal à la cour. Renonçant à un prestigieux mariage avec Elisabeth d'Angleterre, il sacrifie sa raison, son ambition et sa carrière politique pour poursuivre une passion vouée au malheur. C'est donc un renversement total que met en scène le roman: jusqu'ici instrument de conquête et de pouvoir, synonyme d'ascension dans l'ordre social et matériel, l'amour devient une expérience intime et sublime, une élévation de l'âme et du coeur. 

dimanche 8 avril 2012

Madame de Lafayette - La Princesse de Clèves




    La Princesse de Clèves, classique de la littérature française depuis des décennies, a connu un curieux regain d'intérêt de la part du public grâce aux déclarations maladroites de Nicolas Sarkozy. Rappelons les faits. En février 2006, celui qui était alors encore simple candidat à la Présidence de la République a affirmé: "Un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme [du concours d'attaché d'administration] d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle !". Une fois élu, il a tenu un discours similaire à l'occasion d'un déplacement à Lyon à la fin de l'année 2008 (vous pouvez consulter ici ses propos exacts). Influencé par ce contexte particulier, j'ai récemment relu le roman de Madame de La Fayette en me posant les questions suivantes: comment La Princesse de Clèves peut-elle éclairer le lecteur d'aujourd'hui, dans sa vie personnelle ou professionnelle? En quoi peut-elle lui être utile dans un univers dominé par les compétences techniques, commerciales, ou administratives?

    Comme la plupart des grands textes classiques, La Princesse de Clèves exige du lecteur moderne une concentration et une attention auxquelles ne l'ont pas habitué les écrans qui monopolisent d'ordinaire ses facultés intellectuelles. Passé le célèbre incipit ("La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second."), il doit retrouver son chemin au milieu d'une longue galerie de portraits historiques, et suivre un fil narratif certes linéaire, mais entrecoupé de quatre récits enchâssés illustrant les dangers de la passion amoureuse. Lire le roman de Madame de La Fayette, c'est donc cultiver la persévérance et le goût de l'effort. Ne sont-ce pas là des qualités appréciables dans la vie professionnelle? 

      Sur la forme, La Princesse de Clèves se distingue par un style sobre, simple et naturel. Selon l'usage de l'époque classique, Madame de La Fayette refuse l'effet pour l'effet, les métaphores coquettes, les ornements fleuris. En parlant de son roman, elle écrit dans une lettre à une amie "je le trouve très agréable, bien écrit, sans être extrêmement châtié [...]. Il n'y a rien de romanesque ni de grimpé" ("grimpé" désignant ici un style prétentieux, excessivement élevé). Il ne faut pas voir dans ces affirmations la manifestation d'un quelconque narcissisme, mais plutôt le jugement sûr d'une artiste qui fait tendre tous ses efforts vers la clarté, la concision et la simplicité. Tout au plus peut-on relever dans son roman une présence un peu trop fréquente des superlatifs et des hyperboles pour désigner les brillantes qualités des gentilshommes de la cour de Henri II, mais cela fait partie du style littéraire précieux. Dans l'ensemble, l'écriture de Madame de La Fayette est un modèle pour  les amoureux de la langue française, et son étude est plus que jamais nécessaire dans un monde où l'écrit retrouve toute sa place grâce à la multiplication des correspondances électroniques.

      Enfin, La Princesse de Clèves est un chef d'oeuvre d'analyse du sentiment amoureux et de ses dangers. Le roman montre la naissance de l'amour, ses élans, ses doutes et ses reflux, ses joies et ses souffrances, les jalousies et les peines terribles qu'il peut inspirer. C'est un ouvrage de casuistique amoureuse, une anthropologie fine qui explore les variations du coeur sur le mode de l'introspection. Sans doute la guichetière de M. Sarkozy n'en a-t-elle pas besoin pour apposer des coups de tampons derrière son guichet. Mais si elle veut s'élever vers de nouveaux horizons, aussi bien matériellement qu'intellectuellement, elle trouvera une bonne guide dans La Princesse de Clèves.

dimanche 25 mars 2012

Laurent Binet - Campagne de Hollande

A lire dans Le Monde des Livres de cette semaine, un entretien avec mon ami Laurent Binet au sujet du nouveau livre qu'il est en train d'écrire, le Journal de campagne de François Hollande. L'ouvrage n'est bien sûr pas encore achevé (sa publication est prévue à la rentrée), mais tout le monde veut connaître la fin de l'histoire... En attendant, vous pouvez patienter en lisant le dernier livre du candidat lui-même.



