dimanche 24 février 2013

Le premier givre - Arsène Houssaye



En cette matinée de grand froid hivernal, j'ai retrouvé un poème d'Arsène Houssaye tiré du recueil La Poésie dans les bois. L'auteur est surtout connu pour avoir été le dédicataire du Spleen de Paris de Baudelaire, mais il n'est guère lu aujourd'hui. Dans ce poème, il établit un lien symbolique entre le dénuement d'un paysage hivernal et la misère d'une mère qui veille sur son enfant. Les images et les thèmes que le poème met en scène - l'hiver, le froid, la campagne gelée, la mort, les ténèbres, le dénuement - ne sont pas très originaux, mais j'aime bien le procédé narratif qui consiste à partir d'un paysage et des impressions qu'il produit pour attirer l'attention du lecteur sur la misère paysanne et délivrer implicitement un message humaniste. 

L'hiver est sorti de sa tombe, 
Son linceul blanchit le vallon ; 
Le dernier feuillage qui tombe 
Est balayé par l'aquilon.

Nichés dans le tronc d'un vieux saule, 
Les hiboux aiguisent leur bec ; 
Le bûcheron sur son épaule 
Emporte un fagot de bois sec.

La linotte a fui l'aubépine, 
Le merle n'a plus un rameau ; 
Le moineau va crier famine 
Devant les vitres du hameau.

Le givre que sème la bise 
Argente les bords du chemin ; 
À l'horizon la nue est grise : 
C'est de la neige pour demain.

Une femme de triste mine 
S'agenouille seule au lavoir ; 
Un troupeau frileux s'achemine 
En ruminant vers l'abreuvoir.

Dans cette agreste solitude, 
La mère, agitant son fuseau, 
Regarde avec inquiétude 
L'enfant qui dort dans le berceau.

Par ses croassements funèbres 
Le corbeau vient semer l'effroi, 
Le temps passe dans les ténèbres, 
Le pauvre a faim, le pauvre a froid 

Et la bise, encor plus amère, 
Souffle la mort. — Faut-il mourir ? 
La nature, en son sein de mère, 
N'a plus de lait pour le nourrir.

dimanche 10 février 2013

JRR Tolkien - Bilbo le Hobbit


   

   Sous l'influence de mon fils de dix ans, j'ai lu Bilbo le hobbit, un roman dont je connaissais l'histoire de longue date, mais auquel je n'avais jamais pris la peine de m'intéresser, lui préférant le plus sérieux et plus épique Seigneur des anneaux. Je reconnais aujourd'hui que j'ai eu tort de le négliger durant toutes ces années, car les aventures de Bilbo recèlent quelques trésors pour le lecteur adulte qui veut bien s'y intéresser.
   Bilbo le Hobbit est à l'origine un récit que le professeur d'université Tolkien a écrit pour ses enfants. Entamé vers 1930, il ne l'achèvera que six ans plus tard, lorsqu'une éditrice amie d'une de ses étudiantes le portera à l'attention des éditions Allen & Unwin. Il s'agit d'un conte fantastique, qui débute d'une manière légère et plaisante par l'irruption d'une bande de nains dans l'univers douillet d'un petit hobbit casanier. Peu à peu, l'histoire monte en puissance et prend une ampleur épique qui culmine avec la bataille des cinq armées. Au fil des épreuves qu'il traverse, le hobbit pantouflard et geignard du début se mue en véritable héros jusqu'à devenir le véritable chef de l'expédition, capable de tenir tête à un puissant dragon et d'orienter le cours des relations entre les humains, les elfes et les nains. Avec lui, le lecteur se sent grandir, et il prend conscience de pénétrer dans un univers mythologique riche et complexe qui dépasse le simple merveilleux des contes de fées de son enfance. Parvenu à ce stade, il est déjà trop tard pour rebrousser chemin : le voilà happé dans les légendes des Terres du Milieu.