dimanche 22 juillet 2012

Rimbaud - Aube


   Ce matin, j'ai eu la chance de me réveiller aux premières aurores. En prenant mon café devant les lueurs rouges et dorées du soleil de juillet, je me suis remémoré ce poème en prose tiré des Illuminations :


J'ai embrassé l'aube d'été. 
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. 
Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. 
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais 
et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. 
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins: 
à la cime argentée, je reconnus la déesse. 
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle 
fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais. 
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée 
avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. 
Au réveil il était midi.


J'aime la clarté et la fraîcheur de ce texte, sans doute l'un des plus beaux que Rimbaud ait jamais écrits. Dans une langue simple et accessible, il raconte une course joyeuse et échevelée parmi les beautés fulgurantes d'un paysage imaginaire et merveilleux. La chute du récit est celle du réveil désenchanté, le retour à la sèche platitude du jour. N'est-ce pas ce que le lève-tôt ressent lorsque l'activité diurne et ses obligations prosaïques viennent chasser chasser cet éphémère entre-deux qu'il affectionne tant ?

samedi 7 juillet 2012

Le Monarque, son fils et son fief - Marie-Célie Guillaume


   Vues du Canada, où je me trouve en ce moment, les querelles de la droite UMP des Hauts-de-Seine durant le quinquennat de Sarkozy paraissent bien dérisoires. Elles forment pourtant la matière d'un très bon livre qui fait beaucoup parler de lui depuis sa parution le 13 juin dernier. Le Monarque, son fils et son fief est une fable politique dans laquelle Marie-Célie Guillaume, ex-Directrice de cabinet de Patrick Devedjian au Conseil Général des Hauts-de-Seine (je  dis "ex" car la publication du livre lui a coûté son poste), raconte de l'intérieur les luttes de pouvoir et d'influence au sein de ce département emblématique du pouvoir de la droite sarkozienne  : le fiasco de la candidature de David Martinon à la mairie de Neuilly en 2008, le scandale de celle de Jean Sarkozy à l'EPAD en 2009, les rivalités et inimitiés entre Patrick Devedjian et les époux Balkany… Dans ce roman à clés, les pseudonymes humoristiques très transparents des personnages rendent aisée leur identification : le Monarque  (Sarkozy), le Dauphin (Jean Sarkozy), Préfet Tigellin (Claude Guéant),  les Thénardier (les époux Balkany), l'Arménien (Patrick Devedjian) pour ne citer que les plus célèbres. Pour une liste complète, je vous invite à consulter ce blog, qui s'est amusé à les recenser de manière exhaustive.

   Trempée dans le fiel de la déception et de l'amertume, la plume de Marie-Célie Guillaume  brille par sa férocité, en particulier dans les portraits qu'elle dresse des figures clés de la Sarkozie. Mon préféré est celui de Langue-de-VIP, alias Pierre Charon, conseiller en communication du Président : "Tout monarque a son bouffon, Langue-de-VIP est celui-ci. Le teint rose et le ventre bedonnant, il est le roi des imitations et des potins en tout genres. […] Il n'a pas son pareil pour raconter des blagues salaces et les derniers ragots de la ville. Il en rajoute, au besoin en invente. Jouisseur et rigolard, il aime la bonne chair, les alcools forts et les cigares. […]Il n'a pas son pareil pour faire du ofifi. Tous les jours, il appelle son réseau de journalistes pour leur balancer sous couvert d'anonymat l'humeur du Monarque et la rumeur du jour. Tout le monde y passe, amis ou ennemis, peu importe, pourvu que l'histoire soit bonne et de préférence sous la ceinture ! Il distribue les bons et les mauvais points, cible avec délectation les disgraciés du jour, se moque avec verve des ennemis du Monarque. Ses jugements péremptoires sont immédiatement diffusés dans les rubriques "confidentiels" ou dans les baromètres des personnalités des journaux. Pouce levé ou pouce baissé, tel un empereur romain oisif et gras, Langue-de-VIP peut en quelques mots assassins démolir la réputation d'un grand patron d'industrie ou vouer un ministre aux mines de sel. Lui qui n'a encore rien fait de sa vie, si ce n'est amuser la galerie dans les coulisses du pouvoir ! Il est la quintessence du courtisan." Pas mal, non ? Malheureusement, lorsqu'elle se décrit elle-même, Marie-Célie Guillaume n'est pas aussi en verve. Sous les traits de la Baronne (le pseudonyme qu'elle s'est choisie, en référence au personnage du baron perché d'Italo Calvino), elle se dépeint comme une jeune femme intelligente, sensible, cultivée, pleine d'aspirations élevées… Après les délicieuses pages au vitriol qu'elle vient de servir à ses lecteurs, un peu d'autodérision aurait été bienvenue.