dimanche 28 août 2016

La maison de Mallarmé à Vulaines-sur-Seine

Me voici de retour à Londres après un bref week-end en Seine-et-Marne, au pays de Fontainebleau. Ce matin, j'ai profité de la météo estivale pour aller me promener sur les berges à Vulaines-sur-Seine, non loin du pont de Valvins. Dans ce havre de paix baigné par le cours indolent de la Seine se trouve une maison blanche dont la façade est noyée dans le lierre et la verdure. C'est là qu'habitait autrefois le poète symboliste Stéphane Mallarmé.  Il venait y trouver l'inspiration et se détendre en canotant sur la Seine, comme il le raconte dans sa correspondance : 

"Ici, rien de nouveau : je remplis quelques feuilles de papier le matin et glisse en yole ou mouille ma voile au mauvais temps qu'il fait dans l'après-midi… Bref c'est un Valvins de chaque année, dont je rapporterais suffisamment de force et de fraîcheur d'esprit."

Après sa mort en 1898, la maison a été rachetée par sa fille. Elle est aujourd'hui un musée à la mémoire du poète. On peut y découvrir la chambre avec vue sur la rivière depuis laquelle il écrivait, et le jardin dans lequel il se plaisait à descendre chaque matin pour, disait-il, "faire la toilette des fleurs avant la sienne".

Si vous passez à Vulaines-sur-Seine, faites un détour par les berges pour y découvrir la maison de Mallarmé. Elle offre à ses visiteurs une fenêtre intime  sur l'univers et la vie du grand poète symboliste. 







lundi 8 août 2016

Deux textes de Zweig à relire aujourd'hui : les Appels aux Européens

     

    Il y a un peu plus d'un mois, les électeurs britanniques ont fait le choix de quitter l'Union Européenne. La victoire des partisans du Brexit a pris tout le monde par surprise, et elle a suscité une très grande déception chez les défenseurs de l'idée européenne, aussi bien en Grande-Bretagne que sur le continent. Leurs réactions sur les réseaux sociaux ont été nombreuses, le plus souvent pour exprimer colère, amertume et incompréhension. Face à cette défaite de l'esprit européen, certains internautes ont notamment partagé des citations de Stefan Zweig, que j'ai reprises dans mon précédent billet sur ce blog (voir ci-dessous). Poussé par la curiosité, je suis allé redécouvrir les textes originaux dont elles sont tirées.
     Longtemps inédites en français, les deux conférences de Zweig sur l'Europe ont été remises au goût du jour par le germaniste Jacques Le Rider dans une traduction annotée et préfacée parue en 2014 aux éditions Bartillat. La première, intitulée La désintoxication morale de l'Europe, a été publiée en 1932 à l'occasion du congrès sur l'Europe de l'Accademia d'Italia. L'écrivain autrichien y rappelle l'urgence de désintoxiquer l'Europe de l'idéologie nationaliste et impérialiste à l'origine de la première guerre mondiale. Pour cela, l'écrivain formule trois propositions. La première serait d'enseigner une  représentation de l'histoire fondée non pas sur le récit des guerres et des conquêtes militaires, mais sur la célébration des progrès culturels et de la civilisation. La deuxième consisterait à développer un réseau de voyages et d'échanges culturels et universitaires pour que la jeunesse de chaque pays européen apprenne à connaître les langues et les coutumes de ses voisins. Enfin, la troisième et dernière proposition serait de créer une agence supranationale chargée de démentir ou de rectifier toute fausse nouvelle ou accusation publiée dans un pays au sujet d'un autre pays.
   Publiée deux ans plus tard, la seconde conférence de Zweig, L'Unification de l'Europe, représente en quelque sorte l'autre versant de sa pensée. Pour dépasser définitivement les antagonismes nationaux et éliminer à jamais les motifs de conflits, l'écrivain autrichien invite les jeunes générations à travailler à l'unification des Etats européens dans un ensemble supranational. Selon Zweig, cet effort ne doit pas être porté par des débats intellectuels dont la grande majorité de la population n'a que faire, mais par des réalisations matérielles concrètes comme la désignation chaque année d'une capitale européenne chargée d'accueillir tous les congrès professionnels, manifestations culturelles et festivités sportives en Europe.
    En quoi ces textes de Zweig sont-ils d'actualité aujourd'hui? Aux yeux du lecteur contemporain, certaines des idées avancées par l'écrivain paraîtront sans doute naïves ou extravagantes (l'agence supranationale de l'information…). Mais je vois dans ces textes au moins deux enseignements qui restent profondément pertinents aujourd'hui : le premier, c'est que l'unification européenne est faite avant tout pour dépasser les nationalismes et les égoïsmes de chaque pays. Partant de là, il apparaît clairement que l'Europe des nations est un non-sens, une contradiction dans les termes et une négation de l'esprit européen. En effet, les nationalismes comme celui qui s'est exprimé dans le vote britannique constituent une menace pour l'Europe, et ils sont loins d'avoir disparu avec la chute du mur de Berlin. Il a suffi d'un événement comme la crise des migrants pour les raviver et les faire revenir sur le devant de la scène.
    Le second enseignement, c'est que l'Europe doit exister d'abord par des réalisations concrètes dans la sphère économique et quotidienne. C'est la voie qu'on choisie ses pères fondateurs lorsqu'ils ont formé la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier), et le marché unique. Mais sans doute ces avancées sont-elles aujourd'hui encore trop abstraites pour la plupart des peuples européens, qui perçoivent les contraintes qu'elles ont apportées (les fameux critères budgétaires de Maastricht) mais pas forcément leurs bénéfices, d'où la montée de l'europscepticisme.
    Les conférences de Stéfan Zweig sur l'Europe sont plus que jamais d'actualité, et j'espère qu'elles trouveront le public qu'elles méritent. Cette semaine, la sortie du film de Maria Schrader Stefan Zweig, adieu l'Europe (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=236916.html) leur donnera certainement une exposition bienvenue à l'heure où l'Europe doute d'elle-même.