samedi 20 avril 2013

Claire Legendre - Vérité et amour



   Le dernier livre de Claire Legendre, Vérité et amour, emprunte son titre à une phrase par laquelle Vaclav Havel résumait l'esprit de la révolution de velours qui fit chuter le régime socialiste en Tchécoslovaquie en novembre 1989 : "La vérité et l'amour doivent triompher du mensonge et de la haine". Ce roman raconte l'histoire de Francesca, une professeur d'histoire-géographie originaire de Nice venue suivre son mari expatrié  dans les frimas de la capitale tchèque. Conseiller culturel à l'ambassade de France, ce dernier est davantage soucieux de la progression de sa carrière que du bonheur de son épouse. Aliénée dans ce pays inconnu dont elle ne parle pas la langue, malheureuse dans son couple qui bat de l'aile, Francesca mène la vie dorée et désoeuvrée de "femme d'expat' ".  Après quelques semaines d'errances dans les rues et les cafés de cette ville étrangère, elle commence à se reconstruire en donnant des cours de français à des Tchèques désireux d'apprendre notre langue. 
    Ce récit est celui d'une initiation et d'une libération. Ancienne adhérente de la Jeunesse communiste, Francesca a rencontré son mari sur les bancs de la fac, et elle partage avec lui de solides convictions d'intello bobo de gauche. Elle quitte la France au moment de l'élection de Nicolas Sarkozy, qu'elle associe dans l'incipit du roman à la déliquescence de son couple : "Sarkozy a été élu et nous avons cessé de faire l'amour." Venue à Prague dans l'espoir de redonner vie à un amour déclinant, elle va en quelque sorte vivre sa propre révolution de velours, remettant en cause sa vision du monde et de son mariage jusqu'à ce que la vérité de ses aspirations profondes triomphe du carcan de mensonges et de froide détestation dans lequel elle vivait enfermée. A Prague, au contact de son petit groupe d'élèves, elle découvre une univers inversé dans lequel l'idéologie communiste n'est pas le visage de la résistance à un système de domination, mais le symbole même de l'oppression, tandis que le capitalisme libéral porte l'espoir d'une vie meilleure. Elle effectue ainsi un cheminement intellectuel qui l'amène à nuancer et enrichir ses convictions sans pour autant y renoncer. Parallèlement, elle est amenée à porter un autre regard sur son mariage : au départ résignée face à l'indifférence froide et goujate de son mari infidèle, elle finit par ouvrir les yeux et découvrir que l'idéaliste humaniste qu'elle a aimé autrefois s'est transformé en un arriviste ordinaire capable de sacrifier ses collègues pour faire progresser sa carrière. A son tour, elle finit par le tromper, sinon en actes, du moins en intention, et par se détacher complètement de lui. A la fin du récit, transformée intellectuellement et libérée sentimentalement, elle s'envole pour une nouvelle vie à Montréal.
  J'ai bien aimé ce livre. Construit sous la forme de chapitres courts dont les titres sont autant d'allusions à l'histoire, l'actualité ou la littérature ("Visages humains", "L'occasion de se taire", " L'ère du soupçon", " La putain de la République"), il est mené à une rythme vif dans un style qui sait emprunter aussi bien au registre littéraire qu'à la langue triviale, notamment lorsqu'il évoque le désir et les chassés-croisés amoureux. Tour à tour roman psychologique, chronique politique, récit de voyage ou roman d'espionnage, il saura vous tenir captivé jusqu'à la dernière page, et je ne saurais trop vous conseiller de le lire. 

dimanche 7 avril 2013

Voyage dans la Péninsule Olympique, cadre des romans Twilight


 Voilà près de trois semaines que je n'ai rien publié sur ce blog. La raison en est très simple : j'étais en voyage aux Etats-Unis, plus précisément à Seattle, sur la côte ouest. J'ai mis à profit ce séjour pour visiter la Péninsule Olympique, à l'extrême nord-ouest de l'Etat de Washington, qui se trouve également être le lieu des aventures vampiresques de Bella, l'héroïne de la série Twilight. Il y a trois ans, je m'amusais sur ce blog à commenter les descriptions des paysages de Stephenie Meyer : 

« La vue était toujours aussi époustouflante. Les vagues couleur acier, même par beau temps, s’abattaient, moutonneuses, sur la côte rocheuse grise. Des îles aux falaises escarpées émergeaient des eaux du port ; leurs sommets étaient découpés en multiples pics et plantés de hauts sapins austères. La plage n’était qu’une mince bande de sable le long de l’eau, vite remplacée par des millions de grandes pierres lisses qui, de loin, paraissaient uniformément ardoise mais qui, de plus près, couvraient toutes les palettes de la roche : ocre foncé, vert océan, lavande, gris-bleu, or terne. La laisse de la haute mer était jonchée de bois flotté, énormes troncs blanchis par les vagues salées, certains amalgamés à la lisière de la forêt, d’autres gisants, isolés, juste au-delà de l’atteinte du ressac. Un vent vif, frais et chargé de sel soufflait du large. Des pélicans flottaient au gré de la houle tandis que des mouettes blanches et un aigle solitaire tournoyaient au-dessus. Les nuages bordaient toujours le ciel, menaçant de l’envahir à tout moment mais, pour l’instant, le soleil brillait bravement dans son halo bleu. »

   Eh bien, je dois avouer qu'elles sont finalement assez fidèles. Même si je n'ai pas eu le temps de pousser mon périple jusqu'à Forks et La Push (ma Twilightôlatrie a ses limites...), j'ai rapporté quelques images de ces longues plages grises bordées de hautes falaises recouvertes de grands pins couchés par les vents. Je n'y ai croisé ni vampires, ni loups garous, tout juste quelques indiens Quinault désoeuvrés et misérables. En partant, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que malgré toute la nunucherie de ses histoires de vampires à l'eau de rose, Stephenie Meyer a eu du goût dans le choix du cadre de son roman.