dimanche 25 mars 2012

Laurent Binet - Campagne de Hollande

A lire dans Le Monde des Livres de cette semaine, un entretien avec mon ami Laurent Binet au sujet du nouveau livre qu'il est en train d'écrire, le Journal de campagne de François Hollande. L'ouvrage n'est bien sûr pas encore achevé (sa publication est prévue à la rentrée), mais tout le monde veut connaître la fin de l'histoire... En attendant, vous pouvez patienter en lisant le dernier livre du candidat lui-même.



samedi 17 mars 2012

Josef Skvorecky - Les lâches




   Le 12 décembre dernier est décédée une figure majeure de la littérature contemporaine tchèque, l'écrivain Josef Skvorecky. L'événement n'a pas retenu beaucoup d'attention en France, à peine quelques notices nécrologiques dans les  pages culturelles des quotidiens (vous trouverez celle du Monde ici). Pour ma part, j'ai voulu rendre hommage à cet auteur en lisant son plus célèbre roman, Les lâches.
    D'inspiration très largement autobiographique, Les lâches relate la fin de la seconde guerre mondiale et la libération d'une petite ville imaginaire située à la frontière tchéco-allemande. Le récit est raconté du point de vue de Danny Smiricky, un jeune homme de bonne famille amateur de jazz, de culture américaine, et de filles.  Ce roman a connu une histoire mouvementée : publié en 1958, il a été condamné par les autorités socialistes de l'époque  et retiré de la vente. La raison ? Il met joyeusement en pièces le mythe officiel  de la libération de la Tchécoslovaquie, cet idéal patriotique selon lequel des révolutionnaires tchèques téméraires auraient héroïquement lutté contre l'occupant allemand et accueilli avec enthousiastes leurs libérateurs russes. Dans le récit de Skvorecky, nulle trace d'héroïsme:  les habitants de Kostelec (version à peine déguisée de Nachod,  ville natale de l'auteur) se montrent lâches, pusillanimes, et préoccupés avant tout de la sauvegarde de leurs propres intérêts. Skvorecky décrit leur comportement avec un talent et une dérision bien sentie qui rendent la lecture de son livre assez jouissive . Ainsi, dans ce passage (p.60) où les révolutionnaires tchèques s'en prennent à des soldats allemands à peine sortis de l'adolescence:
"Désarmez-les!" cria dans le fond un intrépide.
Personne ne bougea."
Par sa dimension sarcastique et sa déconstruction burlesque des mythes fondateurs du pouvoir, le roman de Skvorecky s'inscrit dans la lignée de l'esprit tchèque incarné par le brave soldat Chveïk (que je vous invite à redécouvrir en lisant ici mon billet daté du 24 mai 2010). Omniprésente, la dérision y prend pour cible tous les objets qu'elle rencontre. Le narrateur ne s'épargne pas lui-même, comme en témoigne ce passage dans lequel il moque son narcissisme gonflé d'autosatisfaction (p. 60):  "J'étais nu. […] Je me regardai. Ainsi nu, je me plaisais à moi-même. J'étais beau. J'avais un corps harmonieux, les hanches étroites. Lorsqu'il n'y avait pas à côté de moi un athlète, et donc pas de comparaison possible, j'avais l'air tout à fait grec."  Parfois, le sarcasme vire à la misogynie décomplexée (p.61), en particulier dans les scènes où le jeune Smiricky tente en vain d'attirer la belle Irène dans son lit: "Il ne lui vint même pas à l'idée qu'elle n'avait rien compris du tout. Il paraissait évident qu'elle ne possédait pas, dans le cerveau, l'équipement qui lui aurait permis de comprendre. D'ailleurs, dans l'ensemble, les filles ont dans le cerveau un équipement très primitif."
   Volontiers provocant et agréablement je m'en foutiste, le roman de Skvorecky est une lecture rafraichissante qui ravira les amateurs d'humour burlesque et de littérature tchèque.

dimanche 4 mars 2012

La complainte de Mandrin

  
    Parmi les sorties cinéma des derniers mois, j'ai repéré Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche. Ce film retrace la naissance de la complainte de Mandrin, poème qui narre les aventures du plus célèbre contrebandier de l'histoire de France. Au XVIIIème siècle, Mandrin s'est opposé aux fermiers généraux, ces agents privés chargés de la collecte des impôts indirects pour le compte du roi. A la mort de son frère Pierre (pendu pour faux-monnayage), il prend la tête d'une armée de contrebandiers constituée de paysans et de soldats déserteurs et mène entre 1754 et 1755 une série de campagnes contre les collecteurs d'impôts à travers le Dauphiné, l'Auvergne, la Bourgogne et la Franche-Comté, s'attirant au passage la sympathie de la population. Finalement capturé en mai 1755, il sera jugé, condamné à mort et exécuté par le supplice de la roue.
    Je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller voir le film de Rabah Ameur-Zaïmeche (si cela vous intéresse, vous pouvez consulter sa fiche sur Allociné ici ou regarder sa bande-annonce ci-dessous), mais j'en ai bien l'intention car le poème fait partie de mes favoris. Construite sur un leitmotiv incantatoire ("vous m'entendez ?") et une interpellation de l'auditeur, la complainte de Mandrin a fait naître la légende du bandit héros, et elle continue de la faire vivre aujourd'hui.


Nous étions vingt ou trente
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc
A la mode des, vous m'entendez,
Tous habillés de blanc
A la mode des marchands.


La première volerie
Que je fis dans ma vie,
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un, vous m'entendez,
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé.


J'entrai dedans sa chambre,
Mon Dieu, qu'elle était grande,
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main, vous m'entendez,
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.


J'entrai dedans une autre
Mon Dieu, qu'elle était haute,
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois, vous m'entendez,
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois chariots.


Je les portai pour vendre
A la foire de Hollande
J'les vendis bon marché
Ils m'avaient rien, vous m'entendez,
J'les vendis bon marché
Ils m'avaient rien coûté.


Ces messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt, vous m'entendez,
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé.


Ils m'ont jugé à pendre,
Que c'est dur à entendre
A pendre et étrangler
Sur la place du, vous m'entendez,
à pendre et étrangler
Sur la place du marché.


Monté sur la potence
Je regardai la France
Je vis mes compagnons
A l'ombre d'un, vous m'entendez,
Je vis mes compagnons
A l'ombre d'un buisson.


Compagnons de misère
Allez dire à ma mère
Qu'elle ne m'reverra plus
J' suis un enfant, vous m'entendez,
Qu'elle ne m'reverra plus
J'suis un enfant perdu.