mercredi 31 octobre 2012

Stefan Zweig - Lettres d'Amérique



    Voilà bientôt deux semaines que j'ai commencé Le Maréchal absolu, et j'avoue que ma progression est laborieuse car c'est un livre dense, touffu et exigeant. "Tant pis pour le lecteur paresseux, j'en veux d'autres", écrivait André Gide. Eh bien, il me semble que Pierre Jourde pourrait reprendre la formule à son compte. Mais je n'ai pas l'intention de m'arrêter en chemin. Après tout, l'auteur a mis vingt ans à l'écrire. Ses lecteurs ne peuvent-ils pas lui accorder vingt heures ? Poursuivons. Pour marquer une pause, j'ai lu Le Magazine littéraire de novembre, avec son dossier de la Toussaint consacré au traitement de la mort dans la littérature. Il contient notamment des extraits d'un recueil de correspondances de Stefan Zweig à paraître la semaine prochaine sous le titre Lettres d'Amérique. On y découvre l'écrivain entre août 1940 et février 1942, quelques mois avant son suicide, alors qu'il sillonne les Amériques de New York à Rio en avion ou en bateau en compagnie de sa jeune épouse asthmatique Charlotte Altman. Il apparaît fatigué par les incessantes sollicitations des journalistes, frustré par les progrès trop lents de son travail, et surtout déprimé par la domination nazie et les guerres qui ravagent cette Europe qu'il a tant aimée. Un témoignage émouvant qui passionnera tout les lecteurs du Monde d'hier.

dimanche 14 octobre 2012

Pierre Jourde - Le Maréchal absolu



   J'ai bien accroché aux premiers chapitres  du dernier roman de Pierre Jourde,  Le Maréchal absolu. Il s'ouvre sur un monologue dans lequel un despote sur le déclin s'adresse à son vieux serviteur.  Après avoir régné durant des années par la violence et le meurtre sur un pays imaginaire nommé Hyrcasie, le tyran est désormais reclus dans son palais de la capitale Bohu, tandis que des factions rebelles campent sous ses fenêtres.  Dans une langue curieuse qui fait le grand écart entre un vocabulaire riche et littéraire  ("coquecigrue", "calembredaine") et une gouaille vulgaire et triviale quand elle décrit la dégénérescence ou la destruction des corps abîmés par la violence de son régime ("carne", "carcasse", "boucherie", "tripes", etc. tout le registre y passe), le dictateur philosophe sur le théâtre d'ombres de son empire à l'agonie. Au milieu de son délire fantasmatique, il s'efforce de retrouver prise sur une réalité qui lui échappe. Au dehors les insurgés se préparent à livrer le dernier assaut.
      Il est encore tôt pour dire si j'aime vraiment ce livre. Pour l'instant, j'apprécie son humour sarcastique et son pessimisme cruel. Au fil des pages, j'ai relevé quelques tournures pleines d'esprit, comme la phrase de conclusion de ce passage où le potentat se lamente de ne pouvoir posséder pleinement ses sujets que durant le bref instant où il leur ôte la vie : "tu as beau les tuer, ils s'obstinent à mourir". Le style est un peu déroutant au début (la critique du journal québécois Le Devoir le qualifie d'"ampoulé"), mais après quelques pages je m'y suis habitué. Poursuivons.

jeudi 4 octobre 2012

Pierre Jourde - Le Maréchal absolu



    J'ai lu dans Le magazine littéraire un article plutôt élogieux sur le dernier roman de Pierre Jourde, auteur dont j'ai particulièrement apprécié les essais et pamphlets (La littérature sans estomac, le Jourde et Naulleau et C'est la culture qu'on assassine - cf. mon billet daté du 20 février sur ce blog), mais dont les oeuvres de fiction me sont encore largement inconnues. Le Maréchal absolu - c'est le titre de l'ouvrage - me paraît un bon choix pour découvrir le romancier qui se cache derrière le critique. J'en parlerai prochainement sur ce blog.