dimanche 29 septembre 2013

Un père en colère - Jean-Sébastien Hongre (2/2)


   Pour illustrer la conclusion de mon précédent billet (Un père en colère est il un roman de droite ? Il serait simpliste de le réduire à cela), je voudrais citer ici mon passage préféré du roman de Jean-Sébastien Hongre. Venus à l'hôpital pour veiller sur Nathalie après l'accident qui a failli lui coûter la vie, Stéphane et Bruno échangent quelques propos au sujet des circonstances qui ont conduit à cette catastrophe. Très vite, Stéphane condamne le comportement égoïste et irresponsable de ses enfants Fred et Léa, et il se voit repris par son beau-père soixante-huitard :
"- Tu racontes n'importe quoi !
- Ce sont des insatiables, des capricieux, des menteurs ! Comme toutes ces bandes de racailles de merde !
- Ho, arrête, arrête avec ton discours de facho !
- Facho ? Moi ! Mais qui sont les fachos de nos jours ? C'est quoi les valeurs des fachos ? Ce n'est pas la religion de la force ? La puissance du groupe devant l'individu ? Le culte du corps musclé, de la dureté, de l'agressivité en tout ? Le mépris de la femme ravalée au rang de pouliche ou de prostituée ? L'homophobie ? La haine de l'autre ? Ce que je te décris, crois-moi, ce sont les valeurs de Fred et de ses potes [...].
- Tu fais des amalgames.
- Et le contrôle du territoire ? Ce n'est pas une autre valeur de facho ?
- Tu délires, il n'y a pas d'idéologie politique chez ton fils.
- Tu parles, l'amour de la race a été remplacé par le dieu fric, c'est tout. Mon fils et ses copains, ils rêvent de BMW, de putes et de chaînes en or. Mais au fond, ce sont les mêmes que les Sections d'assaut des années 30 quand il s'agit d'être brutaux. Ils occupent le territoire et font régner la terreur [...]. C'est l'ultraminorité qui impose sa loi par la force et l'intimidation, au prétexte qu'ils seraient les victimes du système."
  Ce dialogue établit un parallèle intéressant et - à mon avis pertinent - entre l'idéologie fasciste et la violence qui règne dans certaines cités. Il répond aussi de manière argumentée et originale à l'accusation galvaudée de fascisme jetée sans discernement à la face de tout discours réclamant le rétablissement de l'autorité. 

