samedi 31 janvier 2015

Un roman brillant et absurde: Moi qui ai servi le roi d'Angleterre (Bohumil Hrabal)


   Voilà longtemps que je n'ai rien publié sur ce blog. Accaparé par diverses obligations, je n'ai guère trouvé le loisir d'écrire en janvier. Malgré tout, j'ai lu ce mois-ci quelques livres passionnants, à commencer par Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, de Bohumil Hrabal. Dans ce roman publié sous le manteau dans les années soixante-dix, l'écrivain tchèque raconte l'ascension et la chute d'un garçon de café. Son histoire débute à Prague dans les années vingt, le jour où le narrateur encore adolescent est embauché comme groom à l'hôtel "A la Ville dorée de Prague".  Doté d'un remarquable sens de l'observation, il apprend très vite son métier et progresse rapidement. Bientôt, il s'enrichit en vendant des saucisses sur les quais de la gare, escroquant parfois au passage des clients trop pressés pour attendre leur monnaie avant de prendre le train. Un jour, le jeune garçon de café apprend l'existence de l'Eden, un célèbre bordel situé de l'autre côté de la ville. Poussé par la curiosité, il entreprend d'économiser chaque jour l'argent gagné grâce à la vente de saucisses pour faire sa première sortie chez les filles de l'Eden. Il y passe une nuit mémorable avec une prostituée nommée Jarmilka. Marqué par cette expérience, il sera désormais obsédé par l'idée de mener la vie de grand seigneur : "Dès le lendemain, je regardais le monde sous un angle différent, l'argent m'avait ouvert les portes non seulement de l'Eden, mais aussi de la considération."  Le modeste petit groom se transforme en arriviste candide et amoral, guidé seulement par sa cupidité, ses désirs sexuels et sa soif de reconnaissance sociale. Il poursuit son ascension au sein de différents établissements dont le célèbre Hôtel de Paris, où il devient l'élève d'un maître d'hôtel qui a servi sous le roi d'Angleterre. Le disciple finira par surpasser le maître, et il sera récompensé par l'Empereur d'Ethiopie en personne au cours d'un banquet gargantuesque. A la veille de la guerre, le petit groom parvenu fréquente Lisa, une Allemande aryenne originaire des Sudètes. Inspiré davantage  par son arrivisme et ses appétits sexuels plutôt que par de quelconques convictions politiques , il l'épouse au son du Horst Wessel Lied (l'hymne nazi) devant un public de dignitaires du Reich. Durant la guerre, les jeunes mariés s'enrichissent en mettant la main sur des timbres de collection pillés chez des juifs, mais leur bonheur conjugal prend fin le jour où Lisa finit décapitée dans un bombardement. Sans regrets, le narrateur abandonne le cadavre de son épouse derrière lui, ainsi que l'enfant débile né de leur union, et rejoint opportunément la Résistance tchèque à Prague dans les derniers mois de la guerre. A la Libération, il fonde son propre hôtel et mène durant quelques années une vie prospère. A l'arrivée au pouvoir des communistes, il se dénonce volontairement auprès des autorités et se fait interner dans un camp pour millionnaires. Paradoxalement, cet emprisonnement marque l'apogée de sa carrière et la reconnaissance tant attendue de son statut de personnage riche et important. Désormais parvenu à ses fins, il termine sa vie en exil comme cantonnier à Srni, dans le sud de la Bohême, à entretenir une route perdue au milieu des sapins.

   A ce stade, vous êtes sans doute songeurs devant l'absurdité et l'étrangeté de ce récit. Il faut dire que le roman de Hrabal est assez déconcertant, et il laissera plus d'un lecteur perplexe. Pour l'apprécier pleinement, je vous invite à en savourer l'humour féroce, car Moi qui ai servi le roi d'Angleterre est avant tout le récit tragi-comique  des aventures picaresques d'un arriviste amoral embarqué dans les tourments de l'histoire. Le roman est remarquable par son comique absurde et burlesque, brillant dans des scènes de banquets gargantuesques comme celle où les cuisiniers de l'Empereur d'Ethiopie embrochent un chameau dans lequel ils glissent deux antilopes remplies de dindons farcis. Ou bien encore dans le spectacle hallucinant de ce centre de reproduction de la race aryenne d'Eiger, sorte de baisodrome dans lequel les meilleurs soldats de l'armée hitlérienne viennent s'accoupler avec des jeunes femmes blondes sélectionnées pour leurs qualités de génitrices. Dans ces scènes extraordinaires, le roman renoue avec la veine satirique de la littérature tchèque , et l'anarchisme joyeusement amoral du narrateur de Moi qui ai servi le roi d'Angleterre  rejoint alors l'irrévérence et le je m'en foutisme du Soldat Chveïk.  Dans le roman de Hrabal, cette verve comique est servie par une construction narrative originale sous la forme d'un dialogue  composé de longues phrases enchaînées les unes après les autres et à peine séparées par une simple virgule, dans un style oral qui n'est pas sans rappeler celui d'un Céline dans Mort à crédit.  A la fin, le récit prend un détour philosophique inattendu, alors que son héros désormais assagi finit sa vit en méditant sur son curieux parcours.


