dimanche 20 décembre 2015

Chateaubriand dans mon quartier à Londres Marylebone


 Chateaubriand
  Il y quelques semaines, en passant avec mes enfants par Paddington street sur le chemin de l'école, j'ai découvert une plaque en bronze à la mémoire de Chateaubriand. Dissimulée jusqu'à il y a peu par les échafaudages d'un immeuble en construction, elle marque l'emplacement où l'écrivain a vécu durant ses années d'émigration à Londres. Voici ce qu'il écrit à ce propos dans les Mémoires d'outre-tombe:

"Ma misère avait mis obstacle à mon travail. […]. Je ne gardai pas chez Baylis un logement d'une guinée par mois; je payai le terme échu et m'en allais. Au-dessous des émigrés indigents qui m'avaient d'abord servi de patrons à Londres, il y en avait d'autres, plus nécessiteux encore. Il est des degrés entre les pauvres comme entre les riches ; on peut aller depuis l'homme qui s'habille l'hiver avec un chien, jusqu'à celui qui grelotte dans ses haillons  tailladés. Mes amis me trouvèrent une chambre mieux appropriée à ma fortune décroissante (on n'est pas toujours au comble de la prospérité) ; ils m'installèrent aux environs de Mary-Le-Bone-Street, dans un garret dont la lucarne donnait sur un cimetière : chaque nuit la crécelle du watchman m'annonçait que l'on venait de voler des cadavres."

   Curieusement, la note dans  l'édition  de  la pléiade indique: "Si ce garret est le même que celui qui est en regard de l'hôtel de l'ambassade à Portland Place, les cartes du  temps semblent n'indiquer aucun cimetière à moins de 600m". Pourtant, la plaque n'est pas située à Portland Place (là où se trouvait l'ambassade de France que Chateaubriand occupa comme ambassadeur des années plus tard sous la Restauration), mais bien à Paddington Street (http://www.londonremembers.com/memorials/chateaubriand), en face du square Paddington, qui était autrefois un cimetière. J'en toucherai deux mots aux éditeurs de la pléiade un de ces jours.

   Il est difficile aujourd'hui d'imaginer la mansarde (c'est le sens du mot garret en français) dans laquelle le grand écrivain a vécu ses années de misère à Londres. La rue résonne encore du vacarme des travaux de construction du luxueux complexe immobilier qui doit prochainement ouvrir ses portes. Si vous êtes intéressés, faites-moi signe et je vous donnerai l'adresse. Autant vous prévenir tout de suite, la rue a bien changé depuis le XVIIIème siècle, et elle accueille davantage de riches investisseurs américains que de misérables royalistes français émigrés. Selon le London Evening Standard, le couple Brangelina a récemment visité un des appartements prochainement mis en vente, mais Brad et Angelina ont renoncé à y habiter à cause de la pression médiatique. A l'époque où Paris vivait sous le régime de la Terreur révolutionnaire, Marylebone était sans doute plus paisible.

dimanche 6 décembre 2015

Saturday night and Sunday morning : the film



   Two years after its  publication in 1958, Alan Sillitoe's novel was turned into a film. Directed by Karel Reisz, it was rated X upon its release because like the novel, it openly raises the issues of extramarital affairs, promiscuous living and abortion in working class England. I watched it a few weeks after reading the novel, and found it to be overall true to the spirit of the book, even though the film takes some liberties with the story, notably by changing the outcome of the episode with the abortion (in the book, it is successful, and Brenda does not carry Artthur's child, whereas it the film the abortion fails and the scandalous pregnancy remains as shameful evidence of the affair).

dimanche 29 novembre 2015

A working class anti hero: Arthur Seaton in Alan Sillitoe's Saturday Night and Sunday Morning



   In August last year, I cycled all the way up Parliament Hill to Highgate Cemetary to see the final resting place of Karl Marx, an imposing gray stone monument dedicated to the famous thinker and defender of the working class. Wandering through the leafy and tranquil alleys of the cemetary, I also stumbled upon the grave of a less known author, who also stood up as the voice of the working class, although in a very different way.

   British writer Alan Sillitoe gained recognition in 1958 with the publication of his sensational debut novel Saturday Night and Sunday Morning. Set in Nottingham in the fifties, the book tells the story of a young and rebellious working class anti-hero named Arthur Seaton. As a skilled and productive worker at the Raleigh bike factory, Arthur makes a comfortable living of fourteen pounds a week, which he immediately spends in expensive suits and binge drinking at the local pubs every week-end. A compulsive womanizer, he also indulges in multiple affairs with married women, including Brenda, the wife of his colleague and mate. Brenda ultimately becomes pregnant, and with the help of Arthur, she goes through a painful abortion involving gin and a hot bath. After this episode, Arthur neverthless continues with his careless and selfish lifestyle. Ultimately, his adulterous behavior is exposed, and he ends up beaten up in a dark alley by two angry soldiers. At the end of the novel, the rebellious young man has changed, and he is considering settling with a local girl named Doreen.

   I must admit that I sometimes found it hard to read this novel, not so much because of its length, but rather because of  its vocabulary and style. As a non native english speaker, I was initially put off by the use of the Nottingham regionalist language, including multiple words and informal expressions of British slang from the fifties. Yet, after a while, I got used to it, and I started enjoying the book. Saturday Night and Sunday morning  is a vivid and uncompromising depiction of working class life in post-war Britain. In the introduction to the 1979 edition, Alan Sillitoe himself wrote "I had no theme in my head except the joy of writing, the sweat of writing clearly and truthfully, the work of trying to portray ordinary people as I knew them, and in such a way that they would recognize themselves."  I particularly liked the fact that the novel moved away from the now stereotyped and politically biased depiction of a brave young working class hero fighting for his ideals, such as Etienne Lantier in Emile Zola's classic novel Germinal. Nothing of this kind here: although Arthur Seaton is angry and rebellious, he cares first and foremost about himself. In a way, Alan Sillitoe's character is a right-wing anarchist who provides a scathing denial to Marx's vision of a united working class. As one of my literature teachers used to say, "The rich are as dumb as the poor, and the poor as selfish as the rich".

dimanche 15 novembre 2015

Une élégie arabe: Longue Nuit, d'Al Khansa


   A l'heure où Paris rend hommage aux victimes des terribles événements survenus vendredi soir, j'ai cherché dans ma bibliothèque un recueil de poésie arabe qu'un de mes amis parisiens (Gilles, il se reconnaîtra) m'a offert il y a quelques années en cadeau d'anniversaire. J'y ai trouvé ce poème d'Al-Khansa, une poétesse musulmane du VIIème siècle, dans lequel elle pleure son frère Amr tué au combat. Ce texte vieux de plus de mille  ans résonne aujourd'hui avec une douloureuse intensité.
 