samedi 17 mars 2012

Josef Skvorecky - Les lâches




   Le 12 décembre dernier est décédée une figure majeure de la littérature contemporaine tchèque, l'écrivain Josef Skvorecky. L'événement n'a pas retenu beaucoup d'attention en France, à peine quelques notices nécrologiques dans les  pages culturelles des quotidiens (vous trouverez celle du Monde ici). Pour ma part, j'ai voulu rendre hommage à cet auteur en lisant son plus célèbre roman, Les lâches.
    D'inspiration très largement autobiographique, Les lâches relate la fin de la seconde guerre mondiale et la libération d'une petite ville imaginaire située à la frontière tchéco-allemande. Le récit est raconté du point de vue de Danny Smiricky, un jeune homme de bonne famille amateur de jazz, de culture américaine, et de filles.  Ce roman a connu une histoire mouvementée : publié en 1958, il a été condamné par les autorités socialistes de l'époque  et retiré de la vente. La raison ? Il met joyeusement en pièces le mythe officiel  de la libération de la Tchécoslovaquie, cet idéal patriotique selon lequel des révolutionnaires tchèques téméraires auraient héroïquement lutté contre l'occupant allemand et accueilli avec enthousiastes leurs libérateurs russes. Dans le récit de Skvorecky, nulle trace d'héroïsme:  les habitants de Kostelec (version à peine déguisée de Nachod,  ville natale de l'auteur) se montrent lâches, pusillanimes, et préoccupés avant tout de la sauvegarde de leurs propres intérêts. Skvorecky décrit leur comportement avec un talent et une dérision bien sentie qui rendent la lecture de son livre assez jouissive . Ainsi, dans ce passage (p.60) où les révolutionnaires tchèques s'en prennent à des soldats allemands à peine sortis de l'adolescence:
"Désarmez-les!" cria dans le fond un intrépide.
Personne ne bougea."
Par sa dimension sarcastique et sa déconstruction burlesque des mythes fondateurs du pouvoir, le roman de Skvorecky s'inscrit dans la lignée de l'esprit tchèque incarné par le brave soldat Chveïk (que je vous invite à redécouvrir en lisant ici mon billet daté du 24 mai 2010). Omniprésente, la dérision y prend pour cible tous les objets qu'elle rencontre. Le narrateur ne s'épargne pas lui-même, comme en témoigne ce passage dans lequel il moque son narcissisme gonflé d'autosatisfaction (p. 60):  "J'étais nu. […] Je me regardai. Ainsi nu, je me plaisais à moi-même. J'étais beau. J'avais un corps harmonieux, les hanches étroites. Lorsqu'il n'y avait pas à côté de moi un athlète, et donc pas de comparaison possible, j'avais l'air tout à fait grec."  Parfois, le sarcasme vire à la misogynie décomplexée (p.61), en particulier dans les scènes où le jeune Smiricky tente en vain d'attirer la belle Irène dans son lit: "Il ne lui vint même pas à l'idée qu'elle n'avait rien compris du tout. Il paraissait évident qu'elle ne possédait pas, dans le cerveau, l'équipement qui lui aurait permis de comprendre. D'ailleurs, dans l'ensemble, les filles ont dans le cerveau un équipement très primitif."
   Volontiers provocant et agréablement je m'en foutiste, le roman de Skvorecky est une lecture rafraichissante qui ravira les amateurs d'humour burlesque et de littérature tchèque.

dimanche 4 mars 2012

La complainte de Mandrin

  
    Parmi les sorties cinéma des derniers mois, j'ai repéré Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche. Ce film retrace la naissance de la complainte de Mandrin, poème qui narre les aventures du plus célèbre contrebandier de l'histoire de France. Au XVIIIème siècle, Mandrin s'est opposé aux fermiers généraux, ces agents privés chargés de la collecte des impôts indirects pour le compte du roi. A la mort de son frère Pierre (pendu pour faux-monnayage), il prend la tête d'une armée de contrebandiers constituée de paysans et de soldats déserteurs et mène entre 1754 et 1755 une série de campagnes contre les collecteurs d'impôts à travers le Dauphiné, l'Auvergne, la Bourgogne et la Franche-Comté, s'attirant au passage la sympathie de la population. Finalement capturé en mai 1755, il sera jugé, condamné à mort et exécuté par le supplice de la roue.
    Je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller voir le film de Rabah Ameur-Zaïmeche (si cela vous intéresse, vous pouvez consulter sa fiche sur Allociné ici ou regarder sa bande-annonce ci-dessous), mais j'en ai bien l'intention car le poème fait partie de mes favoris. Construite sur un leitmotiv incantatoire ("vous m'entendez ?") et une interpellation de l'auditeur, la complainte de Mandrin a fait naître la légende du bandit héros, et elle continue de la faire vivre aujourd'hui.


