dimanche 28 décembre 2014

Lectures de Noël - Littérature tchèque

J'ai passé Noël en famille à Prague et trouvé au pied du sapin plusieurs classiques de la littérature tchèque, parmi lesquels des romans de Bohumil Hrabal (Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, qui raconte l'ascension et la chute d'un garçon de café tchèque devenu richissime, et Une trop bruyante solitude, samizdat publié clandestinement à Prague dans les années soixante-dix, et enfin Cours de danse pour adultes et élèves avancés) et de Karel Capek (La maladie blanche, La guerre des salamandres). Devant l'embarras du choix, je vais commencer par celui dont le titre m'amuse le plus : Moi qui ai servi le roi d'Angleterre. A bientôt sur ce blog.

jeudi 11 décembre 2014

Les mensonges ne meurent jamais - Séverine de La Croix


  Ce week-end, j'ai passé le plus clair de mon temps au coin du feu à lire le livre de Séverine de La Croix, Les mensonges ne meurent jamais. Il faut dire que ce roman sait tenir son lecteur en haleine grâce à une stratégie de dévoilement progressif servie par une structure narrative en forme de compte à rebours. Dans ce thriller psychologique, une jeune femme trentenaire remonte le cours de son histoire familiale pour percer à jour de lourds secrets. En 2012, à l'occasion d'une soirée entre amis, Manon apprend par hasard que son oncle a fait sept ans de prison pour viol dans les années quatre-vingt, alors que sa mère et sa grand-mère avaient toujours prétendu qu'il était parti poursuivre des études à Londres. Remontant dans le passé, la jeune femme mène une enquête approfondie. Au fur et à mesure qu'elle avance dans ses recherches, elle découvre avec horreur les terribles secrets de famille dissimulés par sa grand-mère Louise, une aristocrate protestante hautaine et manipulatrice prête commettre tous les mensonges les plus abominables pour préserver la fortune et la réputation de son clan. En levant le voile sur ces douloureux secrets, Manon vit elle-même une descente aux enfers, et bientôt son mari désespéré se rend chez les policiers pour signaler sa disparition…
   L'originalité de ce récit tient à sa construction narrative sophistiquée, dont la temporalité fait alterner le passé et le présent dans un compte à rebours impitoyable qui s'accélère pour aboutir à une issue tragique. Le pivot central est la date du 17 octobre 2013, au cours de laquelle tous les membres de la famille de Manon sont convoqués au commissariat pour s'expliquer sur les circonstances troubles qui ont entouré sa disparition. Chaque entretien avec le lieutenant de police qui mène l'enquête est suivi d'un chapitre racontant les faits qui se sont déroulés quelques jours plus tôt, alors que Manon se lançait sur les traces de son histoire familiale. Ainsi, les deux enquêtes se déroulent parallèlement jusqu'à se rejoindre à la fin.
    J'ai déjà rencontré une forme narrative proche dans deux romans que j'ai particulièrement appréciés, Le Passager de Jean-Christophe Grangé, et La Vie d'une autre, de Frédérique Deghelt (à ce sujet, je vous invite à relire les billets que je leur ai consacrés sur ce blog http://marcbordier.blogspot.co.uk/search?q=Le+passager). Les deux ont d'ailleurs en commun avec Les mensonges ne meurent jamais de raconter une enquête policière et une quête identitaire. Toutefois, le roman de Séverine de La Croix pousse la logique plus loin en y ajoutant un compte à rebours qui renforce le sentiment d'inéluctabilité et de fatalité, à la manière des tragédies classiques. C'est un procédé narratif redoutablement efficace et particulièrement bien adapté à une enquête policière. En lisant le roman, je songeais d'ailleurs souvent à la première saison de la série Damages, où il est appliqué avec le même succès.
   Roman policier, Les mensonges ne meurent jamais est aussi un récit psychologique qui a pour thème principal la communication au sein de la famille et du couple. Il évoque les difficultés à communiquer entre  mari et femme, frère et sœur, et entre générations au sein d'une même famille. L'intrigue est fondée sur un jeu d'opposition entre une parole mensongère et verrouillée par les convenances sociales et religieuses d'une part, incarnée dans le récit par l'intransigeance muselière de la grand-mère, et une communication libre et sincère, capable de s'exprimer dans les mots d'amour et la communion érotique des corps. Cette opposition dialectique sert de moteur au récit, et la tension qui en résulte trouve sa conclusion dans un dénouement que je vous laisse le soin de découvrir par vous-mêmes…

mardi 2 décembre 2014

The intimate adventures of a London call girl - Belle de Jour




The intimate adventures of a London call girl est le récit autobiographique des aventures d'une call girl londonienne. Publié à l'origine sous la forme d'un blog entre 2003 et 2004, ce journal d'un genre nouveau a été l'objet d'une curiosité intense de la part des médias britanniques, encore attisée par le mystère autour de l'identité de son auteur. Durant cinq années, les spéculations sur la véracité des faits relatés et le nom réel de Belle de jour ont régulièrement agité la chronique. Finalement, en 2009, The Sunday Times a levé le voile : la call girl qui a tenu ce journal existe réellement. Dans la vraie vie, elle s'appelle Brooke Magnanti, et c'est une scientifique d'origine américaine qui s'est livrée à la prostitution dans une agence de luxe pour payer ses études à l'université de Sheffield.

Il y a quelques semaines, sous le prétexte hypocrite de poursuivre mes explorations londoniennes et de parfaire ma connaissance de la littérature anglaise contemporaine (ah ! l'alibi culturel...), j'ai acheté le livre et ai entrepris de le lire. Au final, j'en retire une impression très mitigée. Après avoir cédé aux sirènes un peu racoleuses vantant ses mérites "littéraires", j'ai vite déchanté devant cette litanie de platitudes couchées sur près de 300 pages.

En 2008, l'Observer écrivait à propos de l'auteur : "She is brilliant - frank, witty and observant." (http://www.theguardian.com/books/2008/dec/14/roundupreviews). Pourtant, c'est son frère The Guardian qui a publié trois ans plus tôt ce jugement plus pertinent:"It's easy to see how this found a large audience online; less easy to see who would pay 13 quid for the hardback edition when you could rent several porn videos for the price and get better dialogue." (http://www.theguardian.com/books/2005/jan/16/fiction.features) Tout est dit…

dimanche 23 novembre 2014

Festival Livres en Tête du 25 au 29 novembre

Dans quelques jours débutera Livres en Tête, un festival de lecture à voix haute qui se tiendra à Paris dans le quartier latin du 25 au 29 novembre. L'affiche est assez alléchante : soirées littéraires accompagnées de dégustations de vins, lectures à voix haute précédées d'une séance de salsa,etc. Pour vous faire une idée de l'ambiance et découvrir le programme, je vous invite à consulter la page Pinterest de l'édition 2013 et le site du festival. 
 



lundi 17 novembre 2014

The Waste Land - La Terre vaine - T.S. Eliot

 Il y a quelques semaines, je décrivais sur ce blog la géographie littéraire londonienne en m'attardant sur le quartier de Marylebone, où vécut autrefois le poète anglo-américain T.S. Eliot. J'ai depuis approfondi mon exploration en lisant son plus célèbre poème, The Waste Land (en français La Terre vaine). Dans ce long monologue en cinq parties publié au lendemain de la première guerre mondiale, le poète raconte la fin du monde occidental, la déliquescence de la culture classique et l'avènement d'un désert intellectuel, esthétique et moral qui marque l'entrée dans la modernité.

