dimanche 28 décembre 2014

Lectures de Noël - Littérature tchèque

J'ai passé Noël en famille à Prague et trouvé au pied du sapin plusieurs classiques de la littérature tchèque, parmi lesquels des romans de Bohumil Hrabal (Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, qui raconte l'ascension et la chute d'un garçon de café tchèque devenu richissime, et Une trop bruyante solitude, samizdat publié clandestinement à Prague dans les années soixante-dix, et enfin Cours de danse pour adultes et élèves avancés) et de Karel Capek (La maladie blanche, La guerre des salamandres). Devant l'embarras du choix, je vais commencer par celui dont le titre m'amuse le plus : Moi qui ai servi le roi d'Angleterre. A bientôt sur ce blog.

jeudi 11 décembre 2014

Les mensonges ne meurent jamais - Séverine de La Croix


  Ce week-end, j'ai passé le plus clair de mon temps au coin du feu à lire le livre de Séverine de La Croix, Les mensonges ne meurent jamais. Il faut dire que ce roman sait tenir son lecteur en haleine grâce à une stratégie de dévoilement progressif servie par une structure narrative en forme de compte à rebours. Dans ce thriller psychologique, une jeune femme trentenaire remonte le cours de son histoire familiale pour percer à jour de lourds secrets. En 2012, à l'occasion d'une soirée entre amis, Manon apprend par hasard que son oncle a fait sept ans de prison pour viol dans les années quatre-vingt, alors que sa mère et sa grand-mère avaient toujours prétendu qu'il était parti poursuivre des études à Londres. Remontant dans le passé, la jeune femme mène une enquête approfondie. Au fur et à mesure qu'elle avance dans ses recherches, elle découvre avec horreur les terribles secrets de famille dissimulés par sa grand-mère Louise, une aristocrate protestante hautaine et manipulatrice prête commettre tous les mensonges les plus abominables pour préserver la fortune et la réputation de son clan. En levant le voile sur ces douloureux secrets, Manon vit elle-même une descente aux enfers, et bientôt son mari désespéré se rend chez les policiers pour signaler sa disparition…
   L'originalité de ce récit tient à sa construction narrative sophistiquée, dont la temporalité fait alterner le passé et le présent dans un compte à rebours impitoyable qui s'accélère pour aboutir à une issue tragique. Le pivot central est la date du 17 octobre 2013, au cours de laquelle tous les membres de la famille de Manon sont convoqués au commissariat pour s'expliquer sur les circonstances troubles qui ont entouré sa disparition. Chaque entretien avec le lieutenant de police qui mène l'enquête est suivi d'un chapitre racontant les faits qui se sont déroulés quelques jours plus tôt, alors que Manon se lançait sur les traces de son histoire familiale. Ainsi, les deux enquêtes se déroulent parallèlement jusqu'à se rejoindre à la fin.
    J'ai déjà rencontré une forme narrative proche dans deux romans que j'ai particulièrement appréciés, Le Passager de Jean-Christophe Grangé, et La Vie d'une autre, de Frédérique Deghelt (à ce sujet, je vous invite à relire les billets que je leur ai consacrés sur ce blog http://marcbordier.blogspot.co.uk/search?q=Le+passager). Les deux ont d'ailleurs en commun avec Les mensonges ne meurent jamais de raconter une enquête policière et une quête identitaire. Toutefois, le roman de Séverine de La Croix pousse la logique plus loin en y ajoutant un compte à rebours qui renforce le sentiment d'inéluctabilité et de fatalité, à la manière des tragédies classiques. C'est un procédé narratif redoutablement efficace et particulièrement bien adapté à une enquête policière. En lisant le roman, je songeais d'ailleurs souvent à la première saison de la série Damages, où il est appliqué avec le même succès.
   Roman policier, Les mensonges ne meurent jamais est aussi un récit psychologique qui a pour thème principal la communication au sein de la famille et du couple. Il évoque les difficultés à communiquer entre  mari et femme, frère et sœur, et entre générations au sein d'une même famille. L'intrigue est fondée sur un jeu d'opposition entre une parole mensongère et verrouillée par les convenances sociales et religieuses d'une part, incarnée dans le récit par l'intransigeance muselière de la grand-mère, et une communication libre et sincère, capable de s'exprimer dans les mots d'amour et la communion érotique des corps. Cette opposition dialectique sert de moteur au récit, et la tension qui en résulte trouve sa conclusion dans un dénouement que je vous laisse le soin de découvrir par vous-mêmes…

mardi 2 décembre 2014

The intimate adventures of a London call girl - Belle de Jour




The intimate adventures of a London call girl est le récit autobiographique des aventures d'une call girl londonienne. Publié à l'origine sous la forme d'un blog entre 2003 et 2004, ce journal d'un genre nouveau a été l'objet d'une curiosité intense de la part des médias britanniques, encore attisée par le mystère autour de l'identité de son auteur. Durant cinq années, les spéculations sur la véracité des faits relatés et le nom réel de Belle de jour ont régulièrement agité la chronique. Finalement, en 2009, The Sunday Times a levé le voile : la call girl qui a tenu ce journal existe réellement. Dans la vraie vie, elle s'appelle Brooke Magnanti, et c'est une scientifique d'origine américaine qui s'est livrée à la prostitution dans une agence de luxe pour payer ses études à l'université de Sheffield.

Il y a quelques semaines, sous le prétexte hypocrite de poursuivre mes explorations londoniennes et de parfaire ma connaissance de la littérature anglaise contemporaine (ah ! l'alibi culturel...), j'ai acheté le livre et ai entrepris de le lire. Au final, j'en retire une impression très mitigée. Après avoir cédé aux sirènes un peu racoleuses vantant ses mérites "littéraires", j'ai vite déchanté devant cette litanie de platitudes couchées sur près de 300 pages.

En 2008, l'Observer écrivait à propos de l'auteur : "She is brilliant - frank, witty and observant." (http://www.theguardian.com/books/2008/dec/14/roundupreviews). Pourtant, c'est son frère The Guardian qui a publié trois ans plus tôt ce jugement plus pertinent:"It's easy to see how this found a large audience online; less easy to see who would pay 13 quid for the hardback edition when you could rent several porn videos for the price and get better dialogue." (http://www.theguardian.com/books/2005/jan/16/fiction.features) Tout est dit…