dimanche 22 septembre 2013

Un père en colère - Jean-Sébastien Hongre

   «Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie.» Je me rappelle avoir découvert cette citation de Platon sur un feuillet épinglé au mur d'un commissariat de Bordeaux. Dans ce temple de l'ordre républicain, elle déployait toute sa signification avec force et clarté. En lisant le roman Un Père en colère  de Jean-Sébastien Hongre cette semaine, je me suis dit qu'elle aurait pu y figurer en épigraphe. Ce livre court - à peine deux cents pages - raconte le désarroi d'un père face à ses deux enfants à la dérive dans une cité imaginaire de la banlieue parisienne. Stéphane, la quarantaine, vit séparé de Nathalie, avec qui il a eu deux enfants, Fred et Léa. A l'adolescence, ces derniers se sont progressivement affranchis de l'autorité de leurs parents pour vivre la vie des gamins de la cité, faite de trafics de drogues et de virées nocturnes en compagnie de "kairas", ces caïds qui font régner la terreur dans les quartiers. Nathalie, alors qu'elle était encore une jeune professeur de français idéaliste, a fait le choix de venir enseigner à Saugny, une banlieue défavorisée au nord de Paris. Face à ses enfants qu'elle ne reconnaît plus, elle sombre chaque jour davantage dans la dépression, et finit par se jeter en voiture contre un mur un soir de déprime. Gravement blessée, elle reste durant plusieurs semaines dans le coma. Stéphane lui rend visite au chevet de son lit d'hôpital, et chaque jour sa colère grandit contre l'égoïsme et le laxisme qui ont éloigné ses enfants et abouti à ce gâchis. Un jour, il couche par écrit sa fureur face à une société devenue l'ennemie des valeurs éducatives en créant un blog qui connaît un succès fulgurant, au point d'attirer l'attention des médias. Devenu célèbre après son passage à la télévision sur TF1 et M6, Stéphane s'attire l'animosité de toute la cité, et surtout celle de ses propres enfants. Désormais indifférent à son travail, il est licencié et finit par s'abîmer dans la tristesse et la solitude, jusqu'au jour où un nouveau passage dans une émission de téléréalité va précipiter les événements.
    Jean-Sébastien Hongre mène son récit à la manière d'un thriller, dans un style sobre et dénué d'affectation, en découpant la narration en chapitres courts et taillés au couteau, comme pour mieux refléter la violence et la brutalité de la société qu'il décrit. Il en résulte un roman haletant qui se lit d'une traite. A la fin, le lecteur est à la fois conquis et un peu amer tant la démonstration est sombre et implacable. Car Un père en colère est aussi et surtout une charge contre l'idéologie soixante-huitarde, incarnée ici par Bruno, le père de Nathalie, et par quelques sociologues pontifiants invités sur les plateaux des talks shows et des émissions de téléréalité. En rejetant l'autorité et les valeurs morales, ils ont livré l'éducation de nos enfants aux rappeurs américains bling bling, à la pornographie au consumérisme égoïste, au mercantilisme de la téléréalité, et au culte de l'indifférence et de la violence.
   Un père en colère  est-il un roman de droite ? On pourrait le croire, si l'on en juge par sa vision pessimiste et par les thèses qu'il défend. Mais il serait simpliste de le réduire à cela, parce que sa réhabilitation de l'autorité est aussi un plaidoyer pour la bienveillance et l'humanisme, et une apologie du modèle républicain d'intégration par l'éducation, incarné dans le roman par Kamel, un beur qui échappe à la vie de la cité en préparant les concours des grandes écoles d'ingénieurs. 

dimanche 15 septembre 2013

Visite du Palais rose au Vésinet, maison du poète Robert de Montesquiou



   A l'occasion des journées du patrimoine, j'ai visité le Palais rose au Vésinet. Ouvert quelques jours seulement durant l'année, cette réplique du Grand Trianon de Versailles a accueilli de 1908 à 1921 le poète et dandy Robert de Montesquiou, resté célèbre à jamais dans l'histoire littéraire pour avoir servi de modèle au baron de Charlus dans A la Recherche du temps perdu. Selon la notice biographique que lui consacre wikipedia, il se serait exclamé en découvrant le Palais rose : "Si cette maison, qui n'est pas à vendre, et que d'ailleurs mes moyens modestes ne semblent guère me mettre en état d'acquérir, si cette maison improbable, impossible et pourtant réelle, n'est pas à moi demain, je meurs !". Conquis par la beauté classique et discrète de ce joyau niché dans la verdure du parc des Ibis, le visiteur d'aujourd'hui est tenté de reprendre à son compte cette exclamation. S'il est encore en vie après la visite, il pourra se consoler en consultant le site de la société d'histoire du Vésinet, qui en conserve fidèlement la mémoire. 


vendredi 6 septembre 2013

Mes choix parmi les nouveautés de la rentrée littéraire



   Parmi les nombreuses parutions de la rentrée littéraire, j'ai jeté mon dévolu sur trois ouvrages dont l'auteur et le sujet ont retenu mon attention. Le premier, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, est le dernier roman de Jean d'Ormesson, un écrivain que j'ai redécouvert avec plaisir cet été en lisant l'Histoire du Juif errant (voir mon dernier billet sur ce blog). Si j'en crois la critique publiée par Fançois Busnel dans L'Express, on retrouve dans ce nouveau récit les thèmes habituels chers à l'auteur : l'admiration devant la beauté du monde, l'amour, les femmes mystérieuses, les îles de la Méditerranée, l'histoire, tous ces ingrédients que j'ai appréciés dans l'Histoire du Juif errant. Voilà qui est de bon augure.
   Les deux autres romans racontent des amours compliquées : errances saphiques effrénées et compulsives chez Agnès Vannouvong dans Après l'amour, infidélités conjugales et crise des sentiments dans l'univers des bobos trentenaires chez Nelly Allard dans Moment d'un couple. Tout un programme...