dimanche 19 octobre 2014

Bloom's Literary Guide to London (2/2)


   J'écris ce billet depuis le Fitzroy Tavern, un pub célèbre situé dans le quartier de Fitzrovia, à Londres. Entre les années 20 et 50, l'établissement était fréquenté par une bohème littéraire et artistique haute en couleur qui a donné son nom au quartier après la publication d'un article dans le Daily Express en 1940. Il était notamment fréquenté par le poète Dylan Thomas, dont le bicentenaire de la naissance sera célébré cette semaine à travers une série de manifestations. Au sous-sol, près de la cheminée, sont exposées des photos de George Orwell, un autre habitué des lieux. Il y apparaît avant son départ pour l'Espagne, où il s'apprêtait à combattre dans la guerre civile aux côtés des républicains espagnols. Non loin de là, au début du vingtième siècle, le 46 Gordon Square hébergeait le groupe de Bloomsbury, un collectif d'artistes et d'intellectuels qui avaient pris l'habitude de se réunir autour d'un dîner tous les jeudis pour discuter d'art, de politique et de littérature. Parmi ses membres les plus influents figuraient Virginia et Leonard Wolf, sans doute le couple le plus célèbre de la vie littéraire londonienne de l'entre-deux guerres. Aujourd'hui, les passionnés de l'œuvre de la romancière peuvent marcher sur les pas de son héroïne Mrs Dalloway dans les allées ombragées de Regent's Park (le parcours exact figure sur le site de la Virginia Woolf Society http://www.virginiawoolfsociety.co.uk/vw_res.walk.htm). A la fin de la journée, ils pourront bifurquer vers le sud en passant par Baker Street, dont le n° 221b abrite la demeure fictive du plus célèbre détective de la littérature, Sherlock Holmes. Ils arriveront alors dans le village de Marylebone, où j'ai la chance d'habiter aujourd'hui. C'est là, au 62 Crawford Street, que le poète anglo-américain T.S. Eliot a composé son poème dantesque The Waste Land (La Terre vaine), épopée moderniste étrange devenue un classique de la poésie anglaise du XXème siècle.

      Tous ces lieux qui ont façonné l'histoire littéraire de Londres sont répertoriés parmi beaucoup d'autres dans le Bloom's Literary Guide to London, dont je vous recommande vivement la lecture. Dans ce petit livre qui est à la fois un manuel d'histoire, un guide touristique et une histoire de la littérature anglaise, les auteurs nous convient à une balade érudite dans Londres au fil des âges. Commençant au XIVème siècle par la cité médiévale de Geoffrey Chaucer, l'auteur des Contes de Canterbury, ils poursuivent cette odyssée avec Shakespeare sur la rive sud au milieu des théâtres et des bordels de l'époque élisabéthaine. La guerre civile, la République de Cromwell, la Restauration, la peste et le grand incendie de Londres (1666) sont racontés à travers le journal du célèbre diariste Samuel Pepys, qui fut un conteur hors pair et un témoin privilégié des troubles de son époque. A l'époque georgienne, la ville s'étend vers l'ouest et le nord, dans les quartiers élégants de Mayfair et de Hampstead, où vécurent les poètes romantiques Byron, Keats, Shelley et Coleridge. Au XIXème siècle, les romans réalistes de Dickens racontent les bouleversements économiques et les inégalités sociales de l'époque victorienne, avec pour décor les rues brumeuses qui se noient dans les méandres mystérieux de la Tamise (voir à ce sujet le billet que j'ai consacré à Our Mutual Friend). Enfin, la balade s'achève à l'époque contemporaine dominée par les figures de Salman Rushdie et de Martin Amis.

     Cet ouvrage constitue une lecture enrichissante, à la fois érudite et accessible par sa simplicité et sa concision (deux cents pages). C'est aussi une manière agréable de découvrir l'histoire et la géographie de cette cité millénaire. Au terme de sa promenade, il y a fort à parier que le lecteur n'aura qu'une envie : redécouvrir et approfondir la lecture de ces textes qui ont contruit l'histoire et la personnalité de Londres.