jeudi 29 août 2013

Histoire du Juif errant - Jean d'Ormesson (2)


  
    Durant mes vacances, j'ai avalé les 600 pages de l'Histoire du Juif errant, le beau roman que Jean d'Ormesson consacre à cette figure célèbre déjà mise en littérature avant lui par des écrivains comme Guillaume Apollinaire, Eugène Sue ou Alexandre Dumas. Pour ceux qui ne le connaissent pas, le mythe du juif errant est celui d'Ahasvérus, un cordonnier galiléen condamné à marcher jusqu'à la fin des temps pour avoir, par jalousie et dépit amoureux, refusé un verre d'eau à Jésus sur le chemin de croix. Dans la version qu'en donne le malicieux académicien, le juif errant est un personnage énigmatique et volubile qui raconte ses souvenirs à un jeune couple rencontré au pied de la Douane de mer à Venise, en face du palais des Doges et de San Giorgio Maggiore.  Le choix de ce lieu n'est bien entendu pas fortuit : dans son ouvrage, Jean d'Ormesson fait du juif errant un esthète contemplatif et philosophe,  et une ville chargée de souvenirs, de passions et de beautés artistiques comme Venise constitue donc le théâtre idéal pour accueillir le récit de ses péripéties (les mauvaises langues ajouteront qu'il était effectivement peu probable qu'un comte et ancien éditorialiste au Figaro situe son récit à la Courneuve ou dans la zone industrielle de Florange, mais c'est une autre histoire…). A travers les aventures d'Ahasvérus, le roman promène son lecteur dans l'histoire des hommes avec une érudition virtuose et papillonnante. Dans sa longue odyssée à travers les siècles et les continents, le juif errant nous emmène ainsi successivement  en Galilée à l'époque de Jésus Christ, dans la Rome de Néron et de Poppée; il nous offre le spectacle du sac et de la chute de la cité impériale sous les assauts des envahisseurs Wisigoths, nous raconte les guerres contre les Hérules d'Odoacre, le renversement de l'empereur Justinien à Constantinople,  la conversion de Saint-François d'Assise et la fondation de l'ordre des franciscains dans l'Italie du Moyen-âge, la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, la Révolution française et l'émigration aristocratique, la campagne impériale de Napoléon et à la retraite de Russie, etc. Dans une grande variété de styles, la narration  marie avec élégance et subtilité le roman classique, la littérature épistolaire (la lettre de Ponce Pilate, Procurateur de Judée, au sénateur Publius Sulpicius Quirinus), le théâtre (voir la très belle scène dans laquelle Marie de Magdala vient implorer la grâce de Jésus dans le palais du Procurateur ) ou la poésie. Cela fait de l'Histoire du Juif errant un roman vivant et ludique, une lecture plaisante à la coquetterie savante et foisonnante.  En somme, une belle lecture d'été. 

  

jeudi 22 août 2013

Lacoste - Château du marquis de Sade


    Me voici de retour à mon bureau après 3 semaines de vacances dans le sud de la France, entre Sanary, Port-Grimaud et Le Lubéron. J'ai mis à profit cette longue pause pour achever la lecture du roman de d'Ormesson Le Juif errant, que j'ai adoré, et entamer la trilogie de Murakami 1Q84, qui me passionne déjà. Je vous en dirai plus bientôt sur ce blog.
   J'ai également visité quelques villages pleins de charme, dont celui de Lacoste, qui abrite le château du marquis de Sade. Wikipedia nous apprend qu'il a notamment servi de modèle au château de Silling dans Les Cent Vingt journées de Sodome. Dans son roman, Sade nous apprend que les boudoirs de ses appartements "offraient tout ce que peut désirer la lubricité la plus sensuelle, et même avec recherche." A voir aujourd'hui ces belles ruines endormies sous le soleil de Provence, on peine à croire qu'elles puissent être le théâtre d'orgies scélérates. Mais avec un peu d'imagination, la littérature fait beaucoup de choses...