   La version intégrale du poème est disponible sur le site poets.org. Je vous en livre ici mon passage favori, situé à la fin de la première partie (The Burial of the Dead). Pourquoi avoir choisi cette strophe en particulier ? Parce qu'elle emprunte ses images à deux de mes poètes préférés et qu'elle dépeint la ville de Londres sous un jour infernal et sombre qui me plaît. En effet, elle débute par une allusion au tableau parisien Les sept vieillards, dans lequel Baudelaire décrit Paris sous les traits d'une ville humide et triste, parcourue de spectres errants ("Fourmillante cité, cité pleine de rêves,/ Où le spectre en plein jour raccroche le passant !"). Chez T.S. Eliot, c'est une foule de zombies hagards qui traversent London Bridge en remontant King William Street en direction de l'église Saint Mary Woolnoth. La vision d'une humanité titubante et tourmentée est tirée de l'Enfer de Dante, et elle évoque aussi bien les millions de morts de la première guerre mondiale que la désolation et le néant moral dans lesquels se traînent les survivants. Au milieu de cette horde de pantins, le narrateur reconnaît un ancien camarade et le hèle avec des sanglots dans la voix. Après lui avoir demandé si les corps qu'il a enterrés ont commencé à germer et à fleurir, il lui recommande de les protéger du froid et des chiens. Témoin de l'absurdité de ses propos, le lecteur comprend que le narrateur a déjà basculé dans la folie et le désespoir. Mais il lui est impossible de se réfugier derrière le rempart de sa propre raison, car il est à son tour interpellé par le narrateur dans le vers qui clôt la strophe par un nouvel emprunt à Baudelaire ("- Hypocrite lecteur, -mon semblable, -mon frère !"). Privé de ses dernières protections, le lecteur sombre lui aussi dans la démence et l'ennui, et il rejoint symboliquement le cortège qui promène son hébétude dans la brume des rues de Londres.

   Unreal City,
Under the brown fog of a winter dawn,
A crowd flowed over London Bridge, so many,
I had not thought death had undone so many.
Sighs, short and infrequent, were exhaled,
And each man fixed his eyes before his feet.
Flowed up the hill and down King William Street,
To where Saint Mary Woolnoth kept the hours
With a dead sound on the final stroke of nine.
There I saw one I knew, and stopped him, crying: “Stetson!
“You who were with me in the ships at Mylae!
“That corpse you planted last year in your garden,
“Has it begun to sprout? Will it bloom this year?
“Or has the sudden frost disturbed its bed?
“Oh keep the Dog far hence, that’s friend to men,
“Or with his nails he’ll dig it up again!
“You! hypocrite lecteur!mon semblablemon frère!

jeudi 6 novembre 2014

Boxeur - Mitch

   La semaine dernière, j'ai reçu dans ma messagerie un exemplaire d'un petit recueil de poésies intitulé Vide. A l'heure où les selfies  et autres ice bucket challenges inondent les réseaux sociaux, cela fait du bien de redécouvrir une forme d'expression qui s'appuie sur les mots et l'exploration du langage. Aussi, j'ai décidé de le lire et de lui consacrer un article sur ce blog.

   Les dix-neufs poèmes rassemblés dans ce petit fascicule mettent en scène des moments de la vie quotidienne, des émotions, des souvenirs ou des réflexions personnelles. Parmi eux, mon préféré est Boxeur, parce que son sujet me rappelle un autre texte d'un poète et chansonnier, le russe Vladimir Vissotsky. Le poème évoque un dialogue imaginaire entre un boxeur et le poète, et il s'articule en trois parties animées par un mouvement ascentionnel suivi d'une chute. Dans la première, le boxeur évoque ses sensations autour de quatre substantifs et de leurs caractéristiques : le cuir des gants de boxe, les perles de sueur, le feu qui l'anime et la terre sur laquelle il s'enracine pour trouver la force de combattre. Après cette ouverture sur des éléments très matériels (l'air, l'eau, le feu, la terre), le poème prend une dimension plus spirituelle et imagée pour évoquer la vie et ses épreuves. Le combat de boxe devient alors une métaphore des difficultés que le boxeur doit affronter chaque jour et des doutes qu'il ressent. Alors qu'il pense avoir trouvé sa voie en se plaçant dans la lignée de ses ancêtres, le boxeur est interpellé par le poète, et rappelé à son devoir de dignité dans la chute du poème.

BOXEUR

   Du cuir je ne vois que la surface, sa
sensation sur ma peau.
   Les perles que je portent me tombent une à
une le long du corps, tendu et pourtant souple
aux mouvements du vent.
   Le feu qui se cache sous mes yeux, nourrit
mon chemin, éclaire ma voie.
   De la terre je tire ma volonté, mon
obstination, mon repos.
   De la vie je prends les coups et les
incertitudes, mais j'avance toujours, comme tiré
en avant.
   Parfois, dans mon coin, je doute, je me
demande, mais cela n'est pas long, car je
retourne toujours au devant.
   Je ne sais pas si je serai grand ou malheureux,
triste ou victorieux.
   Mais je sais que je me relève sans cesse, et
qu'avant moi, ils furent légion à le faire.
   Je suis le digne descendant des hommes, et
mes combats furent les leurs.
   Boxeur, tu es ce qu'ils ne seront jamais,

alors, sois digne. 

dimanche 19 octobre 2014

Bloom's Literary Guide to London (2/2)


   J'écris ce billet depuis le Fitzroy Tavern, un pub célèbre situé dans le quartier de Fitzrovia, à Londres. Entre les années 20 et 50, l'établissement était fréquenté par une bohème littéraire et artistique haute en couleur qui a donné son nom au quartier après la publication d'un article dans le Daily Express en 1940. Il était notamment fréquenté par le poète Dylan Thomas, dont le bicentenaire de la naissance sera célébré cette semaine à travers une série de manifestations. Au sous-sol, près de la cheminée, sont exposées des photos de George Orwell, un autre habitué des lieux. Il y apparaît avant son départ pour l'Espagne, où il s'apprêtait à combattre dans la guerre civile aux côtés des républicains espagnols. Non loin de là, au début du vingtième siècle, le 46 Gordon Square hébergeait le groupe de Bloomsbury, un collectif d'artistes et d'intellectuels qui avaient pris l'habitude de se réunir autour d'un dîner tous les jeudis pour discuter d'art, de politique et de littérature. Parmi ses membres les plus influents figuraient Virginia et Leonard Wolf, sans doute le couple le plus célèbre de la vie littéraire londonienne de l'entre-deux guerres. Aujourd'hui, les passionnés de l'œuvre de la romancière peuvent marcher sur les pas de son héroïne Mrs Dalloway dans les allées ombragées de Regent's Park (le parcours exact figure sur le site de la Virginia Woolf Society http://www.virginiawoolfsociety.co.uk/vw_res.walk.htm). A la fin de la journée, ils pourront bifurquer vers le sud en passant par Baker Street, dont le n° 221b abrite la demeure fictive du plus célèbre détective de la littérature, Sherlock Holmes. Ils arriveront alors dans le village de Marylebone, où j'ai la chance d'habiter aujourd'hui. C'est là, au 62 Crawford Street, que le poète anglo-américain T.S. Eliot a composé son poème dantesque The Waste Land (La Terre vaine), épopée moderniste étrange devenue un classique de la poésie anglaise du XXème siècle.

      Tous ces lieux qui ont façonné l'histoire littéraire de Londres sont répertoriés parmi beaucoup d'autres dans le Bloom's Literary Guide to London, dont je vous recommande vivement la lecture. Dans ce petit livre qui est à la fois un manuel d'histoire, un guide touristique et une histoire de la littérature anglaise, les auteurs nous convient à une balade érudite dans Londres au fil des âges. Commençant au XIVème siècle par la cité médiévale de Geoffrey Chaucer, l'auteur des Contes de Canterbury, ils poursuivent cette odyssée avec Shakespeare sur la rive sud au milieu des théâtres et des bordels de l'époque élisabéthaine. La guerre civile, la République de Cromwell, la Restauration, la peste et le grand incendie de Londres (1666) sont racontés à travers le journal du célèbre diariste Samuel Pepys, qui fut un conteur hors pair et un témoin privilégié des troubles de son époque. A l'époque georgienne, la ville s'étend vers l'ouest et le nord, dans les quartiers élégants de Mayfair et de Hampstead, où vécurent les poètes romantiques Byron, Keats, Shelley et Coleridge. Au XIXème siècle, les romans réalistes de Dickens racontent les bouleversements économiques et les inégalités sociales de l'époque victorienne, avec pour décor les rues brumeuses qui se noient dans les méandres mystérieux de la Tamise (voir à ce sujet le billet que j'ai consacré à Our Mutual Friend). Enfin, la balade s'achève à l'époque contemporaine dominée par les figures de Salman Rushdie et de Martin Amis.

