dimanche 23 novembre 2014

Festival Livres en Tête du 25 au 29 novembre

Dans quelques jours débutera Livres en Tête, un festival de lecture à voix haute qui se tiendra à Paris dans le quartier latin du 25 au 29 novembre. L'affiche est assez alléchante : soirées littéraires accompagnées de dégustations de vins, lectures à voix haute précédées d'une séance de salsa,etc. Pour vous faire une idée de l'ambiance et découvrir le programme, je vous invite à consulter la page Pinterest de l'édition 2013 et le site du festival. 
 



lundi 17 novembre 2014

The Waste Land - La Terre vaine - T.S. Eliot

 Il y a quelques semaines, je décrivais sur ce blog la géographie littéraire londonienne en m'attardant sur le quartier de Marylebone, où vécut autrefois le poète anglo-américain T.S. Eliot. J'ai depuis approfondi mon exploration en lisant son plus célèbre poème, The Waste Land (en français La Terre vaine). Dans ce long monologue en cinq parties publié au lendemain de la première guerre mondiale, le poète raconte la fin du monde occidental, la déliquescence de la culture classique et l'avènement d'un désert intellectuel, esthétique et moral qui marque l'entrée dans la modernité.

   La version intégrale du poème est disponible sur le site poets.org. Je vous en livre ici mon passage favori, situé à la fin de la première partie (The Burial of the Dead). Pourquoi avoir choisi cette strophe en particulier ? Parce qu'elle emprunte ses images à deux de mes poètes préférés et qu'elle dépeint la ville de Londres sous un jour infernal et sombre qui me plaît. En effet, elle débute par une allusion au tableau parisien Les sept vieillards, dans lequel Baudelaire décrit Paris sous les traits d'une ville humide et triste, parcourue de spectres errants ("Fourmillante cité, cité pleine de rêves,/ Où le spectre en plein jour raccroche le passant !"). Chez T.S. Eliot, c'est une foule de zombies hagards qui traversent London Bridge en remontant King William Street en direction de l'église Saint Mary Woolnoth. La vision d'une humanité titubante et tourmentée est tirée de l'Enfer de Dante, et elle évoque aussi bien les millions de morts de la première guerre mondiale que la désolation et le néant moral dans lesquels se traînent les survivants. Au milieu de cette horde de pantins, le narrateur reconnaît un ancien camarade et le hèle avec des sanglots dans la voix. Après lui avoir demandé si les corps qu'il a enterrés ont commencé à germer et à fleurir, il lui recommande de les protéger du froid et des chiens. Témoin de l'absurdité de ses propos, le lecteur comprend que le narrateur a déjà basculé dans la folie et le désespoir. Mais il lui est impossible de se réfugier derrière le rempart de sa propre raison, car il est à son tour interpellé par le narrateur dans le vers qui clôt la strophe par un nouvel emprunt à Baudelaire ("- Hypocrite lecteur, -mon semblable, -mon frère !"). Privé de ses dernières protections, le lecteur sombre lui aussi dans la démence et l'ennui, et il rejoint symboliquement le cortège qui promène son hébétude dans la brume des rues de Londres.

   Unreal City,
Under the brown fog of a winter dawn,
A crowd flowed over London Bridge, so many,
I had not thought death had undone so many.
Sighs, short and infrequent, were exhaled,
And each man fixed his eyes before his feet.
Flowed up the hill and down King William Street,
To where Saint Mary Woolnoth kept the hours
With a dead sound on the final stroke of nine.
There I saw one I knew, and stopped him, crying: “Stetson!
“You who were with me in the ships at Mylae!
“That corpse you planted last year in your garden,
“Has it begun to sprout? Will it bloom this year?
“Or has the sudden frost disturbed its bed?
“Oh keep the Dog far hence, that’s friend to men,
“Or with his nails he’ll dig it up again!
“You! hypocrite lecteur!mon semblablemon frère!

jeudi 6 novembre 2014

Boxeur - Mitch

   La semaine dernière, j'ai reçu dans ma messagerie un exemplaire d'un petit recueil de poésies intitulé Vide. A l'heure où les selfies  et autres ice bucket challenges inondent les réseaux sociaux, cela fait du bien de redécouvrir une forme d'expression qui s'appuie sur les mots et l'exploration du langage. Aussi, j'ai décidé de le lire et de lui consacrer un article sur ce blog.

   Les dix-neufs poèmes rassemblés dans ce petit fascicule mettent en scène des moments de la vie quotidienne, des émotions, des souvenirs ou des réflexions personnelles. Parmi eux, mon préféré est Boxeur, parce que son sujet me rappelle un autre texte d'un poète et chansonnier, le russe Vladimir Vissotsky. Le poème évoque un dialogue imaginaire entre un boxeur et le poète, et il s'articule en trois parties animées par un mouvement ascentionnel suivi d'une chute. Dans la première, le boxeur évoque ses sensations autour de quatre substantifs et de leurs caractéristiques : le cuir des gants de boxe, les perles de sueur, le feu qui l'anime et la terre sur laquelle il s'enracine pour trouver la force de combattre. Après cette ouverture sur des éléments très matériels (l'air, l'eau, le feu, la terre), le poème prend une dimension plus spirituelle et imagée pour évoquer la vie et ses épreuves. Le combat de boxe devient alors une métaphore des difficultés que le boxeur doit affronter chaque jour et des doutes qu'il ressent. Alors qu'il pense avoir trouvé sa voie en se plaçant dans la lignée de ses ancêtres, le boxeur est interpellé par le poète, et rappelé à son devoir de dignité dans la chute du poème.

BOXEUR

   Du cuir je ne vois que la surface, sa
sensation sur ma peau.
   Les perles que je portent me tombent une à
une le long du corps, tendu et pourtant souple
aux mouvements du vent.
   Le feu qui se cache sous mes yeux, nourrit
mon chemin, éclaire ma voie.
   De la terre je tire ma volonté, mon
obstination, mon repos.
   De la vie je prends les coups et les
incertitudes, mais j'avance toujours, comme tiré
en avant.
   Parfois, dans mon coin, je doute, je me
demande, mais cela n'est pas long, car je
retourne toujours au devant.
   Je ne sais pas si je serai grand ou malheureux,
triste ou victorieux.
   Mais je sais que je me relève sans cesse, et
qu'avant moi, ils furent légion à le faire.
   Je suis le digne descendant des hommes, et
mes combats furent les leurs.
   Boxeur, tu es ce qu'ils ne seront jamais,

alors, sois digne.