lundi 18 juin 2012

Axion Esti - Odysseus Elytis



   En prévision d'un voyage en Grèce cet été, j'ai commencé à lire ou relire mes classiques : L'Iliade et L'Odyssée, bien sûr, et surtout Axion Esti, le grand poème d'Odysseus Elytis mis en musique par Mikis Theodorakis. Son titre, inspiré par les premières paroles d'un hymne orthodoxe à la Vierge Marie, signifie littéralement "ceci est digne d'être loué(To Axion Esti...). Le poème est construit comme une prière, un cantique en l'honneur de la Grèce et de ses manifestations aussi bien sensibles que spirituelles à travers le temps et l'histoire. C'est un texte difficile, polysémique et ouvert à toutes les interprétations. Autant le dire tout de suite, je n'ai pas tout compris (mais celui qui prétend tout comprendre à la poésie d'Odysseus Elytis n'est qu'un menteur ou un inconscient...). Malgré tout, j'ai été sensible à la beauté de la langue et des images de cette poétique mystique, lumineuse, sensuelle et charnelle. Pour vous en donner une idée, j'ai choisi cet extrait, dans lequel le poète se fait  peintre pour dresser sous nos yeux le tableau d'une nature sauvage et débordante de vie, traversée de fulgurances et d'éclats de lumière entre le ciel et l'abîme.


"LE POETE des brumes et des flots d'écume au fond de moi sommeille !
  Mamme de la tempête obscure entre ses lèvres d'encre 
  et son âme sans fin livrée aux  ruées lascives de la mer [note : les Mammes, néologisme tiré du latin, désignent sans doute ici les mamelles féminines, comme dans le poème de Rimbaud L'étoile a pleuré rose...]
   qui vont grêler sur ses pieds-monts
   Déracinant même le chêne âpre s'abat le vent de Thrace.
De tout petits voiliers en contournant le cap soudain claquent au vent et s'éclipsent
Puis reparaissent là-haut dans les nuages de l'autre côté du gouffre amer.
Aux diamants des ancres il s'est collé des algues 
   barbes de saints mélancoliques.
De splendides rayons issues de leur face
   font vibrer la rade éblouie.
A jeun, par ici se tournent les yeux vides des vieillards
   Tandis que les femmes profilent leurs silhouettes
noires sur la chaux immaculée.
    Au milieu d'eux, moi j'active ma main
Poète des brumes et des flots d'écume !
   Dans l'humble boîte de couleurs je trempe bien
ma brosse au milieu d'eux et puis je peins : 
   Récemment en chantier
les ors fauves et les noirs des saintes Icônes !
   Aidez-nous protégez-nous saint Canaris !
 Aidez-nous protégez-nous saint Miaoulis !
    Aidez-nous protégez-nous sainte Manto !

mercredi 13 juin 2012

vendredi 1 juin 2012

Hubert Selby Jr. - Last Exit to Brooklyn



   J'ai du mal à entrer dans Last Exit to Brooklyn, le roman culte de l'Américain Hubert Selby Jr. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires à sa sortie en 1964, il a valu à son auteur un procès pour obscénité au Royaume-Uni et reste considéré aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre de la littérature américaine. Malgré toute ces qualités, ce livre reste une énigme pour moi, en tout cas pour l'instant (je ne suis pas encore parvenu à la moitié). Mon principal reproche ? L'auteur a volontairement choisi une prose directe et désordonnée qui s'apparente à une logorrhée indigeste. La narration et le discours y sont mêlés sans distinction ni règles typographiques, et il revient au lecteur le soin de reconstruire laborieusement le sens de chaque phrase en déterminant la situation d'énonciation (qui parle : le narrateur ? un personnage ? lequel ?) et l'objet du discours. Bien sûr, il s'agit d'un choix stylistique déterminé et conscient. En l'occurrence, il correspond bien à la réalité qu'il entend décrire : la violence de la vie des marginaux, des drogués et des homosexuels dans le Brooklyn des années cinquante. Malgré tout, cette lecture reste une épreuve, et je ne suis pas sûr de la poursuivre jusqu'à son terme. Faisons preuve de patience, la littérature est parfois ardue.