     Cet ouvrage constitue une lecture enrichissante, à la fois érudite et accessible par sa simplicité et sa concision (deux cents pages). C'est aussi une manière agréable de découvrir l'histoire et la géographie de cette cité millénaire. Au terme de sa promenade, il y a fort à parier que le lecteur n'aura qu'une envie : redécouvrir et approfondir la lecture de ces textes qui ont contruit l'histoire et la personnalité de Londres.





dimanche 28 septembre 2014

Bloom's literary guide to London



J'ai commencé aujourd'hui la lecture du Bloom's Literary Guide to London, un guide littéraire publié par Harold Bloom, professeur à l'université de Yale. Il débute par une introduction consacrée à ce qu'il appelle les cités de l'esprit, des villes qui ont marqué l'imaginaire littéraire au fil de l'histoire. La première d'entre elles fut Alexandrie, capitale intellectuelle et spirituelle de la Méditerranée orientale à l'époque hellénistique. Aujourd'hui, Londres, Paris et New York sont les représentantes des cités de l'esprit, même si l'étoile des deux premières tend à pâlir au profit de leur soeur américaine.
    J'aime bien cette introduction. J'ai choisi ce livre parce qu'il est un guide de Londres, où j'habite aujourd'hui, mais par une singulière coïncidence, il s'ouvre sur un hommage à Alexandrie, où je m'apprête à me rendre cette semaine pour un voyage d'affaires. Je ne sais pas si j'aurai le loisir de partir à la découverte des vestiges de l'ancienne cité hellénistique. Mais, à mon retour, j'ai bien l'intention d'explorer les lieux qui ont fait l'histoire littéraire de Londres. 

dimanche 21 septembre 2014

Le premier homme sur Mars sera une blonde - G.M. Giudicelli

   Après plusieurs semaines très chargées, j'ai profité d'un week-end de détente dans le Hampshire pour lire les 11 épisodes de la série chick lit de mon ami Gilles Giudicelli, Le premier homme sur Mars sera une blonde. Oui, vous avez bien lu, il s'agit d'une série, c'est-à-dire un récit de fiction découpé en plusieurs épisodes courts et rythmés, avec une suspension à la fin de chacun destinée à tenir le lecteur en haleine jusqu'au prochain, sur le modèle anglo-saxon des cliffhangers. La filiation avec le modèle américain des séries télévisées est respectée jusque dans le paragraphe d'introduction qui résume l'épisode précédent. Dans ma tête, j'avais l'impression d'entendre le 'Previously on…' que connaissent bien les spectateurs compulsifs de séries télévisées contemporaines.
   Dans cette première saison, Matsya, une pop star américaine, se met en tête de monter une expédition pour aller sur Mars. Pleine d'enthousiasme, elle dévoile son projet aux journalistes dans la ville kazakhe de Baïkonour, célèbre pour son cosmodrome, en présence de son ami le Président russe Rodtchenko, et d'une journaliste intrigante nommée Larissa Melnikovskaïa. S'ensuivent des aventures loufoques et déjantées pour collecter des fonds et constituer l'équipe qui l'accompagnera dans son périple martien.
  Comme vous l'aurez sans doute deviné à la lecture de ce rapide résumé, ce livre ne se prend pas trop au sérieux. En fait, il a pour seule ambition de divertir ses lecteurs en imaginant le quotidien d'une star sortie tout droit des pages de Voici et de People Magazine, dans un style décontracté et familier qui emprunte volontiers les tics du langage courant, de la téléréalité et de la culture geek pour amuser son lecteur ("Assez poireauté. Le public est assis depuis bien trente-cinq minutes. A leur place, ça ferait un bail que j'aurais déjà rallumé mon portable pour aller liker des chatons sur Facebook."). Il y réussit plutôt bien, et j'ai passé un bon moment en compagnie de Matsya, un personnage attachant par sa vanité, sa mauvaise foi et sa superficialité. J'attends avec impatience la deuxième saison… :)

dimanche 31 août 2014

Gilles Giudicelli - Le premier homme sur Mars sera une blonde



   J'ai commencé ce week-end la lecture de la série comique Le premier homme sur mars sera une blonde de mon copain Gilles Giudicelli, une lecture divertissante qui raconte les aventures d'une star déjantée et prétentieuse. Je lui consacrerai un billet sur ce blog. En attendant, voici la bande annonce. 

dimanche 24 août 2014

Room - Emma Donoghue


   J'ai été déçu par Room. A sa parution en 2010, le roman d'Emma Donoghue a connu un succès considérable aussi bien auprès de la critique que du grand public, et il a été sélectionné par plusieurs grands prix littéraires anglo-saxons. Pour couronner sa carrière, il fait actuellement l'objet d'une adaptation cinématographique sous la direction du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson. En refermant le livre, j'ai mieux compris la raison de son succès, qui est aussi malheureusement sa principale limite.
   L'histoire est racontée du point de vue de Jack, un enfant de cinq ans qui vit en compagnie de sa mère "Ma" dans une pièce unique nommée "Room" ("La Chambre" - par un snobisme curieux, l'éditeur français n'a pas jugé bon de traduire le titre). Dans Room, les objets sont désignés par des noms propres - Monsieur Lit, Monsieur Tapis, etc. - comme pour souligner leur unicité dans l'esprit du jeune garçon. En effet, Jack est né et a toujours vécu dans Room, sans jamais voir le monde extérieur. Il l'ignore complètement, mais sa mère est séquestrée depuis des années par "le vieux Nick", un criminel pervers qui l'a enlevée à l'âge de dix-neuf ans et la viole presque tous les soirs. Room est le récit de leur vie en captivité, de leur évasion, et de leur difficile adaptation au monde normal. C'est aussi une histoire d'amour touchante entre une mère et son fils, un amour qui leur donne la force d'échapper au mal et de revenir à la vie.
     En lisant ce résumé rapide, vous avez sans doute relevé ce qui fait l'intérêt de ce récit, mais aussi sa faiblesse : la charge émotionnelle qu'il suscite chez ses lecteurs. L'auteur a expliqué que l'idée de ce roman lui est venue en apprenant un fait divers médiatique, l'affaire Josef Fritzl, du nom de ce père de famille autrichien qui a emprisonné sa fille pendant vingt-quatre ans et l'a violée tous les soirs jusqu'à lui donner sept enfants. Lorsqu'elle a été révélée au public en avril 2008, la nouvelle a suscité des réactions d'horreur et d'indignation dans le monde entier. C'est cette émotion que le roman reproduit, avec  comme principal alibi littéraire le choix du point de vue de l'enfant pour mener la narration, un regard naïf et méthodique - Jack est un peu maniaque - qui permet de restituer l'insoutenable avec une apparente neutralité.
   La littérature est parfaitement légitime à dénoncer toutes les formes de violence et d'oppression. Cela a même souvent donné des chefs d'œuvre, au premier rang desquels figure sans doute le roman de Hugo Les Misérables. Mais dans le cas de best sellers contemporains comme Room ou The Lovely bones, le lecteur en ressort avec l'impression désagréable de s'être fait manipuler, comme si l'auteur avait joué avec ses émotions en actionnant une corde facile.

jeudi 31 juillet 2014

Sève Maël - Où vas-tu Margot ?