 Longue nuit
 
Ma longue nuit a refusé de m'offrir
Un léger somme après l'affreuse nouvelle.
 
"Le fils d'Amr est mort !" a crié le héraut.
"Assassiné !" Puissé-je mourir de tristesse !
 
Avec lui, le siècle cruel m'a brisée !
Les malheurs, à ruiner une vie, excellent…
 
Un héros tel mon bien-aimé fait pleurer
Un œil aride, et touche l'âme insensible.
 
J'avais un frère, loyal à tout compagnon,
qui nourrissait la caravane affamée.
 
Il vibrait à la guerre, luttant dans l'arène,
Comme vibre le tranchant lustré du sabre.
 
Qu'ai-je fait au siècle, fécond en malheurs ?
Tous les maux nous sont-ils donc échus en partage ?

dimanche 8 novembre 2015

Débat houleux entre Laurent Binet et Yann Moix hier à la télévision

   Habitant désormais à Londres et n'ayant pas la télévision française, je suis un peu éloigné de l'actualité littéraire parisienne.  En particulier, je n'ai lu aucune des nouveautés de la rentrée littéraire, pas même le dernier livre de Laurent Binet, La septième fonction du langage. Malgré tout, il est dans ma pile (virtuelle) d'ouvrages à lire dans les mois qui viennent.

   Hier soir, lors d'une apparition à la télévision, l'auteur a été violemment pris à partie par Yann Moix, qui lui reproche la médiocrité de son style et la vulgarité des situations dans lesquelles il met en scène Foucault et d'autres grands intellectuels français. Pour être vif et animé sur la forme, l'échange n'en est pas moins intéressant sur le fond. N'ayant pas lu le livre, il m'est difficile de former une opinion aujourd'hui, mais je reviendrai dessus quand je lui consacrerai un billet sur ce blog. En tout cas, cet extrait m'a rappelé ce qui me manque parfois un peu quand je pense à la France, ce pays ou des intellectuels sont prêts à s'étriper à la télévision sur des questions de style.

dimanche 25 octobre 2015

Visiting the Keats-Shelley house in Rome




















   Currently in Rome for half-term, I spent most of the week walking through the ancient ruins of the Roman forum and the narrow picturesque streets of  the Trastevere district. Yesterday, my wanderings took me to Piazza di Spagna, one of the most famous places in the city. As I was standing among the crowd on a warm and sunny Saturday afternoon, I suddenly felt overwhelmed by the aggressive hustle and bustle of the street, and started looking for a more peaceful place. I spotted a welcoming little door just at the foot of the Spanish steps, with a sign carved in a stone plaque that read: Keats Shelley memorial house.

   I entered the building and found myself in a shelter of peace and tranquility. This is the house where the famous English poet John Keats spent the last days of his life. He came to Rome in 1820 like many other fellow english Romantics in search for inspiration, but also in search for a better climate which he hoped would cure his tuberculosis. Although he was still very young - twenty-four years of age only - Keats had already produced the masterpieces which gained him recognition as a poet (The Eve of St Agnes, Ode to a Nightingale, The Eve of St Mark, to name but a few). He travelled to Italy with his friend Severn. Upon their arrival in Rome in November 1820, they found this small flat which they shared for a few months. Unfortunately, the mild cllimated of Rome did not help cure Keats' tuberculosis, and he died in February of the followiing year. He now rests in the non-catholic cemetary of Rome.

 The flat is now a memorial to Keats and his fellow poet Shelley, and it hosts a beautiful reference library dedicated to the english Romantics. Keats' small bedroom with its window overlooking Piazza di Spagna has been reconstructed, and it looks just like it was when the poet lived in it.

If you go to Rome, I strongly encourage you to visit this place. For  those who can only travel through the Inernet, a virtual tour is available here:  http://www.keats-shelley-house.org/en/virtual-tour

And here is a short video introduction to the memorial house:

mardi 13 octobre 2015

Still reading through Peter Ackroyd's London biography - how commerce and speculation have shaped the city throughout the ages



   Peter Ackroyd's London biography is so dense and well documented that it is taking me ages to finish. However, I am enjoying it, so I will continue and read it through, no matter how long it takes. Fortunately, the Marylebone branch of Westminster Library is patient and has agreed to renew it multiple times...

   So far, what I find most interesting about this book is how it characterizes London. Indeed, Peter Ackroyd does a great job of capturing the city's essence, the permanent traits that have formed the quintessence of London throughout the ages.  The main one is certainly the fact that it was built upon commerce and speculation, with trade and business driving the city's expansion, shaping its physiognomy, and ultimately determining social interactions between its inhabitants. Indeed, whether we like it or not, the stark contrast between abundance and need, the omnipresent building works and the extravagant advertisements of luxury properties that we see when walking in the streets of London are not anomalies of this century. Rather, they are a distinct feature of the city's personality, which has lasted throughout the ages.  If anything, the 21st century has but added an international dimension to this structural phenomenon, with overseas money now fuelling the city's permanent expansion and renewal. I will meditate upon this next time I walk along Billionaires row in Kensington Palace Gardens.

dimanche 27 septembre 2015

Walking through Smithfield Market...