   Un roman brillant, jouissif et surprenant à conseiller à tous ceux qui veulent explorer une littérature en dehors des sentiers battus.

dimanche 4 janvier 2015

Projets de lecture pour 2015 : une pile à lire bien fournie !



Bonjour à tous, et bonne année 2015 à tous ! J'espère qu'elle vous apportera tous les succès et plaisirs que vous pouvez espérer, à commencer par de bonnes lectures. Pour ma part, j'ai déjà constitué ma pile à lire pour cette nouvelle année. Voici les livres que j'ai choisis :

Littérature

  • Littérature tchèque : Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, Une trop bruyante solitude et Cours de danse pour adultes et élèves avancés (Bohumil Hrabal, un des plus grands auteurs tchèques du XXème siècle), La maladie blanche et La guerre des salamandres (Karel Capek) ;
  • Littérature française : Mémoires d'outre-tombe (Chateaubriand - parce que j'aime bien relire les classiques; cette année, je délaisse un peu la littérature française contemporaine) ;
  • Littérature anglaise : The Castle of Otranto (Horace Walpole, le roman fondateur de la littérature gothique; je l'ai déjà lu et lui consacrerai un billet très prochainement sur ce blog), Great Expectations (Charles Dickens), The Canterbury Tales (Geoffrey Chaucer, un grand classique de la littérature anglaise, écrit dans la langue du XIVème siècle - pas sûr que je réussirai à le lire dans le texte), The Adventures of Huckleberry Finn (Mark Twain) ;
  • Littérature anglaise contemporaine : The Luminaries (Eleanor Catton), White Teeth (Zadie Smith), Gone Girl (Gillian Flynn), A Feast for Crows ( George R.R. Martin, parce que je ne veux pas regarder la saison 5 de GoT avant d'avoir fini de lire les romans), The Book Thief (Markus Zusak) ;
  • Littérature turque : Le musée de l'innocence (Orhan Pamuk)
  • Littérature rose : Afterburn et Aftershock (Sylvia Day, parce qu'il faut bien un peu de légèreté dans un programme bien chargé) ;
Poésie
  • Poésie classique : Les Fleurs du mal (Baudelaire, parce qu'on ne se lasse pas de le lire) ;
Théâtre
  • Théâtre anglais : Tragédies de Shakespeare, parce que j'ai la chance d'habiter à Londres et que je compte bien aller au théâtre du Globe sur la rive sud cet été ;
Biographies
  • Racine (André Le Gall) et Chateaubriand (Jean-Paul Clément), deux ouvrages de référence ; j'ai déjà rencontré Jean-Paul Clément à un salon du livre il y a une dizaine d'années, et il m'a donné envie de découvrir son livre ; 
Guides, récits de voyage et anthologies littéraires
  • Livres sur Londres : London, a literary anthology, Guide Voir Londres, Walking literary London (pour poursuivre mes vagabondages littéraires dans Londres), London a novel (une histoire romancée de la ville de Londres par Edward Rutherford);
  • Guides de voyage : Great Britain et Croatia (Eyewitness travel guide) parce que j'ai aussi plein de projets de voyages et d'escapades en 2015 ; 
Livres d'histoire et essais
  • Histoire de France : Histoire de la France (Georges Duby, une référence) ;
  • Histoire d'Italie : Histoire de l'Italie (Pierre Milza, là encore, une référence - vous noterez la similitude entre les deux titres) ; 
  • Histoire locale : Vivre à Bordeaux sous l'Ancien Régime (Paul Butel) et Avon (Camille Vayer, curé d'Avon), parce que ces deux villes sont chères à mon coeur ;
  • Histoire du XXème siècle en trois tomes ; 
  • Rome et nous (Pierre Grimal);
  • Essais : Russie, peuples et civilisations sous la direction de Marc Ferro, et Mondialisation, les nouveaux défis d'une histoire ancienne (Jean Mathieix).
Philosophie
  • Du pouvoir (Bertrand de Jouvenel - je crois qu'il figurait déjà sur ma liste les années précédentes...) ;
Livres de cuisine
  • Le Larousse des cocktails et Le vin, petit traité de dégustation (Jacques Vivet)
  • Oui, je sais, ce ne sont pas vraiment des livres de cuisine, mais je suis un piètre cuisinier et je préfère déguster des cocktails et des bons vins.
Méthodes de langue
  • Méthode Assimil - Le tchèque sans peine, parce qu'il n'est jamais trop tard pour se mettre vraiment au tchèque ; 
  • Méthode Assimil - le latin, parce que j'aime bien le latin, tout simplement ! Et puis, j'ai très envie d'aller écouter la messe en latin au Brompton Oratory à South Kensington :).
Ouvrages de gestion
  • Google Analytics in 10 minutes et Million Dollar Websites (Rebecca Murtagh) parce que ça sert quand on travaille dans l'Internet.
Voilà, tout cela me fait une pile à lire très fournie. De quoi bien remplir mon année 2015 !