   Après mes deux derniers billets consacrés à des essais politiques et économiques, j'ai eu envie de me détendre un peu en me plongeant dans Où vas-tu Margot ?, un roman érotique publié en 2011 par une jeune auteur débutante du nom de Sève Maël. Je n'en attendais pas grand' chose, si ce n'est de me vider un peu l'esprit de mes préoccupations alors que je passe l'été loin des plages à travailler et à gérer l'intendance de mon installation à Londres.
   J'ai été très agréablement surpris. Alors que j'imaginais un récit plein de clichés à l'eau de rose cucul la praline à la E.L. James (voir ici l'article que j'ai consacré à 50 Nuances de Grey), j'ai trouvé un thriller érotique captivant et haletant dont la narration conduit le lecteur de page en page jusqu'à un dénouement horrible et inattendu. Le récit est raconté du point de vue de Margot, une jeune femme d'une vingtaine d'années frappée d'amnésie. Un beau jour, elle se réveille internée dans un hôpital psychiatrique après des événements douloureux et inquiétants dont le souvenir est tellement pénible qu'elle les a refoulés au fin fond de sa mémoire. Avec le soutien d'un psychologue compréhensif, elle va peu à peu sortir de son état léthargique et reconstituer sa mémoire perdue. Elle se rappelle tout d'abord sa vie d'épouse aimée et comblée par un mari prévenant et plein d'attentions, depuis le jour de leur rencontre jusqu'à son quotidien de femme au foyer heureuse de retrouver l'homme qu'elle aime après sa journée au travail. Ce tableau idyllique se fissure un soir de janvier lorsqu'elle surprend son mari en compagnie d'un autre homme dans une posture sans équivoque dans la cabane au fond du jardin. La découverte brutale des penchants homosexuels de celui qu'elle croyait connaître marque le début d'une période de dépression et de tension qui ira de mal en pis jusqu'à la scène finale.
   D'un point de vue littéraire, le principal intérêt de ce roman réside dans sa construction narrative. Celle-ci débute par des  chapitres hésitants et remplis d'interrogations sans réponses, comme si la narratrice marchait à tâtons dans un brouillard où elle alterne entre somnolence amnésique et gesticulation impuissante (p.29: "Je fais partie d'un univers irréel. J'ai basculé dans l'autre monde, où il n'y a que du chaos et de la poussière. Je ne trouve plus la sortie. Je cours et m'agite, je m'affole, j'appelle à l'aide, mais personne ne vient."). Cette première partie (chapitres 1 à 6) est essentiellement consacrée au temps présent et au quotidien dans l'hôpital psychiatrique. Les souvenirs de sa vie d'avant l'internement sont peu présents et le plus souvent relégués au second plan. Tout au plus l'héroïne se rappelle-t-elle avoir été mariée autrefois à un certain Loïc rencontré lors d'une vente aux enchères.
   A l'occasion d'une séance de massage, la mémoire lui revient de manière brutale et inattendue. Là où les efforts de la conscience s'étaient révélés impuissants, la stimulation sensorielle vient réveiller des souvenirs sensuels profondément enfouis, des réminiscences de corps fiévreusement enlacés. A ce stade, le lecteur émoustillé se réjouit à la perspective de lire des pages entières de cochonneries écrites par une femme. Le public contemporain aime bien ça, et la critique journalistique l'a bien souvent encouragé dans ses goûts en encensant les premiers romans un peu olé-olé d'une Virginie Despentes ou d'une Marie Darrieussecq.
    Mais il sera très vite déçu (ou enchanté, c'est selon les préférences de chacun…) en arrivant à la scène érotique très virile entre les deux hommes au fond du jardin. L'histoire prend alors un tour inattendu, et le banal roman érotique bascule du côté du thriller à la Jean-Christophe Grangé (je pense en particulier à son dernier roman Le Passager, dont j'ai publié une critique sur ce blog; là aussi, une personne amnésique s'efforce de se réapproprier son identité et son histoire en remontant le fil des événements ayant précédé son internement). A partir de ce moment, les chapitres naviguent entre le présent du centre de soins psychiatriques et le passé de la vie d'avant. Au fil des pages, le récit s'accélère en accordant de plus en plus de place à l'histoire tourmentée des amants emportés par la puissance du sexe. Après une dernière suspension dans le temps présent, il s'achève brutalement par une scène tragique que je vous laisse le soin de découvrir. Bonne lecture…


dimanche 13 juillet 2014

Pascal Lamy - Quand la France s'éveillera


   Pour mon anniversaire, j'ai reçu un exemplaire de Quand la France s'éveillera, un essai passionnant de Pascal Lamy, consacré à la place de la France dans l'Europe et le monde du 21ème siècle. L'auteur connaît son sujet : successivement commissaire européen chargé du commerce et directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il a eu l'occasion de dialoguer avec des chefs d'Etat et des responsables internationaux tout au long de sa carrière. Politiquement, c'est un social-démocrate proche de Jacques Delors, un défenseur de l'économie sociale de marché.

   Dans cet ouvrage, il part de sa perplexité face à la réaction des députés français lors de son intervention devant l'Assemblée Nationale  en février 2013. Invité à partager sa vision de la mondialisation, il a été reçu avec hostilité  et défiance par les élus de droite comme de gauche, qui ont unanimement exprimé leur rejet d'une mondialisation prédatrice et broyeuse des peuples, dans laquelle l'Europe serait au mieux impuissante, au pire coupable et complice. C'est en réaction à cette vision fantasmée, ce "cauchemar", qu'il a entrepris la rédaction de ce livre. Dans le premier chapitre intitulé La Mondialisation Janus, il décrit les deux visages de la mondialisation. L'un, positif, voit la réduction de la pauvreté et de la faim dans le monde et l'essor d'une classe moyenne éduquée dans les pays qui appartiennent à ce que l'on appelait autrefois le "tiers-monde". Cette évolution est symbolisée notamment par un fait majeure passé inaperçu dans l'actualité : en 2012, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la richesse produite par les pays du "Sud" a dépassé celle du "Nord". Pour autant, Pascal Lamy n'oublie pas la face sombre de la mondialisation, celle d'un capitalisme déréglé qui, livré à lui-même, se montre déséquilibré et destructeur, source de chômage, délocalisations, inégalités et catastrophes écologiques.

   Face à ces risques, l'auteur plaide pour une mondialisation régulée par des institutions et des ensembles régionaux. Au premier rang d'entre eux figure l'Europe, dont la vocation est selon lui de "civiliser la mondialisation".  Pour cela, elle doit retrouver ce qu'il appelle "un narratif", un récit commun qui fonde son identité et lui donne l'élan pour progresser et trouver sa place dans le monde. Pour les générations qui ont connu la guerre, le "plus jamais ça" a constitué ce récit identitaire. La réconciliation franco-allemande et la vision des pères fondateurs ont favorisé l'émergence d'une Europe prospère et démocratique symbolisée par l'avènement du marché commun. Mais ce récit est aujourd'hui dépassé, et l'Europe est arrivée à la fin d'un cycle. Pour retrouver un nouveau souffle et jouer son rôle civilisateur dans la mondialisation, elle doit construire un nouveau narratif fondé sur un modèle de croissance équilibrée  alliant le dynamisme d'une économie ouverte et concurrentielle à l'impératif moral de justice sociale et de respect de l'environnement. Dans ce mouvement, la France ne peut rester passive : elle doit s'éveiller du cauchemar et des fantasmes qui déforment sa vision de la mondialisation, prendre conscience de ses atouts comme de ses blocages, et engager les réformes structurelles de son administration, de son économie et de ses finances qui la sortiront de ses difficultés. En ouvrant les yeux, la France regagnera la place qui lui revient aux côtés de l'Allemagne dans la construction de l'Europe et du monde de demain.


