mardi 30 juillet 2013

Histoire du Juif errant - Jean d'Ormesson



   J'ai entrepris cette semaine la lecture de l'Histoire du Juif errant de Jean d'Ormesson. Dans ce roman publié en 1991, l'écrivain revisite à sa façon le mythe d'Ahasvérus, Juif condamné à marcher éternellement pour avoir, par jalousie et dépit amoureux, refusé un verre d'eau à Jésus sur le chemin du Calvaire. Dans ce récit tourbillonnant à l'érudition légère et nonchalante, Jean d'Ormesson dresse le tableau de l'histoire de l'humanité jusqu'à nos jours. Pour l'instant, je n'en suis qu'au début de la deuxième partie, mais déjà je suis conquis. J'y reviendrai sur ce blog dans les jours qui viennent. 

lundi 22 juillet 2013

Crépuscule - Victor Hugo


  En feuilletant le recueil des Contemplations (Victor Hugo), je suis tombé par hasard sur ce très beau poème tiré du livre deuxième : Crépuscule. Il s'ouvre sur le tableau d'un étang immobile à la tombée de la nuit. Figé dans les premières lignes, le paysage se met rapidement à frissonner et à s'animer sous le souffle mystérieux d'une Vénus en mouvement qui parcourt la forêt et les collines. Bientôt, les sentiers et les sépulcres sont réveillés. Le brin d'herbe susurre alors son injonction vibrante  "Aimez-vous !", comme en écho au Carpe Diem ou au "Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie" des ancêtres Horace et Ronsard. Dans un syncrétisme qui unit la foi chrétienne aux cultes antiques de l'amour et de la fertilité, le poème se transforme alors en un hymne à l'amour et à la vie et célèbre le triomphe d'Eros sur Thanatos.


L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
Frisonne; au fond du bois la clairière apparaît ;
Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
Vous qui passez dans l'ombre, êtes-vous des amants ?
Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;
L'herbe s'éveille et parle aux sépulcres dormants.

Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?
Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;
Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez ! faites envie,
O couples qui passez sous le vert coudrier.
Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,
On emporta d'amour, on l'emploie à prier.

Les mortes d'aujourd'hui furent jadis les belles.
Le ver luisant dans l'ombre erre avec son flambeau.
Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,
Le brin d'herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

La forme d'un toit noir dessine une chaumière;
On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;
L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière,
Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

Aimez-vous ! c'est le mois où les fraises sont mûres.
L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants.

dimanche 14 juillet 2013

Rome - Dominique Fernandez

   

   En cette période estivale, à défaut de partir pour une destination lointaine ou exotique, j'ai jeté mon dévolu sur quelques livres et récits de voyages, parmi lesquels le très beau Rome de Dominique Fernandez. L'écrivain et académicien est célèbre pour son amour de l'Italie, à laquelle il a notamment consacré un Dictionnaire amoureux. Dans Rome, il promène ses lecteurs au milieu des églises et des ruines antiques de la ville éternelle. C'est donc à une escapade littéraire et érudite qu'il nous convie, sans pour autant céder au pédantisme ou aux exercices d'admiration convenue. S'il cite volontiers Stendhal, Goethe ou Chateaubriand, il n'hésite pas à afficher son mépris pour l'éloquence exclamative et pompeuse de Poe traduit par Mallarmé. Plus loin, il partage avec nous ses impressions devant les pins de la villa Médicis, sur quelques pages magnifiquement illustrées par les photos de Ferrante Ferranti. Si, comme moi, vous êtes condamné à rester encore quelques semaines à Paris, lisez ce beau livre, il vous offrira un dépaysement ravissant pour l'esprit.