 It has been a while since I haven't posted anything on this blog. The reason is that I am still reading through Peter Ackroyd's 800-page biography of London. So far, I am quite enjoying the historian's prose. Although the book starts in a rather classical chronological order, as you would expect from a history book, it soon shifts to a more thematic approach in which the story of London is told through descriptions and anecdotes related to a given topic, such as Pestilence and Flame (the London Fire and the Great Plague) or Crime and Punishment (the theatricality of justice and executions throughout the ages). I have learnt quite a deal about the history of the city, and will now see London with a different eye. Every morning, as I walk through the Smithfield wholesale meat market on my way to the office and look upon the bleeding pork carcasses, I cannot help but think that Smithfield was also infamously known as a place where executions were carried out. According to Historic UK, this is where those who were accused of high treason were "dragged by a horse to the place of execution, hanged until almost dead, then disembowelled whilst still conscious, beheaded, and finally being chopped into four pieces (i.e. 'quartered) and subsequently having these pieces put on display across the city." No wonder I sometimes struggle  to drink my morning coffee after walking through Smithfield Market...

samedi 12 septembre 2015

For those who enjoy commercial historical fiction: Stormbird, by Conn Iggulden


"A book must never allow the style to overcome the story and the characters, in my opinion. It is possible to deal with great truths of the human condition in fiction, obviously. It has been the joy of my career that writing about Caesar and Genghis, for example, has allowed me to explore fatherhood, family, honour, courage and a hundred other themes. Yet the story has to be there – if the reader isn’t interested in ‘what comes next’, I would have failed, I think." This is how Conn Iggulden, describes in his own words, his job as a writer. In Stormbird,  the first volume of the Wars of the Roses, he indeed fulfills that promise, which constitutes both the book's strength, but also its main weakness.
   Stormbird tells the origins of the dynastic wars fought in the XVth century between supporters of two rival branches of the royal House of Plantagenet, the houses of Lancaster and York. This episode of English history  later became known as the war of the roses due to the red and white roses in the coat of arms of the warring factions. In 1437, after the death of King Henry V, the Lion of England, his frail and sickly son King Henry VI takes the throne. In order to end a war with the French which he can no longer afford to sustain, the weak king Henry VI forges an alliance with them by marrying a young French princess, Margaret of Anjou, effectively giving up the English-owned territories in France, including Normandy, Anjou and Maine. His decision leaves the realm of England divided. Soon, Richard, Duke of York, challenges the King's authority and starts making claims to the throne.

   Conn Iggulden is indeed a very good storyteller, and he makes historical fiction accessible to the reader, much like Ken Follett. The plot is full of narrative twists, and it unfolds at a fast pace, with only a limited number of descriptions which would inevitably slow down the progression.  This makes it a quite enjoyable read, but occasionally the reader cannot help but think that the tricks and gimmicks of commercial fiction are a little too obvious in this novel.

dimanche 23 août 2015

J'ai embrassé l'aube d'été... in London! A poem by Mary Robinson: London's Summer Morning




  Back in London after a month travelling to Australia and the south of France, I am enjoying the summer mood of the British capital in August. Yesterday, I spent the whole morning reading London, a biography, Peter Ackroyd's authoritative book for anyone who is interested in the history of London. In the first few chapters, Ackroyd desccribes the noisy atmosphere of London streets throughout history. It immediately reminded me of Mary Robinson's poem London's Summer Morning. Published in 1800, this famous composition depicts a typical beginning of the day on a busy London street. Written in blank verses with carefully chosen rythms and sounds that mimic its subject, it places the reader on the street with the sounds and sights of daily life. It is a vivid painting of the movement and activity of a busy London street at the turn of the XIXth century, and portrait of the city itself through its tradesmen and inhabitants, and an instantaneous capture of London's unique identify.

Who has not waked to list the busy sounds
Of summer's morning, in the sultry smoke
Of noisy London? On the pavement hot
The sooty chimney-boy, with dingy face
And tatter'd covering, shrilly bawls his trade,
Rousing the sleepy housemaid. At the door
The milk-pail rattles, and the tinkling bell
Proclaims the dustman's office; while the street
Is lost in clouds impervious. Now begins
The din of hackney-coaches, waggons, carts;
 While tinmen's shops, and noisy trunk-makers,
Knife-grinders, coopers, squeaking cork-cutters,
Fruit barrows, and the hunger-giving cries
Of vegetable venders, fill the air.
Now every shop displays its varied trade,
And the fresh-sprinkled pavement cools the feet
Of early walkers. At the private door
The ruddy housemaid twirls the busy mop,
Annoying the smart 'prentice, or neat girl,
Tripping with band-box lightly. Now the sun
Darts burning splendour on the glittering pane,
Save where the canvas awning throws a shade
On the day merchandize. Now, spruce and trim,
In shops (where beauty smiles with industry),
Sits the smart damsel; while the passenger
Peeps through the window, watching every charm.
Now pastry dainties catch the eye minute
Of humming insects, while the limy snare
Waits to enthral them. Now the lamp-lighter
Mounts the tall ladder, nimbly venturous,
To trim the half-fill'd lamp; while at his feet
The pot-boy yells discordant! All along
The sultry pavement, the old-clothes man cries
In tone monotonous, the side-long views
The area for his traffic: now the bag
Is slily open'd, and the half-worn suit
(Sometimes the pilfer'd treasure of the base
Domestic spoiler), for one half its worth,
Sinks in the green abyss. The porter now
Bears his huge load along the burning way;
And the poor poet wakes from busy dreams,
To paint the summer morning. 

mercredi 12 août 2015

An Australian psychological novel: The Long Prospect, by Elizabeth Harrower

  I finished The Long Prospect this week-end, and I must admit that it took me a bit of time and effort to get into it. The novel tells the story of Emily, a twelve-year old girl who grows up in a small industrial town on the Eastern Coast of Australia in the nineteen fifties, raised by her grandmother Lilian while her separated parents live in Sydney and in the outback.  Emily grows up largely on her own, neglected by her cold, petty, gossipy and narrow-minded grandmother who cares little about her education and shows her no affection. One day, a middle-agend scientist named Max enters Emily's life as he takes a room into the boarding house of her grandmother, and the two of them develop an unusual friendship, with Max constantly stimulating Emily's intellectual curiosity and encouraging her to read and study all sorts of things. Unfortunately, in a small town, their relationship starts to raise eyebrows and exposes them to scandal. Eventually Max is forced to leave Emily, and she goes back to her family where a dull life awaits her.

