dimanche 29 mai 2016

A London novel: Edward Rutherfurd's London


  

  Last week, I read an article in the London Evening  Standard that made me smile. It began like this: 'London is the most dynamic city in the world today. In the twenty first century, it has become the most powerful, the most dynamic, the most culturally focused city-state on earth. No other cities come close. Not New York. Not Paris. Not Shanghai. Not Hong Kong. London is already the one true global metropolis, the one true cocksure  city-state.' The rest of the article went on like this, a delightfullly chauvinistic ode to London. Yet, putting chauvinism aside, the article does capture some of the essence of London, a bustling, thriving and vibrant city that  keeps on expanding. This identity forms the  core subject of Edward Rutherfurd's novel, London, which I just finished reading after several weeks. In this ambitious book, Rutherfurd tells the story of London throughout the ages by following the birth, life, and death of over a hundred fictional characters who have collectively incarnated the history of the city, from its early days as a Celtic settlement by the Thames river to modern times, including the  Roman conquest, the Saxon times, William the Conqueror, Henry VIII, the Globe theatre, the Puritans, the plague, the Great Fire, the Regency, the Industrial Revolution, the First World War and the Blitz, to name but a few episodes. These events are told through dedicated chapters in which characters from half a dozen families live their lives of passion, greed, ambition, and lust in the great city.

   Despite its length (over 1,200 pages), the book is an easy read and will appeal to anyone interested in the history of London and England. Effectively, reading this book feels like a walk in the museum of London: in a narrative that flows smoothly, you hear about the daily lives and fortunes of the generations of inhabitants that have shaped London. The most demanding of us may argue that the prose is rather plain, but obviously the  author's goal with this book was not to write a literary masterpiece, but rather to entertain his readers in an instructive way, and he achieved that quite successfully. 

samedi 7 mai 2016

Existera-t-il un jour un Sadiq Khan en France ? Oui, si la France sait rester fidèle à ses valeurs républicaines d'égalité et de fraternité.



     Hier soir a été annoncé le nom du nouveau maire de Londres : Sadiq Khan, un musulman d'origine pakistanaise, fils d'un modeste conducteur de bus ayant grandi dans un HLM à Tooting, au sud de Londres. Dans un pays où la vie politique est dominée par des aristocrates et des fils de millionnaires passés par Eton, Cambridge et Oxford, cette nouvelle constitue un symbole fort, et elle a été saluée par l'ensemble des médias des deux côtés de la Manche. Pour les Français, c'est aussi l'occasion de s'interroger : existera-t-il un Sadiq Khan un jour en France, pays où l'Islam est perçu comme une menace ? C'est la question que pose l'écrivain Tahar Ben Jelloun dans Le Point d'aujourd'hui, en rappelant comment Michel Houellebecq a légitimé la peur de l'Islam en mettant en scène dans son roman dystopique Soumission le fantasme d'une France cauchemardesque dirigée par un Président de la République musulman. 

   Selon moi, ce n'est pas là que réside la différence entre la France et la Grande-Bretagne. En effet, la peur de l'Islam est aussi présente de ce côté de la Manche, et ce chiffon rouge d'ailleurs été largement agité par le candidat conservateur Zac Goldsmith dans la course à la Mairie de Londres. Dans un détestable amalgame, il n'a pas hésité à associer son adversaire travailliste et musulman aux milieux terroristes. L'immigration est aussi une source d'inquiétude très présente dans le débat sur le référendum du Brexit au Royaume-Uni, comme il l'est en France à chaque élection présidentielle.  En réalité, la différence entre les deux pays se situe dans leur capacité à assumer et accepter l'idée d'une identité nationale multiple. En marchant dans les rues de Londres, il n'est pas rare d'entendre toutes sortes de langues et de voir toutes les couleurs de peau, et ce métissage fait partie de l'identité collective. En France, sous l'influence idéologique du Front National et d'une partie de la droite, l'identité nationale est souvent définie de manière exclusive et restrictive, comme une mono-identité. C'est l'idée selon laquelle il existe des Français dits "de souche" et d'autres d'origine étrangère, à qui il faut demander d'abandonner leurs coutumes et d'"aimer la France ou de la quitter". Pourtant, cette vision exclusive et restrictive de l'identité française est contraire aux valeurs républicaines. C'est ce que rappelle l'historien François Durpaire dans l'essai sur l'identité française qu'il a publié en janvier 2012, quelques mois avant l'élection présidentielle : "en interdisant aux individus d'assumer leurs appartenances multiples, on les contraint à choisir entre la négation de soi-même et la négation de l'autre. […] Etre Français et Corse, Français et Antillais, Français et Algérien ne compromet pas l'identité collective. La diversité ne rompt pas les liens, elle les enrichit. Elle ne bloque pas le dialogue, elle le nourrit. Sans la diversité des histoires qui la constituent, la France, moins inventive, ne serait plus qu'un long fleuve tranquille. Reconnaître et accepter la pluralité n'affaiblit pas l'adhésion de la nation, c'est au contraire un facteur de renforcement." Au Royaume-Uni, on peut être musulman et d'origine pakistanaise, on n'en est pas moins un citoyen britannique à part entière, et on peut accéder aux plus hautes responsabilités comme l'a fait Sadiq Khan. Cela pourrait arriver en France si notre pays assume son identité collective multiple en restant fidèle à ses valeurs républicaines d'égalité et de fraternité.