   L'essai de Pascal Lamy se lit facilement, et il plaira aux lecteurs qui partagent son optimisme et ses opinions socio-démocrates. Il constitue un bon complément à la lecture de Changer de modèle, le livre d'économie dont je parlais sur ce blog il y a quelques semaines. Là où Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen plaçaient leur propos dans une perspective très française malgré des exemples inspirés de l'étranger, Pascal Lamy situe sa réflexion dans un cadre plus global et plus vaste, celui d'une vision pour l'Europe et la mondialisation. Souhaitons qu'elle soit un jour partagée par les 25% d'électeurs français qui ont voté Front National aux dernières élections européennes.

samedi 21 juin 2014

Changer de modèle - Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen

   Délaissant un temps mes lectures romanesques habituelles, je me suis plongé dans un ouvrage d'économie paru au printemps, peu après le remaniement ministériel qui a suivi la défaite du PS aux élections municipales. Ecrit par trois universitaires réputés - Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen - il a pour ambition de proposer un nouveau modèle de croissance pour la France, d'où son titre : Changer de modèle. Selon ses auteurs, l'économie française a bien fonctionné durant les Trente glorieuses grâce à un modèle de "rattrapage", fondé sur les déplacements de main d'œuvre, la disponibilité d'une énergie abondante (le pétrole) et l'imitation technologique dans un contexte d'économie fermée. Depuis le tournant des années quatre-vingts et l'avènement d'une ère où la croissance économique est essentiellement tirée par l'innovation, la compétitivité et les échanges dans un monde ouvert, ce modèle est devenu inefficient et contre-productif, comme en témoigne le tableau sombre qu'ils dressent au premier chapitre : effondrement de la compétitivité des entreprises, déficit de la balance courante, dégradation des finances publiques malgré un taux élevé de prélèvements fiscaux, endettement, faible croissance et chômage élevé. Pour rompre avec ce cercle vicieux, les auteurs recommandent de penser autrement, en commençant par se débarrasser d'un keynésianisme primitif qui voit dans la dépense publique un instrument de soutien de la croissance, financé principalement par l'impôt. A contrepied de ce modèle, ils recommandent une réduction des prélèvements fiscaux et une diminution drastique de la dépense publique, sur le modèle des réformes menées avec succès en Suède, au Canada et en Australie, pays dans lesquels les déficits ont été résorbés grâce à une compression des dépenses budgétaires comprise entre 3% et 12,5% du PIB, alors que sur la même période les impôts ont été stabilisés ou ont reculé. Pour transposer ces bonnes pratiques en France, ils recommandent une redéfinition complète des missions de l'Etat avec une réduction du nombre de fonctionnaires, comme en Suède, où les effectifs de la fonction publique sont passés de 1,7 à 1,3 million, la suppression du mille-feuille administratif des collectivités territoriales, une réforme drastique de l'assurance-maladie (redéfinition des soins couverts par la Sécurité Sociale, décentralisation des caisses d'assurances-maladies au niveau régional), la réforme du système de retraites par l'allongement de la durée de cotisation ou le recul de l'âge du départ à la retraite, la libéralisation du marché des biens et services (taxis, distribution, opticiens, etc.), l'assouplissement du droit du travail. Sur le plan fiscal, ils prônent une refonte du système qui verrait la réduction et la simplification de l'impôt sur le capital à travers l'adoption d'un taux forfaitaire, la diminution de l'impôt sur les sociétés et le transfert des recettes fiscales vers la TVA sociale.
   En lisant ce programme, le lecteur français moyen sera tenté de taxer ses auteurs d'ultra-libéraux adeptes de la "pensée unique". Pourtant, ce n'est pas vers l'Angleterre de Margaret Thatcher que lorgnent ces économistes de gauche, mais vers les modèles scandinaves qui ont réussi à conjuguer efficacité économique et équité sociale grâce à une politique qui attaque les inégalités à la source en favorisant la mobilité sociale par une politique publique d'éducation ambitieuse et efficace (leur analyse de l'exemple finlandais est sur ce chapitre assez éclairante), et qui compensent les risques sociaux liés à la flexibilité du marché du travail et la concurrence accrue par une politique généreuse d'indemnisation des chômeurs et un effort accru en matière de formation professionnelle, la fameuse flexisécurité à la danoise.
   L'ouvrage de Cette, Aghion, et Cohen est dans l'air du temps. Depuis le discours de vœux du Président Hollande au mois de janvier et surtout l'arrivée à Matignon de Manuel Valls, la presse décrit abondamment la conversion des socialistes à l'économie de l'offre et aux réalités du marché. Assez proches de leurs idées, j'ai été agréablement surpris de trouver ici des économistes capables de conjuguer l'humanisme de gauche avec une certaine forme de pragmatisme économique, et d'expliquer leur pensée dans des termes simples accessibles au plus grand public. Malgré tout, en refermant leur ouvrage, j'ai éprouvé un certain malaise, surtout lorsque je me suis rappelé que ces mêmes économistes ont conseillé le candidat François Hollande en 2012 (lire à ce propos cet article du Monde Economie). Si les choses étaient aussi simples qu'ils le décrivent, pourquoi leur candidat n'a t-il pas commencé par là au lieu d'asséner son choc fiscal, avec les résultats médiocres que l'on constate aujourd'hui ? Le problème de ces économistes n'est probablement pas tant leur clairvoyance et leur intelligence quand il s'agit d'identifier de bonnes solutions, que leur capacité à influencer les dirigeants politiques pour les convaincre de les mener à bien. Dans leur ouvrage, ils démontrent que les stratégies de réforme et de consolidation des finances publiques menées en Suède, en Australie et au Canada  ont été payantes électoralement pour les gouvernements qui  ont eu le courage de les mener à bien. Espérons que cette fois ils seront entendus par les responsables politiques qu'ils conseillent.

dimanche 8 juin 2014

A Taste of Blood wine - Freda Warrington



   Très occupé ces dernières semaines par les préparatifs de mon expatriation à Londres, je n'ai pas trouvé beaucoup de temps pour lire ou écrire sur ce blog. Néanmoins, pour rester dans l'ambiance, j'ai poursuivi avec des lectures ayant pour cadre la ville de Londres. Après le classique Our Mutual Friend, mon choix s'est porté sur un livre plus léger et plus contemporain : A Taste of Blood wine, un roman fantastique de Freda Warrington dont l'action se déroule à Londres et à Cambridge dans les années vingt. Il appartient au sous-genre de la bit-lit, contraction du prétérit anglais du verbe "to bite" et de l'abréviation "lit" pour "littérature " (empruntée à "chick-lit" ou littérature pour filles"), expression que l'on peut traduire en français par "littérature mordante". Ce sous-genre de la fantasy urbaine se caractérise par des isotopies et des codes narratifs aisément identifiables : une héroïne jeune et innocente se retrouve aux prises avec des vampires dans une relation mêlant attraction érotique et répulsion effrayée face au danger que représentent ces êtres surnaturels et mystérieux. Ce type de récit est devenu populaire auprès du grand public grâce au succès de la saga Twilight de Stephenie Meyer au milieu des années deux-mille, mais il existait déjà auparavant. La première édition de A Taste of Blood wine (image ci-dessous), par exemple, est parue en 1992. A l'époque, sa couverture n'avait rien de glamour, et elle se contentait de reprendre l'image traditionnelle du vampire dans son cercueil, inspirée de Nosferatu et des films de la Hammer (Ah ! Christopher Lee ! Il était bien plus impressionnant en Dracula que déguisé en Saroumane dans les films de Peter Jackson). Dans la nouvelle édition de 2013, elle a été modernisée pour mieux coller aux goûts littéraires de son public. Elle affiche  désormais une belle jeune femme brune vêtue d'une élégante robe de couleur pourpre. La blancheur virginale de ses épaules dénudées n'est rompue que par deux petits points qui laissent filtrer un mince filet de sang…
   L'intrigue de A Taste of Blood wine respecte les lois du genre. Dans la haute société londonienne des années vingt, les trois sœurs Neville mènent une vie frivole de fêtes et de réceptions dans le quartier de Mayfair. La plus timide, Charlotte, rencontre un mystérieux et séduisant aristocrate autrichien, Karl Von Wultendorf. De retour à Cambridge où elle travaille comme assistante dans le laboratoire de son père, elle le retrouve à l'occasion de la fête donnée pour l'anniversaire de sa sœur cadette. Bien entendu, elle tombe éperdument amoureuse. Mais le ténébreux séducteur s'avère être un vampire tourmenté. Constamment déchiré entre son amour pour Charlotte et ses instincts de prédateur, Karl va devoir la protéger de son propre créateur, le redoutable Kristian, sorte de prélat égomaniaque  qui règne sur la communauté des vampires depuis son château de Holdenstein, sur les rives du Rhin.
   Le roman exploite pleinement l'imaginaire érotique associé à la figure du vampire. L'intrigue et les personnages rappellent ceux d'un roman sentimental : une jeune fille timide et réservée découvre l'amour dans les bras d'un séducteur puissant et protecteur. Comme dans les romans Harlequin, le personnage masculin est racé et socialement distingué : son nom est agrémenté d'une particule nobiliaire ("Von Wultendorf" - on notera au passage qu'il s'agit d'une anomalie, puisque Karl était en fait un modeste musicien dans la Vienne du XVIIIème siècle avant d'être mordu et transformé en vampire par Kristian),  et il évolue avec aisance dans les salons de la haute société anglaise tout en y occupant une place à part. L'héroïne, elle, est peu sûre d'elle, gauche et mal à l'aise dans son milieu social, qu'elle préfère fuir pour se réfugier dans la solitude. Elle entretient une relation plein d'affection mais aussi d'incompréhension avec son père, un homme droit mais au comportement bourru, tandis que sa mère décédée apparaît comme une figure bienveillante mais absente. Cela vous rappelle la saga Twilight, avec son héroïne adolescente  mal à l'aise dans son lycée de la ville de Forks et ses parents divorcés ? Ce n'est pas un coïncidence : malgré les quinze ans qui les séparent, les deux romans partagent les mêmes conventions et répondent aux mêmes attentes chez leurs lecteurs (ou plutôt, leurs lectrices, puisque leur lectorat est avant tout féminin), celui d'une rencontre amoureuse mythifiée et idéalisée. La différence principale entre les deux récits tient probablement à leur degré d'audace : là où Twilight reste relativement prude et chaste, A Taste of Blood wine est plus audacieux et associe étroitement la soif de sang et le désir sexuel, et les nombreuses scènes d'amour entre Karl et Charlotte le rappellent bien.
    Comme toutes les bonnes histoires de vampires, A Taste of Blood wine, est publié sous forme de série. Il est peu probable que je lise la suite annoncée ici sur le blog de l'auteur http://www.fredawarrington.com/, mais ce premier tome était une parenthèse divertissante.