  The main interest of the novel lies in the vividness of the psychological portraits of the characters, and how the dynamics of their relationships move the plot. Of all the characters, I found Lilian, the grandmother, to be the most interesting, with her selfish, confrontational, malicious, wicked and hateful nature which can only be entertained by snooping into other peoples' lives to ruin their happiness. Her personality is even further emphasized by Harrower's stylish prose, which goes to a great length of detail to describe characters' emotions and reactions.

   The Long Prospect is a dark book that will appeal to readers who enjoy an atmosphere of psychological violence behind closed doors.

dimanche 19 juillet 2015

Discovering Australian literature: The Long Prospect, by Elizabeth Harrower


   I was in Sydney on a business trip last week, enjoying the mildness of the Australian winter. Although I was in meetings throughout most of the week, I did find the time to take a walk along Circular Quay to explore the Writers' Walk, a series of metal plaques embedded in the walkway of Sydney Harbour to celebrate the local and visiting writers who contributed to the history and greatness of Australian literature (http://goaustralia.about.com/od/cultureandthearts/ig/Sydney-Writers-Walk/)

   The name of Elizabeth Harrower is not among the 47 writers whose names appear on Writers' walk. Yet, she is considered by many as a classic Australian author, and the New Yorker recently featured a laudatory article to introduce its readers to one of her previously unpublished novels (http://www.newyorker.com/magazine/2014/10/20/time-lies). I have chosen The Long Prospect to being exploring her works and will be reading it by the swimming pool under the sun of southern France during my holiday.

dimanche 21 juin 2015

Un ouvrage d'économie accessible et pertinent: 10 idées qui coulent la France (David Thesmar et Augustin Landier)


    
   Après une série de  choix malheureux en littérature anglaise (voir mes derniers billets sur ce blog), j'ai eu envie de lire un livre différent, sans trop savoir lequel. C'est en assistant à une conférence donnée par David Thesmar que je l'ai trouvé. L'auteur, professeur de finance et d'économie à HEC, est venu à Londres la semaine dernière pour y donner une présentation dialectique sur les inégalités dans le monde, en s'appuyant sur les travaux de Thomas Piketty, l'auteur du désormais célèbre Capital au XXIème siècle, et de ses contradicteurs de l'école de Cambridge (Massachusetts). Dans les salons du Caledonian club, à Belgravia, un quartier qui selon Wikipedia "est souvent considéré comme le plus riche de la ville, le prix moyen d'une grande maison y dépassant souvent 15 millions de livres", le débat sur les solutions aux inégalités dans le monde prenait une saveur particulière, et il m'a vivement intéressé.

   De retour chez moi, j'ai consulté les ouvrages de David Thesmar sur Internet, et acheté celui qu'il a co-écrit avec son collègue économiste Augustin Landier, 10 idées qui coulent la France (Flammarion, 2013). Dans ce petit livre d'environ 150 pages, les deux auteurs examinent successivement dix idées reçues qui empoisonnent le débat public en France et empêchent selon eux le pays de progresser: "Pour sauver l'emploi, il faut sauver l'industrie", "Il nous faut un Etat stratège", "La concurrence est néfaste", "Les marchés, c'est la dictature du court terme", "La solution à la crise, c'est plus d'Europe", etc.  A chaque fois, ils emploient leur rigueur intellectuelle d'économistes pour démonter, faits et chiffres à l'appui, les clichés qui dominent le débat politique.

    La plupart du temps, Thesmar et Landier sont très convaincants, notamment dans le premier chapitre consacré à la place à accorder à l'industrie dans l'économie. En réponse aux rodomontades médiatiques des champions de la réindustrialisation du pays à travers un ministère du Redressement productif chargé de défendre de manière volontariste le Made in France pour préserver l'emploi, ils démontrent que les services sont le véritable moteur de la croissance dans des pays comme la France ou la Grande-Bretagne, et constituent le premier gisement d'emplois par leur caractère difficilement délocalisable, qu'il s'agisse des services intellectuels à forte valeur ajoutée comme les nouvelles technologies, ou des emplois moins qualifiés comme dans la restauration, le tourisme ou les services à la personne. Par contraste, les emplois faiblement qualifiés dans l'industrie manufacturière sont selon eux voués à être soit déportés vers des pays à faible coûts salariaux, soit automatisés et supprimés.

    Les deux économistes sont également pertinents dans le chapitre consacré à la concurrence. Ils y expliquent comment les réglementations et subventions qui entravent la concurrence au nom de la préservation de l'emploi visent en fait principalement à maintenir les marges de quelques producteurs en empêchant des baisses de prix. Ce faisant, elles agissent comme une taxe supplémentaire prélevée sur les consommateurs, à cette différence près avec les impôts traditionnels que son produit n'est pas reversé à la collectivité, mais à un petit groupe de bénéficiaires très habiles à faire valoir leurs intérêts auprès des hommes politiques.

   En revanche, j'ai trouvé les derniers chapitres consacrés à l'Europe et à la gouvernance mondiale moins pertinents. Les auteurs y dénoncent à juste titre une attitude française davantage guidée par le lyrisme idéologique que par l'analyse rationnelle et pragmatique . Mais ils plaident également pour une Europe minimale, envisagée dans le livre essentiellement à travers la question de la dette et du système bancaire européen, alors même que le problème principal de l'Europe est d'être une union inachevée capable d'assurer la libre  circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, mais entre des Etats membres qui restent encore très différents par leurs politiques économiques, fiscales ou sociales.