Nous étions vingt ou trente
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc
A la mode des, vous m'entendez,
Tous habillés de blanc
A la mode des marchands.


La première volerie
Que je fis dans ma vie,
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un, vous m'entendez,
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé.


J'entrai dedans sa chambre,
Mon Dieu, qu'elle était grande,
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main, vous m'entendez,
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.


J'entrai dedans une autre
Mon Dieu, qu'elle était haute,
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois, vous m'entendez,
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois chariots.


Je les portai pour vendre
A la foire de Hollande
J'les vendis bon marché
Ils m'avaient rien, vous m'entendez,
J'les vendis bon marché
Ils m'avaient rien coûté.


Ces messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt, vous m'entendez,
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé.


Ils m'ont jugé à pendre,
Que c'est dur à entendre
A pendre et étrangler
Sur la place du, vous m'entendez,
à pendre et étrangler
Sur la place du marché.


Monté sur la potence
Je regardai la France
Je vis mes compagnons
A l'ombre d'un, vous m'entendez,
Je vis mes compagnons
A l'ombre d'un buisson.


Compagnons de misère
Allez dire à ma mère
Qu'elle ne m'reverra plus
J' suis un enfant, vous m'entendez,
Qu'elle ne m'reverra plus
J'suis un enfant perdu.

samedi 25 février 2012

Charles Lancar - Le Vent des marchés

   Il y a quelques semaines, j'évoquais sur ce blog ma rencontre avec Charles Lancar, un écrivain d'origine tunisienne qui présente l'originalité d'être aussi vendeur sur les marchés. Dans Le Vent des marchés, il s'inspire assez largement de sa propre expérience pour raconter la vie des marchés parisiens du lendemain de la Libération à la décentralisation des Halles à la fin des années soixante. Cette saga familiale et historique raconte les parcours croisés d'Adèle, une veille de soixante dix-huit ans surnommée "la lionne des marchés" pour sa défense passionnée des intérêts des marchands depuis le début du siècle, et ses descendants Adrien, Antoine et Cédric. A travers ces histoires individuelles, le roman dresse aussi le tableau d'une époque et d'un milieu, celui des marchés parisiens dans l'après-guerre, dans un contexte de renouveau économique et de règlements de comptes politiques entre résistants et anciens collabos.
    J'ai apprécié ce roman pour sa dimension historique, qui restitue assez bien les traditions des marchands,  leurs langages et leurs manières, jusqu'à leur vocabulaire (avec notamment ce drôle de pluriel pour désigner leurs différentes spécialités : un "fruits et légumes", un "champignons", etc.). J'ai aussi  retrouvé dans Le Vent des marchés une filiation avec deux genres que j'affectionne particulièrement, le roman naturaliste populaire, et la saga familiale. Au roman naturaliste, Lancar a emprunté son univers social et matériel (le ventre de Paris) et ses thèmes (l'histoire naturelle et sociale d'une famille, les luttes sociales et politiques). Il se rapproche de la saga familiale par la tension dramatique et les jeux d'opposition qu'il établit entre membres d'une même famille (Cédric contre Adrien).
   Mon seul regret en refermant ce livre est qu'il m'a laissé un goût d'inachevé. En particulier, l'opposition entre Cédric, jeune premier  intelligent et ambitieux, incarnation de la nouvelle droite gaulliste, et son "oncle" Adrien, usurpateur de l'héritage familial et représentant d'une droite traditionnelle compromise dans la collaboration, reste à peine esquissée, et ne débouche pas sur la confrontation épique que le lecteur attend. Mais peut-être est-ce tout simplement parce que ce roman feuilleton appelle une suite ?

lundi 20 février 2012

Reportage de Capital (M6) sur le livre numérique

Pour ceux d'entre vous que cela intéresse, vous trouverez ci-dessous un lien vers le reportage du Magazine Capital (M6) consacré au livre numérique. J'y fais une brève apparition (vers 1h10 dans le fichier vidéo).
http://www.m6replay.fr/#/info/capital/42386