dimanche 27 janvier 2013

Julia Latynina - La Chasse au renne de Sibérie



  Malgré toute ma bonne volonté, je ne suis pas parvenu à lire en entier le roman de Julia Latynina, La Chasse au renne de Sibérie. Je partais pourtant avec un a priori favorable : russophile et russophone, j'aime bien les récits situés dans les années chaotiques qui ont suivi l'effondrement de l'URSS. Ce polar qui raconte les péripéties d'un oligarque mafieux pour essayer de sauver son combinat métallurgique sibérien des griffes d'une banque moscovite corrompue avait tout pour me plaire. Grosses berlines allemandes fonçant dans les rues enneigées de Moscou, anciens des services spéciaux reconvertis en gardes du corps après la guerre en Tchétchénie, apparatchiks corrompus, hommes d'affaires douteux, prostituées sentimentales... Le livre contient pas mal de bons ingrédients. La sauce, hélas, ne prend pas.  Pourquoi ? L'intrigue est complexe et difficile à suivre, et je me suis perdu vers la fin dans les méandres des montages financiers inventés par les protagonistes. L'auteur, journaliste économique russe, a voulu montrer en fiction la corruption qui règne dans son pays sous Poutine, dont elle est l'un des plus fervents détracteurs. Ses intentions sont louables et elle maîtrise très bien son sujet, y compris dans ses aspects les plus techniques. Dommage qu'elle oublie ses lecteurs en route.
    Reste son humour cynique et désinvolte, qui donne au roman un certain piquant, comme par exemple lorsqu'elle introduit dans son récit le personnage du directeur d'une usine de fabrication d'hélicoptères (p. 48) : "Chose étrange, ce directeur qui avait décoré son bureau du portait de Staline, ce directeur qui avait appelé à voter communiste, ce directeur-là n'avait jamais volé le moindre kopeck à son usine". Ou bien encore, mon dialogue préféré (p. 198) :
"- Donc, ce ne sont pas des racketteurs, ce sont des gens du gouvernement ?
 - Je ne vois pas la différence."
Si vous appréciez cet humour et que vous savez vous montrer patient, ouvrez le livre, il est fait pour vous.

dimanche 13 janvier 2013

Projets de lecture 2013

Voici la liste (provisoire) des livres que je prévois de lire en 2013 :
  • Littérature française contemporaine : Cendrillon d'Eric Reinhardt (un des ouvrages phares de la rentrée littéraire 2007, je suis passé à côté), quelques autres que je découvrirai durant l'année
  • Classiques : La lenteur et Risibles amours de Kundera (que je n'ai pas eu le temps de lire en 2012), Les Essais de Montaigne, les Mémoires d'Outre-tombe de Chateaubriand (un de mes auteurs favoris), Les bijoux indiscrets de Diderot (un roman coquin...)
  • Littérature étrangère : La chasse au renne de Sibérie  de Julia Latynine (mon livre du moment, j'en parlerai prochainement sur ce blog), L'histoire de Chicago May de Nuala O'Falain, Glamorama de Bret Easton Ellis (j'ai adoré son American Psycho)
  • Littérature en VO : Winter of the world de Ken Follett, Game of Thrones de George R.R. Martin (parce que malgré les années, je reste un inconditionnel de l'héroic fantasy)
  • Poésie : La Légende des siècles, de Victor Hugo, Poésies de Paul Valéry
  • Histoire : Histoire du XXème siècle de Serge Bernstein et Pierre Milza (pour accompagner la lecture du roman historique de Ken Follett), Histoire de la France des origines à nos jours (un ouvrage très complet, utile pour se rafraîchir la mémoire)
  • Essais : Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry de Philippe Nemo (j'ai eu la chance d'avoir l'auteur comme professeur à HEC), Apologie du livre de Robert Darnton (un ouvrage de réflexion sur l'avenir du livre à l'heure du numérique par le Directeur de la Bibliothèque universitaire de Harvard), 
  • Livres d'histoire : Le lycée Hoche de Versailles - Deux cents ans d'histoire de Marie-Louise Mercier-Jouve (un retour aux sources...)
  • Récits de voyage : Le voyage d'Italie de Dominique Fernandez (parce que j'adore toujours l'Italie), Promenades littéraires en Tchécoslovaquie de Jules Chopin (un livre ancien retrouvé au fond de ma bibliothèque, là aussi un retour aux sources), New York : Histoires, promenades, anthologie et dictionnaire sous la direction de de Pauline Peretz
  • Economie et gestion : La création d'entreprise de Robert Papin (on ne sait jamais), Execution - the discipline of getting things done (une nécessité), Réussir son référencement web d'Olivier Andrieu (pour que vous soyez encore plus nombreux à lire ce blog)
  • Sport : Shil Lim Tao - Wing Chun Kung Fu  de Didier Beddar (parce qu'il n'y a pas que la littérature dans la vie :)  )
Beau programme, n'est-ce pas ?