Que vous soyez d'accord avec ses thèses ou non, je vous encourage à lire 10 idées qui coulent la France, c'est un ouvrage d'économie accessible et qui apporte une contribution utile au débat politique français. 

dimanche 7 juin 2015

I could not finish An Insular Possession either...


   I spent the last three weeks trying to get into An Insular Possession, Timothy Mo's novel about the 1839-1842 Opium war, a conflict between Britain and China which originated from diplomatic tensions caused by the trade of opium in Canton and Macau. Yet, despite all my efforts, I could not get into the book, and I dropped off after just three hundred pages, not even halfway through… Historical fiction is one of my favorite literary genres, and I was initially more than eager to immerse myself into this story of two Americans working for one of the trading houses who participated in the opium business. The first chapter looked promising, with its beautiful and picturesque description of the Pearl river as a symbolic highway of history, life and commerce.  Yet, after a few pages, I felt annoyed by the absence of a plot. I kept on turning the pages, but what I was reading looked more like a loose collection of events rather than a constructed narrative with a sense of progression.  I was also annoyed by interruptions from the long, stern, tangled and pompous articles from The Canton Monitor, a pro-British newspaper which the author uses as a means to convey a sense of the bias and tension between the British and Chinese communities. In the end, after I realized how much I disliked reading it, the book simply fell from my hands.

   In this review of Timothy Mo's book in the New York Times, Robin W. Winks draws upon an essay from the newspaper founded by the two American characters of the novel to explain the differences between the Western and the Chinese novel: whereas a Western novel moves by virtue of its plot, ''a veritable engine which advances the tale along its rails to a firm destination, […] the native novel ... moves in a path which is altogether circular,'' being made up of separate episodes joined only by the loosest threads. Maybe I am just too much of a Western reader to fully appreciate Timothy Mo's writing.

dimanche 10 mai 2015

Une nouvelle politique : Karnak Café, de l'écrivain égyptien Naguib Mahfouz


   "La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses propres enfants." C'est par ce mot que le Conventionnel girondin Pierre Victurnien Vergniaud résumait la mécanique impitoyable de la Révolution française. Bien des années plus tard, l'écrivain égyptien Naguib Mahfouz nous en fait sentir la triste pertinence dans Karnak Café, nouvelle dans laquelle il raconte le dévoiement de la révolution nassérienne  et les espoirs déçus du socialisme arabe.

   Au Caire, au milieu des années soixante, un narrateur anonyme découvre le café cairote Al Karnak. Dans ce lieu de vie animé par Qurunfula, une ancienne danseuse vedette à la beauté encore vive malgré le passage du temps, une clientèle d'habitués se retrouve chaque jour pour discuter de l'état de la société égyptienne et se réjouir des bienfaits de la révolution qui vit en 1952 le renversement du roi Farouk et le début des réformes agraires du Président Nasser. Parmi eux, trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab, se montrent particulièrement actifs, et défendent avec enthousiasme  les premières réalisations de l'Etat socialiste égyptien. Le premier est l'amant de Qurunfula, et les deux autres s'aiment tendrement depuis l'enfance. A eux trois ils incarnent l'optimisme qui règne au café Al Karnak.

   Un jour, les trois étudiants cessent brutalement de fréquenter le café. Inquiets, Qurunfula et le narrateur s'interrogent sur les raisons de cette disparition. Quelques semaines plus tard, les trois jeunes gens font leur retour, mais ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Efflanqués et amincis, ils poursuivent leurs conversations, mais la flamme qui les animait a perdu de son intensité. Arrêtés par la police politique qui les soupçonnait d'appartenir au mouvement des Frères musulmans, ils ont connu la torture dans les geôles égyptiennes, au nom de la protection de la révolution et du socialisme. Bientôt, le café sombre dans le silence, la tristesse et la mélancolie, et les liens amoureux se desserrent dans l'angoisse et la peur.

   A travers les événements qui se déroulent dans ce café devenu le condensé de la société égyptienne, Naguib Mahfouz nous conte l'histoire tragique de l'Egypte au vingtième siècle. Débarrassé de l'obscurantisme monarchique et de l'influence coloniale britannique, le pays semblait promis à un bel avenir humaniste, avant de sombrer dans la corruption et la servitude:  « Malgré ses digressions, il se développait, s’affirmait, gagnait en puissance et en influence, produisait toutes sortes de choses, des aiguilles aux missiles, et avançait à grands pas vers un bel humanisme. Pourquoi alors l’homme y avait-il perdu toute valeur, réduit à la plus abjecte insignifiance, pourquoi y était-il privé de droits, de respect, de tout soutien, pourquoi ployait-il sous le joug de la lâcheté, de l’hypocrisie et de la solitude ? » Le coup de grâce viendra d'Israël, avec la cuisante défaite que subit l'armée égyptienne lors de la guerre des Six jours en juin 1967: "Finalement, le 5 juin 1967 fut une défaite pour un peuple égyptien et une victoire pour un autre. Elle déchira le voile qui masquait l'implacable réalité, et marqua le début d'une guerre de longue haleine qui n'opposerait pas seulement les Arabes à Israël, mais aussi les Arabes à eux-mêmes.", écrit avec philosophie le narrateur de Karnak Café. Le rêve d'unité et de fraternité du socialisme panarabe a vécu, et les espoirs qu'il portait sont brisés.

   Le récit s'achève malgré tout sur une note d'optimisme : là où les  espérances politiques ont échoué, l'amour peut réussir. Et finalement, c'est de la passion naissante entre Qurunfula et un nouvel arrivant que viendra le salut du Café Karnak, et un jour, peut-être, de la société égyptienne.


dimanche 26 avril 2015

I could not finish The Luminaries...



