dimanche 27 novembre 2016

Un roman toscan : Retour à Montechiarro, de Vincent Engel


   Il y a quelques années, en me promenant dans une brocante à Chatou, j'ai acheté pour trois francs six sous un livre au titre prometteur : Retour à Montechiarro, de l'écrivain belge Vincent Engel. Sur sa couverture figure un dessin représentant une belle villa italienne encadrée par une allée de cyprès, vision qui rappelle immédiatement des souvenirs heureux chez le voyageur amoureux de l'Italie en général et de la Toscane en particulier. Et puis je l'ai oublié, et l'ai laissé dormir pendant des années sur les étagères de ma bibliothèque.

   En plein mois de novembre sous le ciel gris de Londres, j'ai eu envie de rendre justice à ce livre trop longtemps négligé. Pour l'instant, je n'ai lu qu'une cinquantaine de pages, mais mes premières impressions sont favorables. Longue saga familiale au fil de l'histoire, le récit débute en Toscane et en Vénétie à l'époque du Risorgimento, cette période phare du milieu du XIXème siècle qui a vu l'unification du pays et la création de l'Italie moderne. Le style de l'auteur est assez soigné ;  dans les premiers chapitres, il peint un tableau de Venise et de ses rues en quelques métaphores simples mais évocatrices, comme dans ce passage: "L'orchestre aquatique de Venise reprit la main : léger clapotis de l'eau sur les flancs de la barque ; staccato de la perche qui plonge et ressort, des vaguelettes qui lèchent les façades ; chants graves, rares et lugubres des gondoliers ; parfois, le roulement de tambour d'une fontaine sur un quai invisible."

   Un début qui m'a mis en appétit, comme un bon antipasto. Je raconterai la suite sur ce blog dans les semaines qui viennent.

dimanche 13 novembre 2016

Une histoire d'amour parisienne et slovène : Con Brio (Brina Svit)


  
   Con Brio raconte le chassé croisé amoureux entre un romancier vieillissant et une jeune slovène mystérieuse, avec en toile de fond les beaux quartiers de Paris. Lors d'une soirée chez son éditeur, R.A. Tibor, écrivain d'âge mûr et déjà divorcé depuis de longues années, fait connaissance avec Grusenjka, une jeune femme intrigante et peu bavarde. Quelques jours plus tard, lors d'un déjeuner dans l'arrière-salle d'une brasserie du boulevard Saint-Germain, il se laisse envoûter par cette sylphide étrange et distante. Abandonnant toute prudence, il la demande en mariage, et bientôt sa jeune épouse emménage chez lui, dans l'appartement de la rue Balzac où il vit avec pour seule compagnie son chat et sa femme de ménage portugaise. Toutefois, les choses ne se passent pas comme prévu, car dès les premiers jours, la jeune mariée décide de faire chambre à part. Se refusant à son époux, elle mène une vie libre et volage, faite de rencontres avec des inconnus. Torturé par la jalousie, Tibor la suit dans Paris, surveille son courrier et ses fréquentations, dans l'espoir de comprendre cette étrangère qui vit à ses côtés sans partager sa vie. En couchant sur le papier le récit de ses attentes angoissées et de ses courses nocturnes, il commence sans le savoir à écrire un roman d'amour…
   Ce récit de l'écrivain slovène Brina Svit est assez captivant. Dans une narration fluide, subtile et ludique comme un jeu de piste, il promène son lecteur page après page dans les rues de Paris à la poursuite de cette mystérieuse slovène. Comme dans un roman policier, le narrateur mène l'enquête pour percer le secret de son épouse, dans une ronde qui est aussi une quête érotique et amoureuse, avec ses joies et ses douleurs. Parfois, l'amoureux jaloux  tombe sur des indices, comme le nom d'une rue (Jules Vernes) ou d'un bar (Aux Sept merveilles), mais, aveuglé par son désir, il ne parvient pas à en déchiffrer le sens. Ce n'est qu'une fois parvenu au bout de ce jeu de piste qu'il découvrira l'identité dissimulée derrière le masque de cette comédie jouée... con brio.