samedi 5 janvier 2013

Jérôme Ferrari - Sermon sur la chute de Rome


   Tout d'abord, je souhaite une très bonne année 2013 à tous mes lecteurs ! Vous n'êtes pas des millions, mais votre nombre grandit chaque jour, et cela me fait plaisir. Avant d'entamer de nouvelles lectures, je voudrais revenir sur un des livres les plus marquants de 2012, le Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. Je l'avais écarté de mes choix à l'automne (trop médiatisé) avant de me raviser le jour où on me l'a prêté. Et je n'ai pas été déçu.
   Le roman mêle subtilement trois récits familiaux. Le premier et le principal est celui de Matthieu et Libero, deux étudiants en philosophie qui reviennent dans le village corse de leur enfance pour y reprendre un bar tombé à l'abandon. En s'entourant d'un musicien et d'une cohorte de jeunes serveuses peu farouches, ils vont redonner vie à ce lieu et le transformer en "meilleur des mondes possibles" (selon la formule de Leibniz), sorte de paradis terrestre ou les chasseurs locaux et les touristes de passage communient gaiement dans une ambiance festive et alcoolisée, jusqu'au jour où ce beau rêve s'abîme dans le ferment corrompu des jalousies, des vanités et des rivalités, avant de s'achever brutalement par un drame. En écho à ce rêve brisé répond le récit de la vie de Marcel Antonetti, le grand-père de Matthieu. Né en 1919, il rejoint l'armée française en mars 1940 avec l'espoir de devenir officier, mais l'armistice signé avec l'Allemagne trois mois plus tard met un terme précoce à ses ambitions, et il passe le reste de la guerre à errer entre Marseille, la Corse et l'Algérie. A la Libération, il s'engage dans l'aventure coloniale dans l'espoir de s'élever, mais ses désirs d'héroïsme et de grandeur se noient dans la langueur poisseuse de l'Afrique équatoriale avant de se dissoudre complètement avec la chute de l'empire français. Amer et désoeuvré, il revient dans son village natal en Corse pour y passer le reste de ses jours, l'esprit hanté par le sentiment d'avoir été dupé par la vie. La dernière histoire est celle d'Aurélie, petite-fille de Marcel et sœur de Matthieu, dont les espoirs de vie heureuse seront eux aussi déçus. Partie en Algérie sur les traces de Saint-Augustin faire des fouilles dans les ruines de la ville d'Hippone, elle vivra durant quelques mois un amour heureux avec un algérien docteur en archéologie avant qu'un fossé d'incompréhensions et de différences ne les sépare.
   Ces trois histoires sont bien entendu liées par leurs personnages, qui partagent entre eux des liens familiaux et géographiques. Mais elles illustrent surtout les idées exprimées par Saint-Augustin, le fondateur de la philosophie chrétienne, dont l'ombre plane tout au long du roman. En 410 après Jésus-Christ, à l'annonce du sac de Rome par les Wisigoths d'Alaric, l'évêque d'Hippone avait été interpellé par des fidèles qui accusaient le christianisme d'être à l'origine du déclin de l'empire romain. Dans un sermon resté célèbre, Saint-Augustin leur avait répondu que la chute de Rome n'était qu'une épreuve destinée à leur rappeler le peu de valeur des biens terrestres et périssables : les civilisations humaines naissent, grandissent et meurent, mais seule la cité de Dieu est éternelle et donc digne d'être adorée et glorifiée. C'est bien là ce que montrent les trois récits qui composent la trame du roman de Ferrari. Comme toutes les constructions humaines, l'empire colonial français ou le bar de Matthieu et Libero dans un village corse sont voués à s'écrouler dans leur vanité et leur finitude.
   J'ai bien aimé ce roman philosophique. Dans une narration à la fois sophistiquée et limpide servie par des phrases longues et à la mélodie travaillée, il captive en douceur ses lecteurs du début à la fin, jusqu'à un dénouement tragique et pessimiste que je me garderais bien de vous dévoiler.