  This week-end, I tried one more time to finish The Luminaries. The winner of the Man Booker Prize in 2013, Eleanor Catton's  novel has received wide  acclaim for its sophisticated narrative, its  richly evoking descriptions and its beautiful writing. I must admit that I was initially delighted by its Victorian style and the promises that I could sense in the book. Yet, after a while, I was ploughing through the plot with increased difficulty, and in the end I just dropped it after 400 pages. I just was not interested in this murder mystery story set in New Zealand during the 19th-century gold rush, and I completely missed the meaning of the astrological symbolism that underpins its narrative structure. I still think it's a good book, and it probably deserves its praise. But it's just not for me. 

dimanche 19 avril 2015

Burmese days - The novel that turned George Orwell into a writer with a political and social conscience



"I wanted to write enormous naturalistic novels with unhappy endings, full of detailed descriptions and arresting similes, and also full of purple passages in which my words were used partly for the sake of their sound." This is how George Orwell summarized the literary project of Burmese days, his first novel published in 1934. Although it is not enormous, at least not in length (just 300 pages in the Penguin Modern Classics edition), it is indeed a naturalistic novel full of ornate descriptions and literary devices, and a milestone in his literary career.
   Drawing upon Orwell's memories and personal experience as a police officer in the British Imperial Police force in northern Burma between 1922 and 1927, the novel tells the sad story of Flory, an Englishman who left his country at the age of nineteen to pursue a career as a timber merchant in the British colonial empire. In his twenties, Flory enjoyed the freedom of a bachelor life of hunting, drunking and whoring in Rangoon and the jungles of Mandalay, but when his youth vanished, life in the tropical heat left its mark on him, and he eventually ended up living in alienation, loneliness and boredom in the town of Kyauktada in northern Burma. At the beginning of the novel, Flory is in his mid-thirties, and he spends his days in the jungle for his trade, and his evenings at the local all-white  club with a local community of British colonial civil servants and timber merchants who kill time drinking gin and constantly rambling contemptuously about the "natives".
    In this remote town, Flory's only true friend is Dr Veraswamy, an Indian doctor who strongly admires the British for the civilization and progress which they have brought to Burma.  When Dr Veraswamy is threatened by U Po Kyin, a powerful but evil and corrupt local magistrate, he seeks Flory's help to join the British Club, the only way for him to protect his reputation and preserve his position at the local hospital. Flory further finds himself drawn into local politics with the arrival of beautiful Elizabeth Lackersteen, a young English woman who came to Burma after her mother's death to join her family and find a husband who will provide her with the social status which she aspires to. Despite their differences in personality, Flory falls in love with her, and he soon becomes obsessed with the idea of marrying her to escape the loneliness and oppression of life in the colonies.
    Burmese days is most often praised for its harsh and grim depiction of British colonial rule as a system dominated by drunken, racist and degenerate British civil servants exercising brutal dominion over the natives with the support of a corrupt local elite. This is reflected in the first few chapters of the book in the discussion between Dr Veraswamy and Flory, with Veraswamy's positive and candid views of British influence as a civilizing factor being opposed by Flory's description of brutal economic exploitation and political oppression which grinds both the natives and the colonialists. Flory's point of view is further expanded by the narrator in this remarkable section: "It is a stifling, stultifying world in which to live. It is a world in which every word and every thought is censored. In England it is hard even to imagine such an atmosphere. Everyone is free in England; we sell our souls in public and buy them back in private, among our friends. But even friendship can hardly exist when every white man is a cog in the wheels of despotism. Free speech is unthinkable. All other kinds of freedome are permitted. You are free to be a drunkard, an idler, a coward, a backbiter, a fornicator; but you are not free to think for yourself."
   As a reader, what I found most interesting about this book is not so much its depiction of the British Raj as its semi-fictitious nature and  how the writing of this story turned Orwell from a public school boy fresh out of Eton into a talented writer with a social conscience. Indeed, as Emma Larkin quite rightly explains in her introduction, before this experience, George Orwell was pretty much a child of the British Empire, and he enjoyed his status. His father was an opium-tax collector stationed in India, and his mother came from an upper class family. After he left India at the age of two, Orwell grew up in a rather privileged social background a received a proper education in boarding schools. Although he began writing at an early age, it was really his experience as a policeman in the town of Katha in Burma in his early twenties that shaped his political and social conscience, and turned him into one of the greatest writers of the twentieth century, the man who would later produce such masterpieces as Animal Farm and Nineteen Eighty-Four.

mardi 31 mars 2015

The founding of Gothic fiction: Horace Walpole's Castle of Otranto

 In November last year, as I walked by the British Library, my eyes were drawn to a large poster advertising an exhibition entitled Terror and Wonder: The Gothic imagination. I first discovered Gothic literature as a teenager when I read French writer Jules Verne's novel The Carpathian casle, and like many other readers, I quickly fell in love with the sublime scenery and the dark mysteries of medieval castles perched atop lonely and perilous mountains that are so frequent in Gothic fiction (and for those of you who might not know it, the Transylvanian castle in Jules Vernes' novel actually served as the model of Dracula's castle in Bram Stoker's novel). Since then, I have read a few other books belonging to this particular genre, and become quite a fan of Gothic, so the poster at the British Library immediately roused my interest.

The exhibition started with The Castle of Otranto, the novel which is generally considered as the precursor of the Gothic literary genre. Originally published in 1764 under the guise of a translation of an old Italian text printed at Naples in 1529, and supposedly discovered in the library of "an ancient Catholic family in the north of England", the novel is set in the Middle Ages and tells the story of Manfred, prince of Otranto. Hoping to avert an ancient prophecy according to which his dynasty would come to an end, Manfred plans to marry his son Conrad, heir to the house of Otranto, to Isabel, the daughter of the marquis of Vicenza. However, on the day of the wedding, his son is mysteriously crushed to death beneath a gigantic helmet adorned with black feathers. The vile , cruel and scheming Manfred accuses a young peasant of having murdered his son, and he determines to divorce his current wife Hippolita and marry his son's bride himself to perpetuate his bloodline. This unnatural union is cursed, and soon a series of supernatural omens threaten the doomed marriage…

I enjoyed reading this eigtheenth-century classic because it helped me understand the origin of the tropes of Gothic fiction: the settings, which usually include ancient medieval castles or houses standing in a remote and desolate landscape with an uncanny and supernatural feeling;  the characters, which typically involve  a confrontation between a vulnerable virgin and an obscene, aristocratic patriarchal figure full of lust; and finally the dominant theme of a male sexual desire perceived as overwhelming and threatening, from which the heroin must flee to save her life, and which ultimately destabilizes the world order and causes a tragedy that was announced by disruptive supernatural forces from the afterlife.