dimanche 11 mai 2014

Our Mutual Friend - le film



    L'adaptation cinématographique de Our Mutual Friend dans la série BBC Classics restitue assez fidèlement l'ambiance aqueuse, sinistre et boueuse des berges de la Tamise dans le roman de Dickens. Pour l'instant, je n'ai vu que le premier épisode (il y en a quatre en tout, d'une heure et demi chacun), mais j'y ai retrouvé ce que j'ai aimé dans le livre. 

mardi 29 avril 2014

Charles Dickens - Our Mutual Friend (2/2) - L'Ami commun



   Voilà plus d'un mois que je n'ai rien publié sur ce blog. Il faut dire que j'ai mis très longtemps à lire Our Mutual Friend, le roman de Charles Dickens dont je parlais déjà dans mon billet du 17 mars. A ma décharge, c'est un livre complexe et ambitieux. Par sa longueur, d'abord, près de mille pages dans l'édition Oxford World Classics. D'aucuns prétendent que Dickens était payé au nombre de mots, et que cela aurait eu une influence sur son œuvre en l'incitant à écrire de longs romans. En fait, c'est inexact : il a écrit Our Mutual Friend sous la forme de feuilletons mensuels dont la publication s'est étalée de mai 1864 à novembre 1865. L'intérêt de cette forme de publication pour l'auteur était de lisser ses revenus et d'exercer son métier en bénéficiant d'un salaire mensuel. On conçoit aisément l'effet que ce mode  de publication peut avoir sur la longueur d'une œuvre littéraire :  tant que le public suit, le romancier a intérêt à la prolonger en retardant son dénouement par l'ajout de nouveaux chapitres.   
   Le roman est complexe par la multiplicité de ses personnages et de ses intrigues. Plus précisément, il combine quatre histoires autour de thèmes et de personnages communs. La première et la principale est celle de John Harmon, jeune héritier dont le corps sans vie est découvert flottant sur la Tamise par le batelier Gaffer Hexam et sa fille Lizzie. Après avoir vécu quatorze années à l'étranger, John Harmon était rentré à Londres pour toucher l'héritage de son père, un homme d'affaires ayant bâti sa fortune dans le tri et le commerce des tas d'ordures (oui, je sais, cela peut paraître étrange de penser que des ordures puissent être une source d'enrichissement, mais c'était le cas dans l'Angleterre victorienne; pour le comprendre, je vous invite à lire cet article ou à consulter le rapport annuel de Veolia Environnement). Selon les conditions du testament, le jeune John Harmon aurait dû pour cela épouser une jeune fille nommée Bella Wilfer, qui au début du roman est dépeinte comme superficielle, vaine, et surtout obsédée par l'idée de s'élever socialement en épousant un homme riche. La découverte du corps noyé de John Harmon et l'infortune de Bella Wilfer suscitent l'émotion dans les salons  de la haute société londonienne, en premier lieu celui des Veneerings, un couple de nouveaux riches qui entretient une petite coterie aussi sotte que superficielle. Dans la suite du roman, le lecteur apprendra que John Harmon a en fait échappé à une tentative de meurtre; sous le nom de John Rokesmith, il se fait engager comme secrétaire du fidèle lieutenant de feu le vieux Harmon, un dénommé Mr. Boffin, devenu le bénéficiaire de son testament et le protecteur de Bella Wilfer. Sous le couvert de cette fausse identité, le jeune héritier présumé mort apprend à connaître celle qui lui était promise et assiste à la  transformation morale qui fera de la jeune fille mercenaire une âme généreuse et désintéressée.  
   A ce fil conducteur s'ajoutent trois autres récits d'une importance moindre : le premier est celui de la rivalité amoureuse entre le maître d'école Bradley Headstone et l'avocat Eugène Wrayburn  pour la conquête de Lizzie Hexam (Wrayburn est l'ami de Mortimer Lightwood,  l'homme de loi chargé de l'exécution du testament Harmon) ; le second raconte les intrigues des Lammles, un couple de jeunes mariés manipulateurs qui tentent de s'emparer de la fortune de  Bella Wilfer par l'intermédiaire du prêteur d'argent Fledgeby; enfin, le troisième et dernier est celui du complot mené par Silas Wegg pour déposséder Mr. Boffin de l'héritage Harmon.  Dans le roman, la narration fait alterner les chapitres consacrés à ces intrigues d'une manière habile et fluide, le plus souvent selon un schéma d'imbrication de type ABA BAB. Cette construction facilite la progression dans le livre, mais à la fin le lecteur s'interroge malgré tout sur l'intérêt de multiplier les récits secondaires. 
   Enfin, pour ceux dont l'anglais n'est pas la langue maternelle, la lecture du texte original peut présenter quelques difficultés, ne serait-ce que par l'ampleur des phrases et la richesse du vocabulaire de Dickens. Ces dernières années, j'ai lu sans problème en anglais pas mal d'oeuvres  destinées à un large public contemporain (Ken Follett, Frank Mc Court, etc.). En me replongeant dans un classique de la littérature anglaise, j'ai éprouvé un peu plus de difficulté. Heureusement, j'avais à porté de main un bon dictionnaire.  
   Malgré tout, en refermant le livre, je me suis dit qu'il mérite de figurer au panthéon de mes ouvrages préférés, en premier lieu parce qu'il aborde bon nombre de mes thèmes favoris en littérature. Le premier d'entre eux est celui de l'argent et de son influence corruptrice. A l'instar de Balzac, Charles Dickens est un fin observateur des mœurs de son époque (l'Angleterre victorienne, marquée par  la première révolution industrielle et l'âge d'or du capitalisme), et il s'en inspire pour nourrir ses romans. Cela donne lieu à une féroce satire sociale, particulièrement présente dans les chapitres consacrés au salon des nouveaux riches Veneerings : "Mr and Mrs Veneering were bran-new people in a bran-new house in a bran-new quarter of London. Everything about the Veneerings was spick and span new. All their furniture was new, all their friends were new, all their friends were new, all their servants were new, their plate was new, their carriage was new, their harness was new, their horses were new, their pictures were new, they themselves were new, they were as newly married as was lawfully compatible with their having a bran-new baby, and if they had set up a great-grandfather, he would have come home in matting from the Pantechnicon, without a scratch upon him, French polished to the crown of his head." (Livre Premier, Chapitre II). Cette dimension satirique se retrouve dans le cynisme spirituel des dialogues entre Eugene Wrayburn et Mortimer Lightwood, dont la répartie, la vivacité et la spiritualité ne sont pas sans rappeler celles de Bixiou et de ses convives au dîner de La Maison Nucingen (Balzac).
