samedi 25 février 2012

Charles Lancar - Le Vent des marchés

   Il y a quelques semaines, j'évoquais sur ce blog ma rencontre avec Charles Lancar, un écrivain d'origine tunisienne qui présente l'originalité d'être aussi vendeur sur les marchés. Dans Le Vent des marchés, il s'inspire assez largement de sa propre expérience pour raconter la vie des marchés parisiens du lendemain de la Libération à la décentralisation des Halles à la fin des années soixante. Cette saga familiale et historique raconte les parcours croisés d'Adèle, une veille de soixante dix-huit ans surnommée "la lionne des marchés" pour sa défense passionnée des intérêts des marchands depuis le début du siècle, et ses descendants Adrien, Antoine et Cédric. A travers ces histoires individuelles, le roman dresse aussi le tableau d'une époque et d'un milieu, celui des marchés parisiens dans l'après-guerre, dans un contexte de renouveau économique et de règlements de comptes politiques entre résistants et anciens collabos.
    J'ai apprécié ce roman pour sa dimension historique, qui restitue assez bien les traditions des marchands,  leurs langages et leurs manières, jusqu'à leur vocabulaire (avec notamment ce drôle de pluriel pour désigner leurs différentes spécialités : un "fruits et légumes", un "champignons", etc.). J'ai aussi  retrouvé dans Le Vent des marchés une filiation avec deux genres que j'affectionne particulièrement, le roman naturaliste populaire, et la saga familiale. Au roman naturaliste, Lancar a emprunté son univers social et matériel (le ventre de Paris) et ses thèmes (l'histoire naturelle et sociale d'une famille, les luttes sociales et politiques). Il se rapproche de la saga familiale par la tension dramatique et les jeux d'opposition qu'il établit entre membres d'une même famille (Cédric contre Adrien).
   Mon seul regret en refermant ce livre est qu'il m'a laissé un goût d'inachevé. En particulier, l'opposition entre Cédric, jeune premier  intelligent et ambitieux, incarnation de la nouvelle droite gaulliste, et son "oncle" Adrien, usurpateur de l'héritage familial et représentant d'une droite traditionnelle compromise dans la collaboration, reste à peine esquissée, et ne débouche pas sur la confrontation épique que le lecteur attend. Mais peut-être est-ce tout simplement parce que ce roman feuilleton appelle une suite ?

lundi 20 février 2012

Reportage de Capital (M6) sur le livre numérique

Pour ceux d'entre vous que cela intéresse, vous trouverez ci-dessous un lien vers le reportage du Magazine Capital (M6) consacré au livre numérique. J'y fais une brève apparition (vers 1h10 dans le fichier vidéo).
http://www.m6replay.fr/#/info/capital/42386

lundi 6 février 2012

Rencontre avec Charles Lancar



    J'ai assisté ce soir à une rencontre avec Charles Lancar, un écrivain qui présente l'originalité d'être également vendeur sur les marchés parisiens. Durant près de deux heures, il a partagé avec le public son histoire personnelle et ses plaisirs de lecteur, d'écrivain et de promeneur parisien. Né à Tunis en 1943, il a mené une existence picaresque entre petits métiers et rencontres heureuses, avec comme fil conducteur l'amour de la littérature.  Avant de quitter la salle, j'ai acheté un exemplaire de son dernier roman Le Vent des marchés, une saga familiale dans les halles du Paris de l'après-guerre. J'y consacrerai mon prochain billet sur ce blog. A suivre.

http://charles.lancar.free.fr/

dimanche 5 février 2012

Jean-Hervé Lorenzi - Le fabuleux destin d'une puissance intermédiaire

 
      En cette période de campagne électorale sur fond de crise financière, j'ai ajouté à mon programme de lectures pour 2012 quelques essais économiques et politiques. Pour commencer, je viens d'achever le livre de Jean-Hervé Lorenzi Le fabuleux destin d'une puissance intermédiaire. L'auteur, économiste réputé et administrateur de plusieurs entreprises, livre une analyse étonnamment lucide sur la situation de la France d'aujourd'hui. Il part pour cela des thèses déclinistes défendues avec talent par Nicolas Baverez dans son essai La France qui tombe (2003) et dans les colonnes du Point (en résumé : la France est sur le déclin car elle est plombée par une administration omniprésente et inefficace, une économie fermée et administrée, un marché du travail rigide et une fiscalité paralysante). Prenant le contre-pied de cette analyse, Lorenzi commence par rappeler que la pensée décliniste est une vieille rengaine française : déjà, au XIXème siècle, les intellectuels français (au premier rang desquels Chateaubriand) s'inquiétaient de la décadence de la France, du recul de son influence, de son incapacité à innover et de son vieillissement démographique. Lorenzi montre ainsi que la pensée de Baverez (et de ses pairs Jacques Marseille ou Nicolas Zemmour), sous des dehors en apparence factuels et irréfutables ("Chiffres à l'appui, Nicolas Baverez établit le constat clinique d'un déclassement"), est en fait une interprétation erronée du réel solidement ancrée dans notre culture depuis des siècles. Pour autant, Lorenzi ne réfute pas en bloc les thèses déclinistes sur l'état de la France; il en livre en fait une vision plus nuancée et contrastée, à la fois lucide et optimiste. C'est là sans doute que réside l'intérêt principal de l'ouvrage. Tout au long de ses 180 pages, il s'attache à décrire les forces contradictoires qui traversent le pays, entre innovation et peur de l'avenir, dynamisme et passivité, ouverture sur l'Europe et refus de la mondialisation... Pour Jean-Hervé Lorenzi, la France est une puissance intermédiaire capable de maîtriser et d'orienter son destin, à condition qu'elle s'en donne les moyens et retrouve confiance en elle-même.
    J'ai apprécié cette vision équilibrée. Dommage que les pistes d'amélioration soient seulement esquissées. "Il existe quelques leviers, sûrement une nouvelle organisation du marché du travail, une fiscalité retrouvée et une coopération renouvelée dans le cadre européen", écrit Jean-Hervé Lorenzi. Mais qu'entend-il précisément par là ? Nous n'en saurons rien, et l'auteur s'en tire par une pirouette : "un projet doit être simple et compréhensible. Ce n'est pas l'objet de cet essai que de le proposer." Le lecteur avide de détails pourra peut-être les trouver dans son nouvel essai, paru la semaine dernière : Droite contre gauche. Tout un programme...