The exhibition at the British Library quite rightly established and described the filiation between The Castle of Otranto and other works of literary fiction (Count Dracula and Dr Frankenstein's creature, in a way, are but later incarnations of Manfred), but also other types of media in contemporary popular culture, such as the more recent Twilight and The Walking Dead movies and TV shows. Without consciously knowing it, quite a few of us are actually indirectly readers of Horace Walpole's classic novel.

dimanche 1 mars 2015

A Feast for Crows : Cersei sera toujours ma favorite

   Dans quelques semaines va débuter la diffusion de la saison 5 de la série Game of Thrones. Je ne sais pas encore si je vais la regarder, mais ne souhaitant pas découvrir la suite en lisant les journaux, je me suis préparé en lisant A Feast for Crows, le quatrième tome de la saga de George RR Martin.  Si j'ai toujours plaisir à retrouver l'univers de Westeros et ses jeux de pouvoir sanglants, j'avoue que je j'ai parfois un peu du mal à suivre les personnages et les différentes familles auxquelles ils appartiennent. Ils sont si nombreux ! Heureusement, il reste mon personnage favori, la reine Cersei, plus vipérine et médisante que jamais, brillante de colère, de cynisme et de cruauté.


samedi 14 février 2015

Moi qui ai servi le roi d'Angleterre - film de Jiří Menzel


  A ceux d'entre vous qui apprécient l'œuvre de Bohumil Hrabal, je signale que certains de ses livres ont été adaptés au cinéma par le réalisateur tchèque Jiří Menzel. C'est le cas notamment de Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, dont vous pouvez découvrir la bande annonce ici :

samedi 31 janvier 2015

Un roman brillant et absurde: Moi qui ai servi le roi d'Angleterre (Bohumil Hrabal)


   Voilà longtemps que je n'ai rien publié sur ce blog. Accaparé par diverses obligations, je n'ai guère trouvé le loisir d'écrire en janvier. Malgré tout, j'ai lu ce mois-ci quelques livres passionnants, à commencer par Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, de Bohumil Hrabal. Dans ce roman publié sous le manteau dans les années soixante-dix, l'écrivain tchèque raconte l'ascension et la chute d'un garçon de café. Son histoire débute à Prague dans les années vingt, le jour où le narrateur encore adolescent est embauché comme groom à l'hôtel "A la Ville dorée de Prague".  Doté d'un remarquable sens de l'observation, il apprend très vite son métier et progresse rapidement. Bientôt, il s'enrichit en vendant des saucisses sur les quais de la gare, escroquant parfois au passage des clients trop pressés pour attendre leur monnaie avant de prendre le train. Un jour, le jeune garçon de café apprend l'existence de l'Eden, un célèbre bordel situé de l'autre côté de la ville. Poussé par la curiosité, il entreprend d'économiser chaque jour l'argent gagné grâce à la vente de saucisses pour faire sa première sortie chez les filles de l'Eden. Il y passe une nuit mémorable avec une prostituée nommée Jarmilka. Marqué par cette expérience, il sera désormais obsédé par l'idée de mener la vie de grand seigneur : "Dès le lendemain, je regardais le monde sous un angle différent, l'argent m'avait ouvert les portes non seulement de l'Eden, mais aussi de la considération."  Le modeste petit groom se transforme en arriviste candide et amoral, guidé seulement par sa cupidité, ses désirs sexuels et sa soif de reconnaissance sociale. Il poursuit son ascension au sein de différents établissements dont le célèbre Hôtel de Paris, où il devient l'élève d'un maître d'hôtel qui a servi sous le roi d'Angleterre. Le disciple finira par surpasser le maître, et il sera récompensé par l'Empereur d'Ethiopie en personne au cours d'un banquet gargantuesque. A la veille de la guerre, le petit groom parvenu fréquente Lisa, une Allemande aryenne originaire des Sudètes. Inspiré davantage  par son arrivisme et ses appétits sexuels plutôt que par de quelconques convictions politiques , il l'épouse au son du Horst Wessel Lied (l'hymne nazi) devant un public de dignitaires du Reich. Durant la guerre, les jeunes mariés s'enrichissent en mettant la main sur des timbres de collection pillés chez des juifs, mais leur bonheur conjugal prend fin le jour où Lisa finit décapitée dans un bombardement. Sans regrets, le narrateur abandonne le cadavre de son épouse derrière lui, ainsi que l'enfant débile né de leur union, et rejoint opportunément la Résistance tchèque à Prague dans les derniers mois de la guerre. A la Libération, il fonde son propre hôtel et mène durant quelques années une vie prospère. A l'arrivée au pouvoir des communistes, il se dénonce volontairement auprès des autorités et se fait interner dans un camp pour millionnaires. Paradoxalement, cet emprisonnement marque l'apogée de sa carrière et la reconnaissance tant attendue de son statut de personnage riche et important. Désormais parvenu à ses fins, il termine sa vie en exil comme cantonnier à Srni, dans le sud de la Bohême, à entretenir une route perdue au milieu des sapins.