   L'autre thème majeur du récit est celui de l'identité, aussi bien psychologique que sociale, et des transformations qu'elle subit à travers le jeu des masques et des réincarnations. Dans Our Mutual Friend, les principaux personnages ne sont pas figés; ils évoluent au gré de la poursuite de leurs ambitions  et de leurs rêves. Dans ce bal masqué, les gagnants sont ceux qui parviennent à maîtriser leurs transformations pour atteindre leurs objectifs. C'est le cas, bien sûr, de John Harmon : après son meurtre présumé, il réapparaît sous une première fausse identité (Julius Handford) au moment de l'examen de son propre "cadavre" dans le quartier général de la police, puis disparaît à nouveau, avant de revenir sous une nouvelle identité, celle de John Rokesmith. Mr. Boffin, dont il devient le secrétaire, est également auteur de sa propre métamorphose, de manière temporaire et théâtrale, lorsqu'il endosse l'habit du riche avare qui maltraite son secrétaire pour provoquer une réaction chez Bella Wilfer. Cette métamorphose superficielle, tactique et active en produira une autre, celle-là beaucoup plus profonde, durable et morale chez Bella Wilfer : jeune fille égoïste et chasseuse de beaux partis au début du roman, elle devient une femme généreuse et désintéressée et finit par épouser John Harmon (alias John Rokesmith) par amour sans savoir qu'il est l'héritier d'une immense fortune (on notera au passage que cette transformation est la moins plausible du récit; c'est d'ailleurs une des faiblesses de l'intrigue déjà révélée par la critique de l'époque). Enfin, à leur manière, Eugène Wrayburn et Lizzie Hexam subissent eux aussi des métamorphoses. Victime d'une tentative d'assassinat sous les coups de son rival Bradley Bradstone, Eugene tombe dans la Tamise. Il est sauvé in extremis par Lizzie et revient à la vie après des semaines passées entre la vie et la mort. Cette épreuve les métamorphose tous les deux et rend possible une union que les conventions sociales empêchaient.
    A l'inverse, les personnages inaptes au jeu des apparences ou incapables de maîtriser leur transformation connaissent la mort ou la déchéance. C'est le cas des Lammles, le couple machiavélique qui tente de s'enrichir en manipulant les filles de bonne famille. Après avoir longtemps paradé dans les salons sous l'apparence de jeunes mariés fortunés, ils sont démasqués et la révélation de leur banqueroute les contraint à prendre la route de l'exil. Dans un registre plus physique et animal, le maître d'école Bradley Headstone est semblable  à un loup-garou : incapable de contrôler le monstre de colère et de rage qui sommeille en lui, il finit par laisser sa violence éclater en tentant d'assassiner Eugene Wrayburn.  N'ayant pas réussi non plus à dissimuler son crime et son déguisement (le bandit Rogue Riderhood le surprend en train de jeter  à l'eau les vêtements qu'il portait au moment de son forfait et tente de le faire chanter), Bradley Headstone finit noyé dans la Tamise. Enfin, l'escroquerie de Silas Wegg est dévoilée et dénoncée par le taxidermiste Mr. Venus (vous noterez au passage le caractère symbolique de la profession - un peu à la manière des médecins chez Balzac, le taxidermiste est ici doté d'une certaine clairvoyance de par la nature même de sa profession). D'une certaine façon, dans Our Mutual Friend, l'usage du masque est récompensé  lorsqu'il vise des buts légitimes ou moralement supérieurs, et condamné lorsqu'il poursuit l'enrichissement frauduleux ou la violence.
     Ce jeu de masques a pour théâtre un décor magique et mystérieux, qui constitue pour moi le principal intérêt du roman:  la ville de Londres. Certes, mon point de vue n'est pas très objectif puisque je m'apprête à y emménager. Au-delà de ma subjectivité manifeste (et assumée), voici ce qu'écrit  à ce sujet Murray Baumgarten, professeur à l'université de Santa Cruz :  "The narrative of Dickens's novels takes us on a tour through this city of contradictions, their intricate plots the engines driving us on this journey. His prose moves us rapidly between London scenes at once pastoral and intensely urban . . . In bringing these contradictions together, Dickens's prose is magical in its realism . . . The city is chaotic; the city is ordered; personal vision is juxtaposed against the panoramic . . . And Dickens's prose, like his city, like his own life, is always dynamic, always moving us through change.".
   On notera que la Londres dépeinte dans Our Mutual Friend  est une ville sombre et surtout très humide. La Tamise y occupe un rôle central : pleine des cadavres des noyés, elle constitue l'envers du décor fastueux des salons bourgeois et aristocratiques. Mais si elle charrie la mort dans son cours, elle est également un passage menant à la résurrection et à la félicité, comme en témoignent les transformations symboliques de John Harmon et Eugene Wrayborn. Désormais marqué par la lecture du roman de Dickens, je ne peux m'empêcher, en la traversant chaque jour alors que je me rends à mon bureau à proximité de Windsor, d'y jeter un regard, en m'attendant à découvrir un corps flottant à la surface de ses eaux brunes...

lundi 17 mars 2014

Our Mutual Friend - Charles Dickens (1/2) - L'Ami commun


  J'ai été très peu actif sur ce blog au cours des dernières semaines. A ma décharge, j'ai une bonne excuse : je suis actuellement occupé par la lecture de Our Mutual Friend ("L'Ami commun", en français), le dernier roman écrit par Charles Dickens, alors au faîte de sa carrière. Le livre a pour thèmes principaux l'argent et la mobilité sociale dans la société londonienne au moment de la révolution industrielle et de l'essor du capitalisme financier. Vous l'aurez compris si vous lisez régulièrement ce blog (ce dont je vous remercie au passage), il s'agit là de mes thèmes de prédilection.
  N'ayant pas encore achevé la lecture de l'ouvrage, je ne puis vous en livrer ici une critique. Néanmoins, pour vous en donner un avant-goût, je vous invite à lire cet extrait, dans lequel l'auteur dresse un portrait satirique de l'inénarrable Mr. Podsnap, qui dans le récit incarne la suffisance et l'autosatisfaction des classes supérieures :
"Mr. Podsnap was well to do, and stood very high in Mr. Podsnap's opinion. Beginning with a good inheritance, he had married a good inheritance, and had thriven exceedingly in the Marine Insurance Way, and was quite satisfied. He never vould make out why everybody was not quite satisfied, and he felt conscious that he set a brilliant social example in being particularly well satisfied with most things, and above all other things, with himself."
Mr. Podsnap ne fait pas partie des principaux personnages du récit, mais j'ai particulièrement apprécié le chapitre  qui lui est consacré  (Livre Premier, Chapitre XI), qui brille par son humour et sa vivacité. Je vais de ce pas me replonger dans ma lecture. A bientôt pour un prochain billet consacré à ce grand classique méconnu. 

jeudi 20 février 2014

L'Hiver du monde - Ken Follet (2/2)