   A ce stade, vous êtes sans doute songeurs devant l'absurdité et l'étrangeté de ce récit. Il faut dire que le roman de Hrabal est assez déconcertant, et il laissera plus d'un lecteur perplexe. Pour l'apprécier pleinement, je vous invite à en savourer l'humour féroce, car Moi qui ai servi le roi d'Angleterre est avant tout le récit tragi-comique  des aventures picaresques d'un arriviste amoral embarqué dans les tourments de l'histoire. Le roman est remarquable par son comique absurde et burlesque, brillant dans des scènes de banquets gargantuesques comme celle où les cuisiniers de l'Empereur d'Ethiopie embrochent un chameau dans lequel ils glissent deux antilopes remplies de dindons farcis. Ou bien encore dans le spectacle hallucinant de ce centre de reproduction de la race aryenne d'Eiger, sorte de baisodrome dans lequel les meilleurs soldats de l'armée hitlérienne viennent s'accoupler avec des jeunes femmes blondes sélectionnées pour leurs qualités de génitrices. Dans ces scènes extraordinaires, le roman renoue avec la veine satirique de la littérature tchèque , et l'anarchisme joyeusement amoral du narrateur de Moi qui ai servi le roi d'Angleterre  rejoint alors l'irrévérence et le je m'en foutisme du Soldat Chveïk.  Dans le roman de Hrabal, cette verve comique est servie par une construction narrative originale sous la forme d'un dialogue  composé de longues phrases enchaînées les unes après les autres et à peine séparées par une simple virgule, dans un style oral qui n'est pas sans rappeler celui d'un Céline dans Mort à crédit.  A la fin, le récit prend un détour philosophique inattendu, alors que son héros désormais assagi finit sa vit en méditant sur son curieux parcours.


   Un roman brillant, jouissif et surprenant à conseiller à tous ceux qui veulent explorer une littérature en dehors des sentiers battus.

dimanche 4 janvier 2015

Projets de lecture pour 2015 : une pile à lire bien fournie !



Bonjour à tous, et bonne année 2015 à tous ! J'espère qu'elle vous apportera tous les succès et plaisirs que vous pouvez espérer, à commencer par de bonnes lectures. Pour ma part, j'ai déjà constitué ma pile à lire pour cette nouvelle année. Voici les livres que j'ai choisis :

Littérature

  • Littérature tchèque : Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, Une trop bruyante solitude et Cours de danse pour adultes et élèves avancés (Bohumil Hrabal, un des plus grands auteurs tchèques du XXème siècle), La maladie blanche et La guerre des salamandres (Karel Capek) ;
  • Littérature française : Mémoires d'outre-tombe (Chateaubriand - parce que j'aime bien relire les classiques; cette année, je délaisse un peu la littérature française contemporaine) ;
  • Littérature anglaise : The Castle of Otranto (Horace Walpole, le roman fondateur de la littérature gothique; je l'ai déjà lu et lui consacrerai un billet très prochainement sur ce blog), Great Expectations (Charles Dickens), The Canterbury Tales (Geoffrey Chaucer, un grand classique de la littérature anglaise, écrit dans la langue du XIVème siècle - pas sûr que je réussirai à le lire dans le texte), The Adventures of Huckleberry Finn (Mark Twain) ;
  • Littérature anglaise contemporaine : The Luminaries (Eleanor Catton), White Teeth (Zadie Smith), Gone Girl (Gillian Flynn), A Feast for Crows ( George R.R. Martin, parce que je ne veux pas regarder la saison 5 de GoT avant d'avoir fini de lire les romans), The Book Thief (Markus Zusak) ;
  • Littérature turque : Le musée de l'innocence (Orhan Pamuk)
  • Littérature rose : Afterburn et Aftershock (Sylvia Day, parce qu'il faut bien un peu de légèreté dans un programme bien chargé) ;
Poésie
  • Poésie classique : Les Fleurs du mal (Baudelaire, parce qu'on ne se lasse pas de le lire) ;
Théâtre
  • Théâtre anglais : Tragédies de Shakespeare, parce que j'ai la chance d'habiter à Londres et que je compte bien aller au théâtre du Globe sur la rive sud cet été ;
Biographies
  • Racine (André Le Gall) et Chateaubriand (Jean-Paul Clément), deux ouvrages de référence ; j'ai déjà rencontré Jean-Paul Clément à un salon du livre il y a une dizaine d'années, et il m'a donné envie de découvrir son livre ; 
Guides, récits de voyage et anthologies littéraires
  • Livres sur Londres : London, a literary anthology, Guide Voir Londres, Walking literary London (pour poursuivre mes vagabondages littéraires dans Londres), London a novel (une histoire romancée de la ville de Londres par Edward Rutherford);
  • Guides de voyage : Great Britain et Croatia (Eyewitness travel guide) parce que j'ai aussi plein de projets de voyages et d'escapades en 2015 ; 
Livres d'histoire et essais
  • Histoire de France : Histoire de la France (Georges Duby, une référence) ;
  • Histoire d'Italie : Histoire de l'Italie (Pierre Milza, là encore, une référence - vous noterez la similitude entre les deux titres) ; 
  • Histoire locale : Vivre à Bordeaux sous l'Ancien Régime (Paul Butel) et Avon (Camille Vayer, curé d'Avon), parce que ces deux villes sont chères à mon coeur ;
  • Histoire du XXème siècle en trois tomes ; 
  • Rome et nous (Pierre Grimal);
  • Essais : Russie, peuples et civilisations sous la direction de Marc Ferro, et Mondialisation, les nouveaux défis d'une histoire ancienne (Jean Mathieix).
Philosophie
  • Du pouvoir (Bertrand de Jouvenel - je crois qu'il figurait déjà sur ma liste les années précédentes...) ;
Livres de cuisine
  • Le Larousse des cocktails et Le vin, petit traité de dégustation (Jacques Vivet)
  • Oui, je sais, ce ne sont pas vraiment des livres de cuisine, mais je suis un piètre cuisinier et je préfère déguster des cocktails et des bons vins.
Méthodes de langue
  • Méthode Assimil - Le tchèque sans peine, parce qu'il n'est jamais trop tard pour se mettre vraiment au tchèque ; 
  • Méthode Assimil - le latin, parce que j'aime bien le latin, tout simplement ! Et puis, j'ai très envie d'aller écouter la messe en latin au Brompton Oratory à South Kensington :).
Ouvrages de gestion
  • Google Analytics in 10 minutes et Million Dollar Websites (Rebecca Murtagh) parce que ça sert quand on travaille dans l'Internet.
Voilà, tout cela me fait une pile à lire très fournie. De quoi bien remplir mon année 2015 !