L'Hiver du monde, le livre de Ken Follett auquel j'ai consacré un billet sur ce blog il y a trois semaines, a bel et bien tenu ses promesses. C'est un roman ambitieux, balzacien même, dans lequel l'auteur raconte la tragédie de la Seconde Guerre mondiale à travers les destins de familles américaines, russes, anglaises et allemandes. Découpé en vingt-cinq chapitres linéaires couvrant la période de 1933 à 1949, le récit met en scène l'arrivée au pouvoir des nazis dans l'Allemagne des années trente, la montée des fascismes européens, la guerre civile d'Espagne, le pacte germano-soviétique, l'invasion allemande de la Belgique et de la France, la bataille d'Angleterre, le Blitz,  l'offensive  de Barbarossa, Pearl Harbor et la bataille de Midway, Stalingrad, le débarquement allié, la chute de Berlin et le début de la guerre froide. Dans une approche plus descriptive qu'explicative, Ken Follett nous montre l'histoire en marche avec, il faut bien le reconnaître, un certain talent de conteur. En lisant son roman, j'ai eu souvent l'impression de redécouvrir  Apocalypse, le passionnant documentaire d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle consacré à la Seconde Guerre mondiale, à cette différence près que dans le livre de Follett, le récit prend une dimension plus vivante en s'incarnant dans les histoires individuelles et intimes de personnages comme Woody, Greg, Lloyd, Daisy, Carla ou Volodya, pour ne citer que les principaux. En effet, tout le talent du romancier réside dans la façon dont il lie ces parcours individuels aux événements tragiques dans lesquels ils s'inscrivent. Grâce à une narration qui adopte leurs points de vue et épouse leurs désirs amoureux et leurs ambitions sociales, l'auteur donne vie aux pages d'un livre d'histoire. Plutôt bien construit, l'ensemble laisse au lecteur une impression de fluidité et de vraisemblance, même si à y regarder de plus près, on aperçoit des ficelles narratives un peu grosses, comme par exemple le fait que la plupart des protagonistes soient impliqués dans des activités politiques ou diplomatiques qui les placent au cœur des événements. De la même manière, pour les besoins de la tension romanesque, les héros d'une même famille se retrouvent de façon théâtrale placés dans des camps opposés sur le plan politique, à l'instar de l'aristocrate anglais conservateur Boy Fitzherbert et son demi-frère Lloyd, militant du parti Labour et défenseur des droits de la classe ouvrière, ou bien de Greg et Volodya Peshkov, deux frères ayant grandi séparément, l'un dans l'Amérique de Roosevelt, l'autre dans l'URSS de Staline, et qui se retrouvent opposés dans leurs services secrets respectifs au début de la guerre froide. Tout cela est bien un peu artificiel, mais  le lecteur de romans de Ken Follett ne s'embarrasse guère de ces considérations. De la même manière, il ne s'offusquera pas de retrouver ici le style formaté des best sellers anglo-saxons, avec sa narration rapide sous la forme de sous-chapitres courts qui se terminent souvent par une phrase isolée en forme de coup de théâtre destinée à le maintenir sous tension. Au final, cela donne un pavé de mille pages qui nous emporte sur les vagues de l'histoire du vingtième siècle. Vivement le dernier tome de la série ! 

dimanche 26 janvier 2014

L'Hiver du monde - Ken Follett (1/2)

   J'ai commencé cette semaine la lecture de L'Hiver du siècle, le second tome du cycle romanesque ambitieux dans lequel l'écrivain anglais Ken Follett raconte l'histoire du XXème siècle à travers les destins croisés de cinq familles européennes et américaines prises dans les tourments des guerres et des révolutions. J'ai bien aimé La Chute des géants, le premier volet de la saga consacré à la première guerre mondiale et à la révolution russe. Il est vrai que l'auteur est particulièrement doué pour raconter l'histoire d'une manière vivante et prenante. 

   Dans le second tome, il reprend les ingrédients qui ont fait son succès : retrouvant ses personnages quinze ans plus tard, il les fait passer au second plan et s'intéresse à leurs enfants pour les faire monter dans le train de l'histoire lancé à tout allure dans un mouvement destructeur qui culminera avec les grandes batailles de la seconde guerre mondiale. Dans son style habituel, dépouillé et sans artifices, Ken Follett met en scène les destins individuels de ces jeunes hommes et femmes face à la montée du nazisme et des mouvements fascistes dans l'Europe des années trente. 

    Je n'en suis qu'au premier tiers de l'ouvrage, mais me voilà déjà bien captivé. D'ailleurs, je retourne à ma lecture. En attendant une chronique plus fouillée sur ce roman, voici déjà sa bande annonce. 

dimanche 19 janvier 2014

Les Filles de Mr. Darcy - Elizabeth Aston


   J'ai lu d'un œil distrait et vaguement ennuyé Les Filles de Mr. Darcy, la suite que la romancière Elizabeth Aston a donnée au classique Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Dans ce récit à l'eau de rose, Elizabeth et Darcy sont partis en voyage à Constantinople en confiant leurs cinq filles aux bons soins de leur oncle Fitzwilliam. Loin de leur Derbyshire natal, elles se retrouvent plongées dans le tourbillon de la société élégante londonienne. Intrigues mondaines et amoureuses dans l'Angleterre victorienne, tout un programme…

    Malgré tout mon intérêt pour la littérature anglaise, je n'ai pas réussi à m'intéresser à cette bluette inconsistante. Une fois passée la scène d'introduction, les caractérisations des personnages paraissent bienpauvres et répétitives (l'indignation pudibonde de l'aînée Letty, revient comme un leitmotiv à tous les chapitres pour souligner l'audace de ses sœurs…), et leurs histoires sentimentales deviennent vite lassantes. Une lecture vite oubliée.

lundi 6 janvier 2014

Mes projets de lecture pour 2014


Bonne année ! Meilleurs vœux pour 2014 ! Pour moi, cette nouvelle année sera placée sous une étoile britannique. C'est pourquoi j'ai inscrit dans mon programme de lecture les plus grands classiques de la littérature anglaise, à commencer par Dickens, que j'ai eu la chance d'étudier dans le texte en section anglophone au lycée autrefois.

Voici donc mes choix pour 2014.
  • Classiques de la littérature anglaise : Journal de Samuel Pepys (célèbre diariste anglais, témoin historique de la peste et du grand incendie de Londres de 1666), L'ami commun et Les Grandes espérance, Dickens, Le Pèlerinage de Childe Harold, Lord Byron
  • Roman sentimental anglais : Les filles de Mr Darcy d'Elisabeth Aston, sorte de suite à l'eau de rose du roman de Jane Austen Orgueil et préjugés (eh oui, j'ai des goûts littéraires très éclectiques…)
  • Littérature anglaise contemporaine : L'Hiver du Monde, de Ken Follett (oui, il figurait déjà dans ma liste l'an dernier, mais je l'ai soigneusement gardé de côté pour le savourer), A Feast for crows ( le quatrième tome du Trône de Fer; je sais, George R.R. Martin est américain, mais je me suis dit qu'il serait bien à sa place à côté de Ken Follett)
  • Classiques français : A la Recherche du temps perdu (parce que je me suis arrêté au sixième tome il y a quelques années et que j'ai envie d'aller jusqu'au bout en 2014), Risibles amours de Kundera
  • Littérature française contemporaine : Tu n'as pas tellement changé, Marc Lambron (parce que si vous suivez attentivement ce blog, vous savez que Marc Lambron est mon auteur fétiche, même si ses derniers livres m'ont un peu déçu)
  • Guides de voyage : Guide voir Hachette de Londres, Partir en famille à Londres (le guide des parents qui voyagent avec leurs enfants), London Portrait of a City

  • Philosophie : Droit, législation et liberté, Hayek (grand penseur libéral que j'ai découvert dans un cours sur l'histoire des idées politiques sous la direction de Philippe Nemo)
  • Poésie : Méditations poétiques, Lamartine
  • Economie et gestion : Marketing Management, Kotler et Dubois (une valeur sûre et toujours utile)